Phil Comeau sur les traces de l’Ordre de Jacques-Cartier

Ayant récolté 30 prix pour son film Belle-île en Acadie, Phil Comeau travaille à un nouveau projet de documentaire qui portera sur l’Ordre de Jacques-Cartier, aussi connu familièrement comme étant la Patente.

Avec 52 commanderies dans les Provinces maritimes, dont 42 au Nouveau-Brunswick, cette société secrète a été très active de 1933 à 1965, a fait savoir le cinéaste. Il ajoute que 1000 Acadiens ont fait partie de cette organisation qui agissait dans l’ombre. Le cinéaste entend aller à la rencontre d’anciens commandeurs dans ce nouveau documentaire qui sera produit par l’Office national du film du Canada. Il travaille au développement et à la recherche depuis trois ans.

Phil Comeau précise que l’Ordre de Jacques-Cartier a oeuvré dans neuf des dix provinces canadiennes pendant 40 ans.

«Je veux explorer de quelle façon la Patente a fait avancer l’Acadie au niveau politique, économique, social, linguistique et en éducation. Louis J. Robichaud qui était au pouvoir de 1960 à 1970 était membre de l’Ordre de Jacques-Cartier. En 1960 quand il a été élu, 50% de son cabinet était acadien et les six ministres qui étaient acadiens étaient membres de l’Ordre de Jacques-Cartier et ça me fascine», a exprimé le cinéaste.

Celui-ci rappelle que les membres de la société se faisaient discrets afin d’éviter d’avoir des ennuis avec certaines organisations qui nuisaient à l’avancement des francophones, comme le mouvement orangiste, la franc-maçonnerie et le KKK. Plusieurs membres de l’Ordre de Jacques-Cartier avaient des carrières qui les amenaient à travailler dans les deux milieux linguistiques.

Phil Comeau a choisi une approche de film d’intrigue pour explorer l’organisation. Il envisage de filmer une quinzaine d’anciens membres qu’on appelait des commandeurs.

«Je vais rencontrer une quinzaine de commandeurs qui sont toujours aussi passionnés et qui admettent ouvertement qu’ils en faisaient partie. Je vais rencontrer aussi des historiens et des sociologues pour analyser exactement ce qu’ils ont changé dans la société acadienne.»

«Je veux vraiment voir comment leurs actions discrètes ont fait avancer les francophones et comment c’est ressenti aujourd’hui dans la société acadienne.»

Phil Comeau devait entreprendre le tournage de son nouveau documentaire cet été, mais comme l’industrie est en attente en raison de la pandémie, il doit revoir son plan de production.

«Il faut attendre que ce soit complètement sécuritaire. En ce moment au Canada, dans tous les syndicats de techniciens, les associations et le FRIC (Front des réalisateurs indépendants du Canada), on est en train d’étudier de quelle façon on peut filmer pour que ce soit sécuritaire. Évidemment, il y a encore la règle de distanciation de deux mètres.»

Réalisateur de proximité, intimiste et près des émotions, Phil Comeau souhaite pouvoir filmer les commandeurs de plus près. Il explique que plusieurs possibilités sont à l’étude pour redémarrer les tournages au pays. On pourrait, entre autres, livrer l’équipement aux personnes pour qu’elles se filment elles-mêmes ou encore tourner à distance.

«Dans mon cas, c’est assez particulier parce que les commandeurs ont de 75 à 100 ans. Il faut que je les rencontre parce que c’est urgent et un jour ils ne seront plus là. C’est aussi compliqué de les filmer via internet quand il y en a d’eux qui n’ont même pas d’ordinateur.»

Une pluie de récompenses pour Belle-Île en Acadie

Phil Comeau a appris mardi que son plus récent court métrage documentaire venait de recevoir un 30e prix international. Après Paris, Rome, les États-Unis et plusieurs autres pays, c’est au tour de la Thaïlande de récompenser le film Belle-Île en Acadie. Le Pattaya International Film Festival lui a décerné le titre de meilleur documentaire. Avec 30 prix, il s’approche drôlement du premier de la série sur le même sujet, Belle-Île-en-Mer, île bretonne et acadienne qui avait récolté 34 trophées. En plus de la réalisation, des artisans de l’équipe, dont Julien Cadieux au montage, ont été récompensés.

«Je suis très content que les membres de l’équipe remportent des prix à l’international. Julien Cadieux qui a fait le montage a récolté trois prix, soit à Tokyo, Paris et Atlanta, le compositeur musical Frédéric Chiasson et le directeur photo Bernard Fougères se sont mérité deux prix à Rome et à Atlanta, et le concepteur sonore Serge Arseneault a reçu un prix à Atlanta. Avoir une bonne équipe est la clé du succès d’un film. Évidemment, il faut aussi un bon sujet avec de beaux personnages.»

Le documentaire de Phil Comeau a reçu de très beaux commentaires des jurys soulignant la qualité des images, les émotions, la construction du film et la force de la culture acadienne. Même 250 années plus tard, une communauté comme Belle-Île a encore des attaches à ses origines.

Malgré l’annulation de plusieurs festivals à travers le monde en raison de la pandémie de la COVID-19, des événements ont décidé de remettre leurs prix et d’organiser des projections publiques plus tard. Certains festivals sont passés en mode numérique. Toutefois, le cinéaste acadien doit parfois décliner leur offre puisqu’il a conclu des ententes avec des diffuseurs, dont Radio-Canada et France Télévision, qui exigent que le film ne soit pas disponible en ligne sur leur territoire.

«Il y a aussi beaucoup de festivals qui précisent dans leurs règlements que si le film est en ligne, il ne peut plus faire partie de la sélection. Il y a donc tout un réaménagement qui est nécessaire à faire dans les festivals et aussi avec les réseaux de télévision qui j’espère vont alléger tous ces règlements parce que c’est pas mal évident qu’il y a beaucoup de festivals qui vont s’en aller en ligne.»