Les expositions à ciel ouvert de Denis Lanteigne

En sillonnant les routes de la région de Caraquet, vous avez de bonnes chances de croiser une des installations artistiques éphémères de Denis Lanteigne qui, depuis près de dix ans, cherchent à provoquer le monde qui l’entoure par ses œuvres d’art extérieures.

L’environnement, l’aménagement urbain, la nature, le cosmos et les enjeux de sociétés figurent parmi les thématiques privilégiées de Denis Lanteigne. Si parfois, il peut être difficile d’obtenir une place en galerie, l’artiste se tourne vers d’autres avenues pour pouvoir présenter ses créations de grands formats. Il a choisi d’exposer ses œuvres en plein air. Il les réalise sur son terrain en face du Carrefour de la mer à Caraquet ou ailleurs dans la région.

«Ça me permet de créer. Si j’ai une idée, j’ai de la place pour le faire et j’ai un public. Ça me donne beaucoup d’énergie de le faire en direct devant les gens parce que je suis sur le terrain dehors et le monde me voit faire. Il faut que je réussisse à réaliser quelque chose de visuel pour qu’on le voie en passant en voiture ou en marchant», a-t-il expliqué en entrevue.

Pour cet artiste, une œuvre d’art n’est pas une affaire de beauté ou de laideur, mais elle doit fonctionner et rendre compte du monde qui nous entoure.

«C’est ça mon défi et en même temps, c’est de la médiation culturelle. Ça me fait passer aussi un bel été à l’extérieur au soleil.»

L’installation Marionnettes astrales de Denis Lanteigne. -Gracieuseté

Ses deux plus récentes installations traitent des aurores boréales et de la nature. Sur son terrain en face de la mer, il a créé une installation d’une cinquantaine de pieds qu’il a intitulée, Marionnettes astrales, inspirées des aurores boréales. Fasciné depuis longtemps par ce phénomène lumineux atmosphérique qu’on observe surtout dans l’hémisphère nord, l’artiste a imaginé une grande installation qui évoque ces voiles colorées dansants dans le ciel, provenant du vent solaire, qu’on appelle aussi de façon poétique marionnettes dans la région de la Baie des Chaleurs. De longues planches de bois assemblées deux par deux et recouvertes de chaux aux diverses couleurs, montées sur des tiges de métal, composent cette installation. Placées en angle et de façon parallèle dans une ligne ondulée, elles forment un champ de tiges multicolores. L’oeuvre demeurera sur son terrain jusqu’en novembre.

«J’aime les choses scientifiques, le climat, les astres et toutes les choses qui se passent avec le cosmos. Je suis toujours à l’affût de ça. Les installations que je vais faire sur mon terrain se réfèrent souvent au contexte autour de nous. Les aurores boréales me permettent aussi de poursuivre ma démarche avec l’abstraction. Pour la plupart de mes installations, je suis toujours plus dans l’abstraction que la figuration. C’était aussi une belle occasion d’y aller avec une exploration chromatique.»

La nature c’est sale

Denis Lanteigne a réalisé aussi une oeuvre pour le Festival des arts visuels en Atlantique qui se tiendra du 23 au 26 septembre. L’installation La nature c’est sale témoigne notamment de la brutalité avec laquelle les êtres humains traitent la nature. L’oeuvre se trouve sur un terrain à Rang-Saint-Georges près de Paquetville. Il a voulu ainsi répondre à ceux qui lui reprochent de ne pas tondre sa pelouse pour laisser la place aux fleurs sauvages. À l’aide de palettes de bois, il a érigé un genre d’enclos qui emprisonne les pissenlits et les petites fleurs sauvages.

«Je pense que dans cette œuvre-là, c’est notre rapport à la nature. À une plus grande échelle, on coupe la forêt amazonienne, la forêt boréale, de Bornéo et après ça, on vide la mer. On a un rapport avec la nature qui est assez brutal. Pourquoi tout couper le gazon autour de sa maison au lieu de garder les fleurs sauvages pour les insectes pollinisateurs? C’est la même philosophie quelque part, mais à une différente échelle.»

En créant des œuvres tridimensionnelles, il estime qu’elles dégagent une force et une énergie qui interpellent le public. Pour chacune de ses œuvres, il ajoute une plaque explicative, ainsi qu’un espace afin de permettre aux gens d’écrire des commentaires.