Les femmes font tranquillement leur place en humour

Les femmes ont-elles suffisamment de place en humour? La cinéaste et humoriste acadienne Line Woods estime que la situation s’est améliorée grandement au cours des dernières années, même s’il reste encore du chemin à parcourir avant d’atteindre la parité.

Le Gala d’humour francophone Rire… ici on le peut du Festival HubCap présenté, samedi soir, rassemblera sept humoristes de l’Acadie, dont deux femmes.

Line Woods qui fait partie de la distribution de ce gala et de la revue humoristique du 17 octobre souligne qu’il y a quelques années, les femmes étaient pratiquement invisibles sur la scène de l’humour. Celle qui œuvre dans le monde du cinéma notamment comme scénariste s’intéresse à l’humour depuis longtemps.

Plus jeune, jamais elle n’aurait imaginé s’aventurer sur une scène pour faire du stand-up, s’estimant trop réservée. Devant le manque de femme dans les soirées d’humour, elle a eu envie de tenter sa chance.

«J’allais voir les open mic, j’étais tellement déçue, je trouvais qu’il manquait une voix féminine vraie et réaliste parce qu’on a les mêmes pensées, observations, frustrations que n’importe qui d’autre. On n’avait juste pas tendance à prendre la place pour le faire et en parler. Tout ça mis ensemble a fait que je me suis dit si ça doit être moi, ce sera moi.»

Comme scénariste et écrivaine, elle aime cette idée que l’humoriste n’a pas besoin de toute une équipe et de partenaires de jeu pour se produire sur une scène. Sa victoire ou sa perte ne dépend que d’elle seule. L’artiste originaire de Sainte-Marie-de-Kent a fait ses débuts il y a près de trois ans dans les soirées d’humour à Moncton organisées par le regretté Martin Saulnier.

«Quand j’ai commencé, il y avait beaucoup de femmes qui venaient me voir et qui me disaient si tu es là, je me présenterai. J’ai réalisé qu’il y avait certaines femmes qui n’étaient pas à l’aise d’être la seule humoriste de la soirée.»

Sur la scène, Line Woods cherche à se différencier des autres humoristes en traitant de certains sujets que parfois les femmes n’osent pas nécessairement aborder. Cette mère célibataire de deux enfants transforme les petites difficultés de la vie et les frustrations sous un angle humoristique et parfois de façon assez audacieuse.

«Je me suis dit qu’il n’y a pas de façon que je peux commencer à faire de l’humour et être Louis José Houde le jour un. J’ai commencé par m’habituer à être debout sur scène, ma voix dans le micro et je me suis dit que les jokes allaient venir avec le temps et que ça allait s’améliorer. On y va, on essaie et on se reprend. Je me suis toujours arrangée pour avoir une autre date de réservée avant d’embarquer sur scène. Alors si ça ne va pas bien, je savais que je pouvais me reprendre et que je pourrais corriger par telle date.»

Formation en humour

Line Woods a suivi la formation de l’humoriste Nikki Payne qui l’a d’ailleurs encouragée à faire ses débuts dans les soirées de comédie. Selon Xavier Léger du Festival HubCap, le recrutement spécifique auprès des femmes et l’école de l’humour de Nikki Payne au Théâtre Capitol ont contribué à accroître la présence des femmes dans le paysage de l’humour.

«Quand elle (Nikki Payne) a mis en place une école d’humour au Théâtre Capitol, elle a offert des ateliers spécifiquement pour les femmes. Depuis ce temps, on a vu au moins le double ou le triple de femmes qui se présentent aux soirées à micro ouvert avec confiance parce qu’elles ont eu ce genre de mentorat d’une des plus grandes humoristes au pays.»

Xavier Léger admet que la situation n’est pas encore parfaite. Si les galas d’humour du festival regroupent toujours plus d’hommes que de femmes, les responsables notent quand même une augmentation de la diversité dans les ateliers, les écoles de l’humour, les concours et les soirées à micro ouvert.

«De plus en plus de femmes se présentent. C’est excellent parce que ça nous donne plus de choix de repêchage quand on vient à programmer des shows. On peut choisir les meilleurs humoristes et ça adonne que plusieurs d’entre eux sont des femmes. On peut toujours faire mieux et il y a toujours du développement à faire en terme de diversité en général.»

Xavier Léger souligne que le bassin d’humoristes francophones (tout genre confondu) n’est pas immense au Nouveau-Brunswick. Pour le gala de samedi soir qui compte une minorité de femmes, les organisateurs ont dû composer avec certains critères (d’après la subvention qu’ils ont reçue pour ces spectacles). La programmation devait comprendre une représentation de chaque région de la province, avec des têtes d’affiche et des humoristes de la relève.

Luc LeBlanc invite le public à lâcher son fou

Le gala du Festival HubCap marquera le retour sur scène de Luc LeBlanc comme humoriste. Le comédien estime qu’il est temps de lâcher son fou et de rire un peu de la pandémie.

Fébrile et un peu stressé, l’humoriste a hâte de remonter sur la scène du Théâtre Capitol. Celui qui personnifie Citrouille au Pays de la Sagouine n’a pas fait de stand-up depuis un bon moment. Il promet quelques numéros sur la pandémie et le confinement, en pointant du doigt certaines situations absurdes.

«J’ai comme l’impression qu’il faut en rire à un moment donné même si c’est pas drôle. Comme société, c’est quelque chose d’intense. Comme nous qui faisons de l’humour, on se doit d’arriver à prendre une situation difficile puis la transformer en comique. Tout de suite, par exemple, on voit des gens conduire avec des masques tout seuls en voiture», a déclaré Luc LeBlanc, en entrevue à l’Acadie Nouvelle.

Les mois de confinement passés en famille constituent certainement de bons sujets d’inspiration pour des numéros d’humour. La comédie peut servir de soupape d’échappement en cette période difficile, considère l’humoriste.

«Y a du stress qui s’est passé et qui est encore existant ne serait-ce que financièrement. Pour moi, il y a le Pays de la Sagouine, une chance, mais à moment donné, j’avais beaucoup de spectacles et tout ça a été annulé. Ç’a un effet sur la vie immédiate. Veut veut pas, y a bien des fois que je me retrouve plus dans ma tête qu’avant. Faire de l’humour et puis ne pas se prendre au sérieux pour une soirée, même si ce qu’on dit peut avoir un impact sérieux, je pense que ça va juste faire du bien.»

Pandémie oblige, les humoristes et le public vivront une nouvelle expérience samedi soir puisque le spectacle sera présenté à la fois devant un public et en ligne. Avec les consignes de distanciation physique, la salle de 800 places pourra accueillir un maximum de 300 spectateurs.

«Ça va être une salle immense avec moins de monde. Est-ce qu’il va y avoir un rire contagieux ou les gens seront plus gênés? Je ne sais pas. Je vais essayer de connecter avec les gens dans la salle.»

Le Festival HubCap présente deux galas en fin de semaine, un en anglais et un en français. Selon Xavier Léger tout est en place pour cette nouvelle forme de spectacle hybride. La vente de billets va bon train pour le gala francophone, mais il reste encore quelques places de disponibles.

Le Gala Rire… ici on le peut rassemblera en plus de Luc LeBlanc et Line Woods, Martin Léger, Annabelle Hébert, Tommy Des Rosiers, ainsi que JC Surette et Julien Dionne. Ces deux derniers offriront leurs prestations à distance. Elles seront projetées sur écran. Le spectacle est présenté ce samedi 3 octobre à 19h30. Les gens peuvent se procurer des billets à travers le site web du festival.