Des prix en théâtre qui donnent des ailes à des artistes de l’Acadie

Trois dramaturges de l’Acadie ont été couronnés des prix nationaux de la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada. Gabriel Robichaud, Bianca Richard et Mélanie Léger sont repartis, jeudi soir, avec des récompenses majeures assorties de bourses importantes qui leur permettront de poursuivre leur travail.

Gabriel Robichaud et Bianca Richard, qui forment un couple au petit écran (À la Valdrague), se retrouvent maintenant dans un projet théâtral, comme auteurs, concepteurs et acteurs. Ils ont reçu le Prix national d’excellence RBC (artiste émergent). Remporté pour la première fois en Acadie, ce prix majeur accompagné d’une bourse de 10 000$ est décerné au projet qui s’est distingué parmi tous ceux qui ont été présentés à la fondation (toute catégorie confondue). Cette récompense permettra aux colauréats de poursuivre un ambitieux projet d’écriture d’un docu-fiction théâtral sur l’insécurité linguistique, créé à partir de leur expérience personnelle.

«Ça donne une tape dans le dos et ça nous dit qu’on va dans la bonne direction. C’est un projet et un sujet qui tous les deux nous tient beaucoup à cœur», a exprimé Gabriel Robichaud.

«Avoir cet appui de la fondation, ça donne des ailes et j’ai l’impression que ça donne aussi une crédibilité au projet», a poursuivi l’homme de théâtre.

Ce prix vient alimenter leur réflexion sur ce sujet qu’ils estiment important et nécessaire. En étant reconnus sur le plan national, ils ont le sentiment que le sujet dépasse ainsi l’aspect régional et que cette histoire sort des frontières du sud-est du Nouveau-Brunswick.

Ils ont tous les deux expérimenté de l’insécurité linguistique, mais dans des réalités différentes puisque Bianca Richard a grandi dans un milieu rural, tandis que Gabriel Robichaud vient de Moncton.

«C’est bizarre l’insécurité linguistique. C’est toujours avec la rencontre de l’autre qu’on va le vivre. Quand j’étais dans mon cocon à Notre-Dame et Bouctouche, dans le comté de Kent, je ne vivais pas nécessairement d’insécurité linguistique parce que tout le monde parlait comme moi autour de moi. C’est en sortant de ma région, en allant à l’université, à Montréal, le monde faisait des remarques sur mon accent. De plus en plus, ç’a commencé à me travailler. C’est juste l’accumulation de plusieurs moments qui fait que ça nous tente moins de parler en public», a confié l’auteure et comédienne.

Gabriel Robichaud souligne que le spectre de l’insécurité linguistique est large et que la façon dont on parle est souvent plus remarquée, critiquée et questionnée que le contenu, même parfois de l’intérieur. Malgré les apparences et même si ces deux artistes ont choisi un métier de la parole, le doute et le questionnement peuvent s’installer, assurent-ils. Et dans le pire des cas, on s’inflige le silence. Avec cette pièce de théâtre, ils veulent aborder le sujet sur la place publique et combattre les idées préconçues. «Combien de fois, on se fait dire qu’on parle mal ou encore qu’on parle bien pour quelqu’un du sud-est», soulève Gabriel Robichaud.

«Pour ma part, on m’a souvent reproché une absence d’accent comme si parce que je viens d’un endroit je devais parler de telle ou de telle façon.»

Un projet en plusieurs étapes

La bourse de 10 000$ va leur permettre de passer à la deuxième étape. Ils iront à la rencontre des autres en réalisant des entrevues devant la caméra avec des sociolinguistes et des personnalités publiques comme Lisa LeBlanc, Vivianne Roy et Gabriel Malenfant. Dans le troisième volet du projet, ils envisagent de retourner à leur école secondaire pour voir où en est rendu le statut de la langue chez les jeunes. Le format de docu-fiction leur permet de romancer et de prendre certaines libertés tout en puisant dans des faits réels et des expériences vécues. Ils ont terminé une première version du texte intitulé Parler mal qui a été soumise à des événements de mise en lecture, dont le Festival à Haute Voix à Moncton en 2021. Ils espèrent pouvoir produire le texte sur la scène en 2022 ou 2023.

Mélanie Léger a récolté le Prix du Centre des écritures dramatiques – Wallonie-Bruxelles (CED-WB). Grâce à cette récompense d’une valeur de 10 000$, l’auteure et comédienne se rendra à Mariemont, en Belgique, pour y effectuer une résidence d’écriture d’une durée d’un mois sous la supervision du CED-WB. Elle se consacrera ainsi à l’écriture de sa pièce de théâtre sur l’histoire de Rebecca Schofield qui a inspiré des gens du monde entier à accomplir des gestes de bonté.

Des prix régionaux ont aussi été remis à Joanie Thomas (Le Prix Viola Léger) et à Jonathan Sonier (Prix spécial Suzanne-Cyr).