Le conte à l’honneur dans la Vallée de Memramcook

Comment se fait-il que le conte soit toujours aussi vivant aujourd’hui? L’art de raconter a plus que jamais sa raison d’être surtout en ces temps de pandémie, note le conteur belge Pascal Guéran qui prend part au 11e Festival Parlures d’icitte à Memramcook.

Pour son 11e rendez-vous, le Festival Parlures d’icitte à Memramcook propose, jusqu’au 25 octobre, près d’une vingtaine d’activités autour du conte pour la plupart virtuelles. Pour la première fois de son histoire, le festival ouvre la porte à des conteurs de l’international, soit Earlène Broussard de la Louisiane et Pascal Guéran de la Belgique. Le Festival a pris son envol avec une table ronde virtuelle pendant laquelle l’animateur Alain Clavette a discuté du conte et du processus de création avec quatre conteurs aux accents différents du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de la Louisiane et de la Belgique. Selon Pascal Guéran, le conte est bien vivant, mais paradoxalement, ce n’est pas facile de le faire vivre dans le monde actuel.

«Le conte, c’est une parole dans la simplicité et nous sommes dans un univers de plus en plus envahi par les images et la technologie et donc c’est très difficile d’avoir une parole toute simple qui puisse exister encore et avoir de l’importance dans un monde qui est complètement dans le virtuel et l’image. En même temps, je pense qu’effectivement, le conte est toujours présent parce que ça correspond à quelque chose de vraiment fondamental dans l’être humain», a-t-il exprimé.

Si le conte est encore vibrant, c’est qu’il amène des réflexions par les métaphores et les images sur des choses très fondamentales qui nous touchent tous. «Je pense qu’il a vraiment sa raison d’être dans notre monde parce que si on ne se pose pas un petit peu de questions sur ce qu’on est en train de vivre, on se laisse entraîner dans un univers. En plus, on le voit avec cette période très particulière et ça pose des questions fondamentales. Et là, les récits ont des choses à nous dire. Ça offre de belles pistes de réflexion.»

Pour la conteuse Earlène Broussard, le conte permet de garder sa culture cadienne vivante, précisant toutefois que le défi est grand en Louisiane.

«On est vraiment dans une situation minoritaire en Louisiane et le public qui va venir écouter des contes n’a pas forcément tout le vocabulaire du conteur. Même si les jeunes ont passé des années dans les programmes d’immersion, ils ne connaissent pas forcément les expressions cadiennes parce que nous avons une immersion facilitée par les gouvernements de la France, de la Belgique, du Québec et de l’Acadie. Le français de mes aïeux, c’est ce qui m’intéresse de conter. Me servir de ce français, de cet accent-là, souvent c’est ça qui est touchant.»

Voyage dans l’imaginaire

En offrant des spectacles de contes dans les écoles, Clara Dugas de la Nouvelle-Écosse a constaté que les jeunes adorent les conteurs. Pour le jeune Alexis Bourque qui en est à sa septième participation au festival, le conte constitue une façon d’exprimer sa fierté culturelle et de voyager.

«Le conte m’a amené à des places que je n’aurais pas pu me rendre si ce n’était pas du festival.»

S’accompagnant tantôt d’objets anciens, tantôt de musique, de chants ou même de danse, les conteurs proposent d’abord un voyage dans l’imaginaire. Avec peu d’accessoires et sans décors, ils arrivent souvent à créer un univers entier. D’après Pascal Guéran, les contes sont de petits cadeaux qui permettent aux spectateurs de repartir avec des images plein la tête.

Le festival offre cette année des activités sous différentes formes: les soirées Quoisse-tu contes!, l’heure du conte, la soirée d’antan autour des vieux mots acadiens, raconte-moi en musique, les morts ont des choses à dire, des ateliers et des excursions d’ornithologie. Une exposition de grandes photographies Y fait beau par icitte est en montre au parc de piste et pelouse. Ces images réalisées par des photographes amateurs de la région témoignent de leur vision des beautés de la Vallée de Memramcook.

Parmi les nouveautés, on propose une promenade chorégraphique en plein air inspirée des personnages mystérieux de Memramcook imaginés par Alexis Bourque et la compagnie Danse En l’Air. Il y aura aussi une rencontre virtuelle avec la peintre Georgette LeBlanc qui racontera comment son parcours d’artiste a été inspiré par la Vallée de Memramcook.

En raison de la pandémie, les responsables du festival ont dû revoir leur format et apporter quelques changements de dernière minute. Les activités sont diffusées en ligne sur la page Facebook de la Société culturelle de la Vallée de Memramcook. Il n’y a que la promenade chorégraphique et l’exposition de photographies qui se déroulent en personne, tout en respectant les consignes de la Santé publique. Le format virtuel a permis aux organisateurs d’inviter des auteurs de l’extérieur du pays, lui permettant ainsi d’avoir un rayonnement international. Paul Auffrey du Festival Parlures d’icitte et de la Société culturelle de la Vallée de Memramcook estime qu’il n’y a pas que des désavantages à tenir un événement virtuel, même si le contact direct avec le public de la région leur manque.

«C’est sûr qu’il y a des désavantages à être virtuel, mais il y aussi l’avantage de pouvoir aller chercher un plus grand public de partout.»

Près de 15 artistes et conteurs participent au festival cette année. L’auteur-compositeur-interprète Martin Bourque qui entretient des liens très forts avec la Vallée de Memramcook, a composé une chanson qui fait l’éloge de la région. Cette chanson est disponible sur la chaîne YouTube.