Ballet en temps de pandémie: «On danse ensemble, mais à distance»

Les locaux du Ballet-théâtre atlantique du Canada reprennent vie ces temps-ci à Moncton. Après plusieurs semaines de télétravail, les danseurs sont de retour dans leur studio du centre-ville et apprennent à pratiquer leur art en maintenant la distanciation physique, pandémie oblige.

Stéphanie Audet et ses collègues préparaient une tournée au Québec, en mars, lorsque la COVID-19 a frappé le Nouveau-Brunswick de plein fouet. Très rapidement, ce projet est tombé à l’eau et ils ont été confinés à la maison.

Comme leur art est très physique et qu’ils ne peuvent pas arrêter de pratiquer sans risquer de régresser rapidement, ils ont dû s’adapter. La compagnie leur a fourni des matelas et des barres.

«C’est vraiment du matériel qui peut paraître banal pour la plupart des gens, mais pour nous, c’est presque la définition du paradis, pour pouvoir danser et répéter. C’est ce qui nous permet d’avoir un sentiment de sécurité et de familiarité avec notre entraînement au quotidien», explique Stéphanie Audet.

Six jours sur sept, à la même heure, la troupe a participé à des cours à distance donnés par vidéoconférence par le directeur artistique de la compagnie, Igor Dobrovolskiy.

«Je n’avais pas beaucoup d’espace. Puis mon chat aimait venir visiter mes pieds qui bougeaient. Parfois pendant les exercices je devais le prendre dans mes bras pour être sûre de ne pas lui lancer un coup de jambe», dit-elle en riant.

Igor Dobrovolskiy explique que les six danseurs de la compagnie n’avaient pas accès aux mêmes espaces. Certains ont pratiqué dans leur salon, d’autres étaient dans leur sous-sol et ne pouvaient pas sauter sans risquer de se heurter la tête.

«Certains pouvaient faire de petits allegros et des sauts. Pour d’autres, ce n’était pas possible. Certains pouvaient installer leur barre, d’autres devaient utiliser une chaise. Ils devaient faire un mouvement de gauche à droite, déplacer la chaise et ensuite recommencer de droite à gauche.»

Il y a deux semaines, avec le déconfinement progressif, la troupe a enfin pu revenir dans son studio de la rue Highfield. Le retour s’est fait petit à petit. Selon ses dirigeants, la compagnie est la première au Canada à reprendre les pratiques en personne.

«On a commencé avec seulement deux danseurs à la fois. Igor a pu voir ce qui était possible. Les danseurs suent et ils respirent profondément. Ce n’est pas comme des travailleurs de bureau. La distance qui les sépare doit être plus grande», explique la PDG de la compagnie, Susan Chalmers Gauvin.

Aujourd’hui, quatre danseurs peuvent pratiquer dans le studio en même temps, en plus du directeur artistique.

Les barres, le plancher et les vestiaires sont nettoyés entre chaque cours. Cours qui doivent d’ailleurs être donnés en double pour que les danseurs puissent garder leurs distances dans le studio.

Les choses ne sont pas tout à fait comme avant la pandémie, mais c’est déjà très bien, selon Stéphanie Audet.

«C’est incroyable, j’ai l’impression de recommencer à respirer en revenant ici. On dirait qu’on a réoxygéné mon coeur. (…) Comme on est la seule compagnie au Canada qui a recommencé, il y a cette sensation de vouloir savourer chaque seconde.»

Les cofondateurs du Ballet-théâtre atlantique du Canada, Susan Chalmers Gauvin et Igor Dobrovolskiy. – Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue

Un duo sans contact physique, tout un défi 

Même s’ils ne pourront sûrement pas se produire devant des foules importantes pendant encore plusieurs mois, les danseurs ont quelques projets en développement.

La semaine dernière, ils ont participé à un tournage aux rochers Hopewell.

Ils vont aussi donner des spectacles extérieurs sur une scène aménagée sur un terrain privé –devant 50 personnes ou moins pratiquant la distanciation– à compter de la mi-juillet.

Igor Dobrovolskiy et les danseurs sont présentement en train de créer de nouvelles chorégraphies qui respectent les règles de distanciation sociale. Cela est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est possible, assure-t-il.

«On peut faire des duos à distance. Le danseur peut faire un câlin et l’envoyer à la danseuse, qui fait semblant d’y répondre. Ça devient un duo distancié. La danse, c’est très symbolique. On peut garder les danseurs à distance et quand même créer un duo», dit-il en mimant les gestes.

Stéphanie Audet raconte que l’expérience sort de l’ordinaire. «C’est un peu anormal pour nous. La danse, c’est assez physique, alors là on est dans l’impossibilité de sentir cette énergie-là et de sentir que l’on est connectés.»

Danser dans un carré de six pieds par six pieds 

Les studios et les écoles de danse du Nouveau-Brunswick ont aussi pu rouvrir leurs portes récemment, à condition de respecter les mesures de distanciation physique.

C’est le cas du Studio Zénith d’Edmundston. De nombreux changements ont été apportés pour réduire les risques de propagation de la COVID-19.

Habituellement, une vingtaine de danseurs peuvent participer aux cours. Ce nombre a été réduit de moitié pour que les élèves ne soient pas trop près les uns des autres.

Des carrés d’environ six pieds par six pieds ont été délimités par du ruban adhésif sur le plancher.

«C’est sûr que les danseurs essaient du mieux qu’ils le peuvent, mais il y a parfois un pied qui dépasse en avant ou sur le côté. Il reste quand même beaucoup d’espace entre les carrés», explique la propriétaire du studio, Isabelle Dionne.

Elle et son équipe désinfectent les surfaces entre chaque session et font entrer les élèves un à la fois pour éviter tout contact inutile.

Depuis le début de la pandémie, elle offre des cours par vidéoconférence. La méthode est loin d’être idéale, mais a tout de même ses bons côtés.

«Ça nous a aussi permis d’enseigner à des gens de l’extérieur d’Edmundston. Avant ça, on n’avait jamais testé cette option. Dans mon groupe d’adultes, j’avais des gens de Montréal, de Moncton, de Bathurst et d’Edmundston.»

Même si elle peut maintenant donner des cours en personne, dans son studio d’Edmundston, elle continue de les offrir pour ceux qui ne peuvent pas se rendre, notamment ses élèves qui demeurent au Maine ou au Québec.

«Ça me fendait le coeur de leur dire qu’ils ne pouvaient pas continuer. Ils veulent nous appuyer et ils font partie de l’équipe. Tant qu’il y aura des mesures de confinement, ils auront l’option de faire les cours par Zoom.»