Paul Bossé: un cri du coeur pour sauver la planète

Dans son sixième recueil de poésie, Apesanteur, à paraître au mois d’août, Paul Bossé examine la planète. Est-il encore possible de sauver cette terre qui se meurt? Le poète de Moncton l’espère, mais en doute.

Poète, dramaturge et cinéaste, Paul Bossé ne se le cache pas: il souffre d’éco-anxiété. L’avenir de la planète l’inquiète profondément et ses poèmes traduisent cette détresse existentielle. Selon lui, si les gens et les gouvernements étaient rationnels et vraiment conscients de la gravité de la situation, ils réagiraient, un peu comme ils l’ont fait pour le coronavirus.

«Ce que je retiens de la crise de la COVID-19, c’est cette espèce d’urgence planétaire. Tous les pays de la planète ont agi sur la COVID. Il y a eu des mesures draconiennes. Alors, je me suis dit si les gens peuvent agir comme ça pour la COVID, ils peuvent faire la même chose pour le climat. Ça me donne espoir, mais en même temps, on ne voit pas encore trop de choses qui changent.»

Depuis quelques années, l’artiste a entrepris une recherche personnelle sur les enjeux écologiques. Il a lu des centaines et des centaines d’articles et d’études scientifiques sur la question. Pour le poète, il n’est pas question de faire comme si ça n’existait pas. Son dernier recueil Les démondeurs, paru en 2016, dressait un portrait un peu inquiet de la planète et de la civilisation humaine. Cette fois-ci, le poète est encore plus critique et sérieux. Il a choisi de quitter la planète en poésie pour nous offrir son ode à la terre ou plutôt sur ce que l’humanité est en train de perdre.

«En novembre 2016, il y a eu les élections aux États-Unis et M. Trump a gagné ses élections, alors à partir de ce moment-là, je me suis dit ça c’est la folie. Comment un imbécile, raciste et démagogue, peut-il devenir président du pays le plus puissant de la planète? Cette planète-ci est officiellement folle alors j’ai dit, moi, je m’en vais. Comme je suis juste un pauvre poète, je n’ai pas de vaisseau spatial, alors je vais quitter la planète avec ma poésie.»

Son recueil qui rassemble 50 poèmes propose certains textes très percutants. Mentionnons, entre autres, Camelote, Prière ou encore Perdre la boule. Comme la poésie et la nature sont liées depuis très longtemps, Paul Bossé propose donc de retrouver ce lien avec son recueil dans lequel il exprime sa vision de l’humanité, imaginative, spatiale et poétique, avec plusieurs clins d’oeil à la science-fiction.

Ses textes sont actuels. Il aborde même les tensions raciales et le mouvement «Black Lives Matter» (Les vies noires comptent) dans un poème que l’on pourrait presque qualifier de prémonitoire. Il a écrit les textes de ce recueil entre 2017 et 2019. Le poète a une écriture très rythmée. Après le premier jet, il peut réécrire un poème plusieurs fois avant d’être satisfait. Il compare son travail de poète un peu à celui d’un monteur de cinéma. En écrivant, il écoute souvent du jazz.

«La poésie, je vois ça comme un art oral avant tout. Avant que je soumette le manuscrit, il faut que je lise tous les textes à voix haute sans m’arrêter. Je le lis et des fois, je m’arrête pour retravailler un passage et ça peut prendre des mois avant que je puisse lire tout le recueil du début à la fin, alors là, je suis satisfait.»

Publié aux Éditions Perce-Neige, Apesanteur paraîtra le 25 août. Il y aura un lancement officiel en septembre. Entre-temps, l’écrivain travaille à l’écriture d’un nouvel ouvrage; un essai sur la solastalgie appelé aussi l’éco-anxiété. Il a entrepris également le montage d’un nouveau documentaire autoproduit qui complétera une trilogie commencée avec Moncton Vinyle et Moncton Corner; deux œuvres assez expérimentales.