Grande conversation théâtrale entre Irlandais et Acadiens

Il y a beaucoup plus de similitudes entre les Acadiens et les Irlandais que l’on pourrait croire. C’est ce que témoigne la pièce La dernière veillée mortuaire irlandaise de Kevin Mann qui soulève des questions liées à la culture et à la langue, sur fond historique.

L’action se déroule le 6 août 1925 dans une maison de ferme dans le nord du Nouveau-Brunswick. La famille et des amis font leur dernier adieu à Joe, un Irlandais, très apprécié de tout le monde. Autour du cercueil, des Acadiens et des Irlandais sont en grande conversation. On discute de Joe, mais aussi de langue, de culture, de religion, d’histoire, d’existence et d’appartenance. Très attaché à sa culture, Joe qui parlait l’anglais pouvait aussi s’exprimer dans la langue ancestrale de son pays, l’irlandais gaélique, ce qui était plutôt rare au Nouveau-Brunswick. Tout au long de la discussion, Bill, le frère de Joe, changera peu à peu sa vision des choses. Son frère Joe était un profond humaniste.

Avec cette pièce, l’auteur Kevin Mann, de Bathurst, a voulu défaire les idées préconçues autour des Irlandais. Il se souvient que dans sa jeunesse à la fête de la Saint-Patrick, on présentait souvent des comédies qui justement véhiculaient un peu toutes ces idées reçues sur la nature des Irlandais. Ce passionné d’histoire et enseignant à la retraite s’est penché sur des thématiques qui rejoignent en quelque sorte la culture acadienne.

«On voit qu’il y a des similitudes entre les Acadiens et les Irlandais. C’est quelque chose qui me fascine. La France était la première alliée de la république indépendante de l’Irlande. Aujourd’hui, 10% des Irlandais comprennent le français ou parlent le français. C’est la troisième langue de l’Irlande après l’anglais et l’irlandais», a évoqué Kevin Mann.

L’auteur d’origine irlandaise qui a aussi des racines acadiennes estime que l’histoire permet de mieux comprendre les conflits actuels.

«Je suis passionné par l’histoire de la région parce que pour moi, l’histoire donne le contexte pour nos conflits d’aujourd’hui et si on a la capacité de marcher dans les souliers de l’autre, on peut mieux comprendre. Dans ma pièce, il y a des exemples qui illustrent des connexions, comme la Révolution française qui a inspiré celle de l’Irlande et des États-Unis.»

L’auteur souligne que certains apprendront que l’anglais n’est pas la langue de l’Irlande, mais c’est devenu la réalité après la colonisation de la Grande-Bretagne. Il situe son oeuvre dans un contexte historique en rappelant certaines dates importantes comme la rébellion de l’Irlande, l’insurrection de Pâques, la création de l’État d’Irlande, ainsi que la défaite imminente du gouvernement libéral dirigé par P.J. Veniot, premier Acadien à avoir occupé le poste de premier ministre du Nouveau-Brunswick.

Kevin Mann a enseigné pendant 25 ans l’anglais langue seconde aux États-Unis pour ensuite revenir s’établir dans sa ville natale, Bathurst.

«C’est ma place ici. J’aime beaucoup la baie des Chaleurs, les citoyens de Bathurst. Je suis humaniste et je travaille tout le temps pour que les choses soient égales pour tous et pour moi, le bilinguisme, le multiculturalisme, ce n’est pas une question du tout parce que toute l’humanité vient de l’Afrique. Je vois tout le temps la grande histoire pas les différents groupes.»

Interprétée par Louise Blanchard, Kevin Haché, Bernard Thériault et Adrienne Deveau, la pièce sera présentée dans sa version française ce dimanche dans le jardin du Musée des cultures fondatrices à Grande-Anse à 19h. Il s’agit d’une mise en lecture. La traduction française a été réalisée par Jules Boudreau, Adrienne Deveau et Claudette Lajoie-Chiasson. Cette pièce de théâtre communautaire est présentée pour la septième fois. Elle a été à l’affiche, entre autres, du Festival irlandais à Miramichi et de l’Université du troisième âge de Caraquet, dont M. Mann est membre.