Plusieurs solutions envisagées pour rouvrir les salles de spectacle

Pourquoi les églises et pas les salles de spectacle? Une question qui suscite beaucoup d’interrogation chez les diffuseurs de spectacle du Nouveau-Brunswick qui attendent avec impatience de pouvoir rouvrir leur salle. Ceux-ci préparent des scénarios possibles afin d’accueillir le public.

À compter du 29 mai, d’après la phase jaune du plan de rétablissement du gouvernement provincial, les rassemblements intérieurs de 50 personnes ou moins (tout en respectant les consignes de distanciation physique) seront permis pour certains secteurs d’activité comme les services religieux. Pour l’instant, d’après les informations recueillies par différents acteurs de l’industrie des arts de la scène, les spectacles ne sont toujours pas autorisés. La directrice générale du Réseau atlantique de diffusion des arts de la scène (RADARTS), Jacinthe Comeau, tout comme plusieurs diffuseurs remet en question cette consigne du gouvernement.

«Si les services religieux sont permis avec 50 personnes ou moins, pourquoi les salles de spectacle ne pourraient-elles pas en faire autant. On attend des réponses», a exprimé Mme Comeau.

Louis Doucet du Centre des arts de la culture de Dieppe (CACD) précise que plusieurs artisans des réseaux de spectacle se désolent de cette situation.

«On s’en désole parce qu’on est convaincu qu’on serait capable, si on a des salles assez grandes, d’accommoder 50 personnes et moins avec des contrôles efficaces. Pour le moment, il (le gouvernement) semble avoir évalué ce risque-là d’une façon différente que celui des services religieux. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas permettre au niveau des manifestations culturelles des rassemblements intérieurs», a-t-il affirmé.

La directrice du Théâtre Capitol, Kim Rayworth, abonde dans le même sens.

«Nous, dans une salle de notre taille, ça se ferait assez facilement d’envisager des micros publics avec 50 personnes et moins à l’intérieur.»

Bien sûr, il y a toute une question de rentabilité quand on présente des spectacles devant un nombre limité de spectateurs.

«C’est absolument moins rentable. On le sait très bien, mais moi je peux dire que les diffuseurs ont hâte de retrouver leur public. Ils sont prêts à s’adapter. On est en train de réfléchir à la programmation et de penser s’il y a une possibilité de réouverture des salles de spectacle à l’automne, quelle sorte de programmation on peut prévoir», a partagé Jacinthe Comeau.

Louis Doucet estime qu’il y a certainement moyen de rentabiliser une forme de spectacles qui mettraient en vedette des artistes du Nouveau-Brunswick dans une formule intimiste.

«On s’entend qu’on ne présenterait pas des spectacles avec 15 musiciens sur scène. Ce serait généralement des spectacles intimistes tout en respectant une tarification abordable pour le public.»

Le directeur du CACD rappelle que la plupart des infrastructures n’ont que des dépenses en ce moment et à peu près pas de revenu.

«Il n’y a pas grand argent qui rentre alors à quoi ça sert de garder les infrastructures ouvertes. Pour le centre, on est correct jusqu’en décembre, mais si en janvier pour une raison ou une autre, on régresse plutôt que d’avancer, il y a beaucoup d’interrogations qui vont prendre le dessus.»

Sondage révélateur

Les organismes culturels se préparent pour une éventuelle reprise des activités. Par exemple, au Centre des arts d’Edmundston, on vient d’annoncer la tenue de sessions de rencontres en ligne avec l’ensemble des artisans pour discuter de la relance du secteur culturel.

Même si l’ensemble de sa saison est reporté à janvier 2021, le théâtre l’Escaouette commence à penser aussi à la rentrée. D’après un sondage réalisé auprès de sa clientèle, la grande majorité des amateurs de théâtre ont hâte de revenir en salle pourvu que des mesures sanitaires soient mises en place.

«Il y a beaucoup de monde qui a hâte de revenir en salle et ils disent qu’ils reviendront autant qu’avant, et ce, dès l’ouverture des salles, toujours en précisant que les mesures sanitaires soient mises en place. On est content d’entendre ça», a exprimé la directrice artistique du théâtre l’Escaouette, Marcia Babineau.

Le sondage révèle cependant que les gens âgés de 65 ans et plus éprouvent une certaine inquiétude à revenir en salle.

Nouveau concept de spectacles virtuels

Bien des options sont envisagées par les diffuseurs. Le Théâtre Capitol annonce la tenue d’un nouveau concept virtuel Capitol 360 qui sera présenté en direct de sa grande scène, assorti d’une billetterie en ligne. Ce premier concert pilote enregistré et diffusé en direct de deux salles de spectacle de Moncton est organisé en partenariat avec le Centre culturel Aberdeen. Présenté le 18 juin, il mettra en vedette George Belliveau et Monique Poirier, ainsi que Menoncle Jason en première partie. Menoncle Jason sera en direct du Centre culturel Aberdeen, tandis que George Belliveau et Monique Poirier, accompagnés de François Émond, se produiront sur la scène du Capitol.

«On aurait aimé ça envisager une activité avec un spectacle hybride où il y a quelques personnes dans la salle et diffusée en ligne. Pour l’instant, on est interdit d’avoir la foule dans la salle, donc ce sera seulement diffusé en ligne», a indiqué Kim Rayworth.

Lors de ce spectacle, le public pourra interagir avec les artistes de façon virtuelle, fait remarquer Mme Rayworth. Par le biais du grand écran lumineux DEL du théâtre et l’application de vidéo-conférence Zoom, les musiciens pourront d’ailleurs voir les réactions du public en direct. Selon la directrice du Capitol, cet élément contribuera certainement à enrichir l’expérience musicale. La directrice souhaite que cette prestation soit la première d’une série de spectacles.

«À mesure que les consignes évoluent, il se peut qu’on fasse place à des spectacles hybrides, où une performance diffusée en direct permettrait également la présence d’un nombre limité de spectateurs, avec distanciation physique.»

Pendant la saison estivale, on verra probablement apparaître quelques spectacles en plein air. Jacinthe Comeau a indiqué que certains membres de RADARTS envisagent de présenter des spectacles extérieurs devant un public de 50 personnes et moins, puisque cela est permis. Le CACD a déjà annoncé qu’il songe à cette option.

«Je sais que certains diffuseurs sont en train de se préparer en conséquence. On a la formule des concerts intimes qui pourraient s’apprêter justement à accueillir moins de spectateurs en respectant la distanciation et toutes les règles sanitaires qui viennent avec la COVID-19.»

Pour ce qui est des spectacles virtuels, Mme Comeau ajoute que des coûts supplémentaires y sont associés parce que les diffuseurs deviennent en quelque sorte des producteurs audiovisuels et ils doivent tenir compte de la question des droits d’auteurs et de synchronisation, un peu comme pour la télévision, ajoute la directrice de RADARTS.