Comment se vivra la rentrée culturelle à l’automne?

Si les organismes culturels se préparent à offrir une programmation d’événements cet automne, il reste que bien des questions demeurent en suspens. Une chose est certaine, la prochaine saison artistique ne ressemblera en rien à ce que nous avons connu par le passé.

Le directeur du Centre culturel Aberdeen à Moncton, René Légère, a lancé un cri du coeur. D’abord, il s’inquiète pour les artistes et les travailleurs culturels qui sont sans emploi, ainsi que pour le spectacle vivant. Comment rendre viable un spectacle lorsqu’une salle est à 25% de sa capacité? Si les salles de spectacle veulent présenter des événements, elles doivent respecter les règles sanitaires et la distanciation physique, réduisant ainsi leur capacité d’accueil. Pour la Salle Bernard-LeBlanc, cela signifie entre 60 et 80 spectateurs (dépendant de la distance entre les personnes) dans un espace qui peut accueillir jusqu’à 200 personnes. René Légère estime qu’il n’aura donc pas d’autre choix que d’augmenter le prix du billet s’il veut rouvrir la salle.

«On est prêt à faire ça, mais le public qui nous demande de retrouver des expériences live, il faut qu’il nous suive parce que si on ne nous suit pas, on ne pourra pas soutenir financièrement un projet comme celui-là», a exprimé M. Légère.

Depuis le début de la pandémie, cet espace a été utilisé essentiellement pour des captations de spectacles sans public. Celui-ci rappelle que rouvrir une salle de spectacle au public dans le contexte de la pandémie implique des ressources financières supplémentaires afin de mettre en place les mesures sanitaires de la Santé publique qui équivaut à quelques milliers de dollars.

«Ce n’est pas énorme, mais pour un lieu comme le nôtre, c’est quand même une dépense qui est importante et aussi ça va demander plus de ressources humaines que ce soit à la porte, pour servir la boisson, désinfecter les toilettes, etc. Il y a tout un mécanisme à mettre en place qui va exiger des fonds.»

Les autorités du centre ont donc entamé une réflexion afin d’étudier les options possibles. Il a déjà rencontré des agents d’artistes et il espère pouvoir présenter un premier spectacle au début octobre.

«Si j’ouvre ma salle avec la distanciation physique, je vais être obligé de mettre mon billet à 25$, 30$ ou à 35$. Est-ce que vous êtes prêts à l’acheter, si oui, tant mieux, on va être capable de multiplier les expériences, mais si les billets ne se vendent pas, nous allons tout simplement fermer la salle jusqu’à ce que la pandémie soit terminée et on va continuer à faire du virtuel, mais on s’entend que ce n’est pas gagnant gagnant.»

Si l’on se fie aux commentaires sur les réseaux sociaux et de certains intervenants culturels, il y a une certaine lassitude qui commence à s’installer à l’égard des spectacles virtuels. René Légère estime qu’il y a une limite aux concerts virtuels. La directrice du Centre des arts d’Edmundston, Christine Lavoie, constate que les gens sont à la recherche d’activités sociales avec un contact humain.

«Pour nous, le virtuel peut être quand même intéressant étant donné qu’on ne peut pas remplir nos salles. Avec 40% de la capacité, je ne pourrai jamais faire mes frais avec ça, donc le virtuel pourrait peut-être être une solution pour vendre des billets supplémentaires. Du moment que c’est payant, est-ce que les gens vont embarquer? Je ne suis pas tout à fait convaincue.»

La viabilité, le nerf de la guerre

Le Centre des arts d’Edmundston a mené une consultation auprès de tous ceux qui oeuvrent de près ou de loin dans le milieu culturel. L’intérêt est là, mais toute la question de la viabilité demeure. Subventionnée par la Ville d’Edmundston, la série des Mercredis musicaux qui a du succès est offerte gratuitement, mais comme diffuseur, Christine Lavoie ne peut pas bâtir une saison complète sur des spectacles gratuits.

«Dans mon cas, j’arrivais à balancer ma programmation parce qu’on présentait aussi des spectacles dans la grande salle Léo-Poulin. Ça me permettait de faire un petit peu de profit que je pouvais réinvestir dans la présentation de concerts un peu plus dans la découverte ou émergents dans la petite salle du Centre des arts, mais là j’ai perdu cette possibilité, donc on se pose beaucoup de questions. La saison 2020-2021 se doit absolument d’être basée sur la collaboration, sans ça, nous ne pourrons pas avancer», a partagé Mme Lavoie.

D’après les commentaires qu’elle reçoit du public, les gens sont prêts à aller voir des spectacles, en respectant les règles sanitaires. Ils ont exploré plusieurs formats de spectacles multi-plateformes. Celle-ci envisage de présenter la programmation à la pièce parce qu’elle n’est pas en mesure pour l’instant de lancer toute une saison de spectacles puisque l’avenir demeure incertain.

Des artistes de la région

La programmation d’automne du Centre culturel de Caraquet sera évidemment très différente de ce qui était prévu au départ. Elle sera essentiellement composée d’artistes francophones de la région et de la province, précise le président et directeur général du Centre, Claude L’Espérance.

«Évidemment, on ne peut pas inviter des artistes de l’extérieur pour les raisons que l’on connaît. Deuxièmement, les salles sont peu occupées. Avec la COVID-19, une salle de 400, on est rendu à 108. Et ça, c’est sécuritaire, on l’a fait avec le Festival acadien et Acadie Love. On va continuer dans cette ligne-là.»

Dans ce contexte, certaines activités risquent de ne pas être financièrement rentables, reconnaît M. L’Espérance.

«On n’a pas le choix, c’est soit qu’on ferme totalement, mais on n’est pas mieux parce qu’il y a des coûts fixes qu’il faut quand même qu’on absorbe. Tout de suite, on tient le coup, on a accumulé pas trop de perte. La différence, c’est qu’on va finir probablement à peu près à 30% des revenus qu’on avait habituellement.»

À son avis, il y a un réel intérêt pour les spectacles en salle, s’il se fie à ce qui s’est produit pendant le Festival acadien. Pour chaque soirée, les billets se sont vendus en quelques minutes. Par contre, il n’envisage pas de produire de spectacle dans le grand Carrefour de la mer cet automne parce que les coûts seraient trop élevés pour le peu de spectateurs qu’il pourrait accueillir, a précisé Claude L’Espérance.

Dans le milieu littéraire, la maison d’édition Bouton d’or Acadie a été très active sur la Toile depuis le début de la pandémie. Or, la directrice Marie Cadieux a décidé de prendre une pause du numérique et de repenser à une façon d’organiser ses lancements de livre pour rejoindre les jeunes lecteurs parce qu’elle sent que l’intérêt est moins grand pour le virtuel. De plus, les productions numériques exigent beaucoup de ressources.

À son avis, le milieu culturel peut aussi se réinventer dans sa manière de présenter des événements devant public. Elle cite en exemple, la programmation du Festival de danse atlantique qui a su imaginer de nouvelles façons d’offrir des prestations devant public.