Tourner en temps de pandémie: possible… mais complexe

Comment arriver à tourner des séries télévisées dans le contexte de la COVID-19? La productrice Suzette Lagacé de la télésérie acadienne À la valdrague et son équipe ont entamé les préparatifs du tournage de la 4e saison, prévu en août, en imaginant divers scénarios possibles. Mais certaines questions demeurent toujours en suspens.

Mozus Productions a obtenu le financement pour le tournage de la 4e saison de la comédie À la Valdrague de l’auteure Patricia Léger dont l’action se déroule dans la Vallée de Memramcook. Si elle se réjouit, la productrice admet que c’est un véritable casse-tête et les coûts de production seront plus élevés. La situation évolue et les producteurs doivent s’ajuster constamment. La productrice est en contact avec Travail sécuritaire Nouveau-Brunswick afin de convenir d’un plan opérationnel qu’ils ont développé en fonction de leur réalité tout en s’inspirant des expériences de tournage ailleurs au pays. Une montagne de mesures sera mise en place afin d’assurer la santé des artisans et des acteurs sur le plateau, assure Mme Lagacé.

«J’avoue que le plus grand défi de tenter de tourner dans des temps pareils c’est de gérer l’ingérable… Nous avons une superbe belle équipe talentueuse avec toutes les meilleures volontés de pouvoir tourner cette quatrième saison. Mais notre sort sera déterminé par le facteur, qui est celui des Assurances COVID, un élément nécessaire qui est toujours en suspens», a expliqué la productrice.

Depuis le 13 mars, les compagnies d’assurance refusent d’assurer les nouvelles productions en télévision et en cinéma pour les risques liés à la COVID-19. Sans cette assurance, les producteurs ne peuvent pas se permettre d’entreprendre un tournage.

«Si jamais on est en tournage et qu’il y a un cas qui se déclare et qu’on ne peut pas continuer le tournage ou que tout le monde doit être mis en confinement, ça va entraîner des coûts supplémentaires. Si on avait de l’assurance COVID, ça pourrait combler cette situation»

Les producteurs du pays sont en pourparlers avec le gouvernement fédéral afin de trouver une solution et d’obtenir une forme de garantie qui leur permettrait de bénéficier d’une assurance pour la COVID-19. Cet enjeu est crucial, soutient la productrice.

Un protocole de sécurité détaillé

Les producteurs ont dû ajuster à la hausse le budget de la production afin d’inclure un plan de mesures sanitaires. Le tournage sera probablement plus long, variant entre six et sept semaines. La distanciation physique sera possible en réorganisant le travail des différentes équipes.

«Avant, tout le monde travaillait pas mal en même temps, mais là, il faut isoler les actions pour s’assurer qu’il n’y a pas trop de monde au même endroit en même temps (surtout pour les tournages intérieurs). À la toute fin, les comédiens entrent et répètent avec leur masque. Tout le monde a des masques. On a des stations COVID, on va avoir une infirmière sur place. Chaque matin quand on arrive, on se fait prendre la température.»

Les membres de l’équipe qui viennent du Québec devront demeurer confinés pendant deux semaines.

«Pendant le tournage, nous serons très préoccupés pour ne pas trop nous exposer parce qu’on ne veut pas qu’il y ait un cas de COVID qui se développe sur le plateau. La sécurité, c’est ce qui est le plus important. Pour ça, il nous faut aussi des assurances.»

Tous les repas et les collations devront être emballés individuellement. L’équipe d’À la Valdrague regroupe une soixantaine d’artisans, de techniciens et de comédiens. Il y a déjà des comédiens qui forment une bulle. Cette année, tous les acteurs seront de l’Acadie.

«On est en quatrième saison et on a une distribution avec tellement de bons comédiens, de beaux personnages. On a beaucoup écrit autour de ces personnages et sur tout ce qui se passe dans les relations entre eux. On en a quelques nouveaux et on veut faire le casting au Nouveau-Brunswick.»

Le tournage des huit nouveaux épisodes pourrait débuter le 3 ou le 10 août. Si jamais, ils doivent le reporter, ils pourraient le faire au printemps 2021, mais cela repoussera la diffusion d’une année. Comme le mentionne la productrice, le diffuseur (Radio-Canada) espère que la série soit produite cet automne. Si aucune série de fiction n’est produite, les prochaines grilles horaires des télédiffuseurs ne comprendront que des émissions de variétés.

«En fin de compte, les diffuseurs veulent avoir les productions, mais d’un autre côté, ce n’est pas eux qui produisent. La responsabilité revient aux producteurs», a soulevé le producteur Jean-Claude Bellefeuille de Bellefeuille Production.

Des documentaires en suspens

Du côté des séries documentaires, des producteurs ont dû interrompre ou remettre à plus tard leur projet. Jean-Claude Bellefeuille qui avait commencé à tourner la série documentaire Apprendre autrement pour la chaîne TFO dans les écoles primaires de la province a dû suspendre la production pour les raisons que l’on connaît.

«En principe, on espère pouvoir bien reprendre avec le retour des élèves en classe. On est tributaire du ministère de l’Éducation et des districts scolaires, alors on doit attendre. Dépendamment du confinement et de l’évolution de la situation, on ne le sait pas. On connaît les règles présentes, mais ça ne veut pas dire qu’elles ne changeront pas.»

Celui-ci estime que certaines séries peuvent se tourner en respectant un protocole de mesures sanitaires, mais cela dépend aussi du type de documentaire. Il faut aussi que les gens soient prêts à accueillir dans leur maison ou dans leur établissement une équipe de tournage. Pour sa part, si jamais les écoles lui ouvrent la porte, il assure qu’il pourra respecter toutes les mesures nécessaires, comme le port du masque ou encore la distanciation physique.

René Savoie des Productions du milieu qui devait commencer le tournage d’une série documentaire au mois d’août l’a reporté à plus tard puisque cette production se déroule à la grandeur du monde. Il espère pouvoir reprendre la production en octobre. L’Alliance des producteurs francophones du Canada travaille avec d’autres organismes à remettre en marche l’industrie du cinéma et de la télévision. Selon le président René Savoie, certaines entreprises au pays pourraient bien disparaître si rien n’est fait.

En attendant le retour à la normale, les artisans du milieu télévisuel et cinématographique travaillent au développement et à l’écriture de nouveaux projets.