Un artisan fait revivre la terrible Gougou sur l’île Miscou

À quoi ressemblait l’effroyable Gougou de l’île Miscou? «Personne ne l’a vue, alors toutes les interprétations sont valides», vous répondra Bernard Noël. Inspiré par la légende mi’kmaque, ce bricoleur a créé une série de représentations de l’ogresse que l’on dit horrible et gigantesque.

Les huit portraits, exposés dans la salle commune du camping LaVague à Miscou, sortent de l’imaginaire de Bernard Noël. Tombé amoureux du coin, le Québécois y passe tous ses étés.

«Je suis venu y déposer les cendres de ma mère il y a quelques années. Finalement c’est devenu une maladie, j’y vais trois mois par an et j’y pense pendant les neuf mois restants!».

«La terrifiante», «La Micmac», «La sanguinaire», chaque masque est un assemblage unique réalisé à partir de bois d’épave, de cailloux, de bouts de ferraille et autres éléments récoltés sur les plages de l’île. Le créateur en a fait cadeau aux propriétaires du camping, Danielle Gionet et Léonard Lavigne.

«Bernard nous avait offert un masque qu’il appelait le génie de l’île. C’est alors que je lui ai expliqué la légende qu’il ne connaissait pas. Ça a cogité dans son cerveau et depuis, il nous arrive chaque année avec une nouvelle Gougou!», mentionne Mme Gionet.

La première trace écrite évoquant la bête nous vient des récits de Samuel-de-Champlain au commencement du 17e siècle.

«II y a encore une chose étrange digne de réciter, que plusieurs Sauvages m’ont assuré être vraie, rapporte l’explorateur français. C’est que proche de la baie des Chaleurs, tirant au sud, est une île où fait résidence un monstre épouvantable, que les Sauvages appellent Gougou, et ils m’ont dit qu’il avait la forme d’une femme, mais fort effroyable, et d’une telle grandeur qu’ils me disaient que le bout des mâts de notre vaisseau ne lui fût pas venu jusqu’à la ceinture, tant ils le peignent grand, et que souvent il a dévoré et dévore beaucoup de Sauvages, lesquels il met dans une grande poche quand il les peut attraper et puis les mange; et disaient, ceux qui avaient évité le péril de cette malheureuse bête, que sa poche était si grande qu’il y eût pu mettre notre vaisseau. Ce monstre fait des bruits horribles dans cette île, que les Sauvages appellent le Gougou. Et quand ils en parlent, ce n’est qu’avec une peur si étrange qu’il ne se peut dire de plus, et m’ont assuré plusieurs I’avoir vu.»

Dans un document datant de 1951, le père Edmond Ouellet relate comment la fable a survécu à l’arrivée des colons. «Quand le ciel s’obscurcissait, les pêcheurs blâmaient la Gougou d’obstruer le ciel. Quand le vent soufflait fort, la Gougou s’en venait», écrit-il.

La Gougou, qui a inspiré les artistes Sandra Le Couteur et Mario LeBreton avant lui, n’a pas fini de stimuler l’esprit de Bernard Noël. Dès que la frontière sera ouverte, il compte venir installer deux nouvelles oeuvres, qui seront suspendues au plafond de la pièce. Son travail ne cesse d’éveiller la curiosité des campeurs de passage.

«Ça fait partie du folklore de Miscou. Quand nos clients voient ces oeuvres, ils sont impressionnés et veulent en apprendre plus sur la légende», mentionne Danielle Gionet. Pas de doute, le nom de l’effroyable ogresse aux sifflements étranges n’est pas près de tomber dans l’oubli sur l’île Miscou.