Lumière sur l’art de la performance

La tournée PERFform21 qui rassemblera sept artistes vise à sensibiliser le public à l’art de la performance qui peut parfois paraître un peu obscur. Le cofondateur de l’événement Mathieu Léger qui pratique cette forme d’art depuis 25 ans y voit l’occasion de réfléchir de façon poétique sur le monde qui l’entoure.

L’artiste visuel de Moncton qui crée aussi des œuvres concrètes apprécie la performance notamment en raison de la liberté qu’elle procure. Pas besoin d’équipement sophistiqué ou d’outils spécialisés pour réaliser une performance. Tout part souvent du corps et de la gestuelle avec très peu de matériel. Le public découvre en quelque sorte l’œuvre en même temps que l’artiste.

«Je ne répète jamais mes performances avant de les faire. J’y réfléchis. Je passe chaque action dans ma tête pour voir les possibilités de résultats ou ce qui pourrait arriver et puis on espère que la pratique va être la même que la réflexion théorique. C’est un peu comme de l’impro», a exprimé Mathieu Léger.

«C’est aussi un peu comme faire de la peinture. On ne voit pas l’artiste à l’œuvre en train de créer, on voit le résultat de son mouvement. Ça peut être considéré performatif dans un sens. J’y réfléchis beaucoup, ce qui est normal dans mon domaine. Je trouve que c’est entre la poésie et un truc de magie.»

À son avis, le public doit regarder une performance sans avoir d’idées préconçues.

«Souvent, on essaie de trouver un sens avant d’observer concrètement ce qui se passe, les objets et les matières qui sont utilisés. Il faut juste regarder sans préjugé la matière et l’action», a poursuivi l’artiste qui estime qu’il s’agit d’une expérience unique qui demande au spectateur une certaine réflexion.

Après les performances, le public est invité à discuter avec les artistes.

Un laboratoire de création

La Galerie Sans Nom (GSN) qui organise cette tournée cherche à en faire une biennale. Fondée en 2017 par Mathieu Léger et Linda Rae Dornan, tous deux membres de la GSN, la tournée rassemble maintenant sept artistes des quatre coins de la province, dont Marika Drolet-Ferguson, Samuel Richard et Xavier Gould. La plupart des créateurs en sont à leurs débuts dans le domaine de l’art performance. La directrice de la GSN, Anne-France Noël, désire que cette tournée devienne en quelque sorte un laboratoire pour les artistes émergents tout en étant accompagnés par des artistes plus aguerris dans le domaine.

Au Nouveau-Brunswick comme dans bien d’autres régions du monde, la performance est encore une forme d’art peu connue. Il faut dire qu’il n’existe pas de formation dans ce domaine des arts visuels au Nouveau-Brunswick. C’est à l’artiste de développer sa propre pratique.

«Je crois que l’intérêt commence tranquillement à se développer et aussi avec l’initiative de la galerie de l’Université de Moncton dans le cadre des Mois de la performance, ç’a aussi aidé. On aimerait développer un programme de mentorat.»

D’après celle-ci, les gens se déplacent de plus en plus pour aller voir des performances. Selon Mathieu Léger, environ 300 personnes ont assisté à la tournée en 2019. Cette forme d’art qui existe depuis une centaine d’années gagne à être connue, mais l’artiste convient que ce n’est pas nécessairement le genre de spectacle qui peut attirer de grandes foules. «Je viens d’entendre une entrevue avec Gerry Seinfield et il disait que ce n’est pas parce que c’est populaire que c’est bon. Les choses qu’on mise beaucoup de valeur dessus, ce sont les choses qui sont plus rares.»

Toutes les performances auront lieu à l’extérieur et les règles de distanciation physique seront respectées. Neuf villes seront visitées. Mathieu Léger et Linda Rae Dornan seront de toutes les présentations, tandis que les cinq autres créateurs s’arrêteront dans certaines villes. La tournée PERFform qui s’étend du 10 octobre au 8 novembre s’arrêtera à Campbellton, Caraquet, Saint Andrews, Saint-Jean, Fredericton, Sackville, Moncton, Bouctouche et Edmundston.