L’AAAPNB présente son plan de relance du secteur culturel

Toute situation exceptionnelle exige des mesures exceptionnelles, estime l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick (AAAPNB) qui a dévoilé, jeudi, une série de solutions pour la reprise du secteur culturel durement touché par la pandémie. L’organisme qui a consulté plus de 200 artistes et organismes exigent des actions rapides, dont la création d’un fonds de relance qui comprend une série de mesures.

Selon le président de l’AAAPNB, Philippe Beaulieu, si aucune action n’est prise rapidement, c’est l’ensemble du secteur culturel qui risque de s’effondrer. Il soutient que 30% des emplois dans le secteur culturel et artistique ont été perdus en raison des annulations et des fermetures liées à la pandémie de COVID-19. Du jour au lendemain, plusieurs artistes ont vu s’envoler une année entière de revenu en raison des pertes de contrat, a rappelé M. Beaulieu.

Munis de couvre-visages avec les mots dignité et urgence, les responsables de l’AAAPNB ont convoqué les médias et des représentants du milieu artistique afin de présenter les grandes lignes de leur plan de relance. Au coeur de ce plan, un fonds appelé «Stimulus package». Plusieurs solutions sont énoncées dont l’injection de nouveaux fonds pour stimuler le secteur, un soutien prolongé (PCU ou autre) au-delà de la date limite et un appui financier aux intervenants qui sont le plus fragilisés.

On suggère aussi d’offrir une compensation financière pour les places vides dans les salles de spectacle afin d’éviter que le cachet des artistes en souffre, la création d’une Journée du livre NB, ainsi qu’une aide aux éditeurs et librairies indépendantes. Réclamée depuis plusieurs années, la politique d’achat du livre et l’adoption d’une loi sur le statut de l’artiste figurent aussi au menu de l’Association. Philippe Beaulieu et la directrice de l’AAAPNB, Carmen Gibbs, ont rappelé que le secteur culturel ne peut pas attendre au prochain budget en mars 2021 pour parler de reprise.

L’organisme qui s’est retiré cette semaine d’un groupe de réflexion provincial sur la relance culturelle estime que le gouvernement ne semble pas conscient de l’urgence de la situation. L’AAAPNB, qui souhaite que le gouvernement soit un facilitateur et un leader pendant cette période de crise, présentera son document au gouvernement de Blaine Higgs et à l’ensemble des élus. Ils tenteront aussi obtenir des rencontres avec ceux-ci.

Des artistes et des organismes, dont Radarts, ont dit appuyer l’Association dans ses démarches. Selon le directeur de Satellite Théâtre, Marc-André Charron, particulièrement affecté par cette crise, il est plus que temps que le gouvernement provincial injecte de l’argent dans le secteur culturel, rappelant que ce même gouvernement n’hésiterait pas à sauver d’autres industries comme celle du pétrole.

«C’est une question de dignité. Si on n’aide pas l’industrie à survivre, dans six mois, un an, on aura un paquet de monde sur le chômage. On a perdu le bout de notre chaîne de montage, mais on a aussi perdu notre capacité à créer pendant des mois. On vient juste de retrouver le droit d’être en salle de répétition, mais il n’y a pas plus d’argent pour nous aider à être là», a affirmé l’homme de théâtre qui est membre de l’AAAPNB.

Des fonds épuisés

L’Association reproche aux différents ministères provinciaux d’avoir suspendu des programmes pendant la crise, provoquant ainsi un retard dans l’attribution des fonds pour 2020-2021. Des initiatives temporaires ont été mises en place au début du confinement, mais les fonds sont maintenant épuisés.

«Ici (Nouveau-Brunswick), ils ont tout arrêté. Ils ont bloqué toutes les enveloppes pendant des mois au moment de renouveler l’année financière. Du mois de mars à maintenant, la grosse majorité des petites structures n’ont pas pu toucher à une cenne de la province. Si je n’avais pas le Conseil des arts du Canada qui me tenait sur d’autres enveloppes, j’aurais dû probablement fermer la compagnie pendant ce temps-là, voir pour toujours parce qu’on ne sait pas quand on va ressortir de ça», a poursuivi Marc-André Charron.

L’auteur et comédien Gabriel Robichaud abonde dans le même sens en rappelant l’urgence de la situation et un manque de vision de la part du gouvernement provincial pour le secteur des arts. À son avis, les mesures avancées par l’AAAPNB ne sont pas difficiles à implanter et loin d’être illusoires.

«On parle de ce gouvernement qui se targue d’être un gouvernement de l’économie saine et nous représentons le deuxième secteur en importance économique et on a peu ou pas d’action pour soutenir de façon continue ce secteur-là. Le «Stimulus package» montrerait une volonté d’agir immédiate, la possibilité de développer une vision et un souffle pour l’ensemble de l’écosystème», a déclaré le comédien.

D’abord surpris par la décision de son association de quitter le comité de relance culturel, Gabriel Robichaud s’est ensuite ravisé lorsqu’il a eu écho du l’évolution du groupe de réflexion.

«Ce sont eux-mêmes (AAAPNB) qui ont proposé le “Think Tank” et ce sont eux-mêmes qui ont vu la tank couler. Je crois que ce n’est pas un coup de gueule, c’est plus une «écoeurantite» devant les promesses qui n’en sont pas, devant les actions qui n’aboutissent à rien et je pense qu’ils ont la solution la plus concrète pour faire avancer les choses», a-t-il ajouté.

Dans le plan présenté jeudi, l’Association fait un survol de la situation actuelle, des problèmes rencontrés et propose une quinzaine de pistes de solutions.