La soif de création de Marie-Hélène Allain

Depuis maintenant 50 ans, la sculptrice Marie-Hélène Allain est habitée par la création et le partage, comme en témoigne sa plus récente exposition Poèmes sculptés.

Nous avons rendez-vous à Sainte-Marie-de-Kent dans l’atelier de l’une des plus grandes sculptrices au pays. «Mon doux que je suis chez nous ici!», confie l’artiste acadienne qui, depuis un demi-siècle, poursuit sa quête artistique dans ce grand atelier situé tout près de l’eau.

Un artiste ne prend pas de retraite, soulève la sculptrice âgée de 81 ans qui se fait souvent demander pourquoi elle travaille toujours aussi dur alors qu’elle pourrait facilement se reposer.

«Les gens me disent t’arrives à 80 ans, pourquoi tu n’arrêtes pas et que tu ne prends pas le temps de vivre. Pour moi, vivre ce n’est pas m’asseoir pis prendre un café, c’est créer. Dernièrement, me semble que c’est devenu clair. On ne prend pas notre retraite comme créateur, c’est quelque chose qui est là qu’on a développé. Ça fait partie de notre nature.»

Marie-Hélène Allain parle de la pierre avec tellement de passion. Avec les années, elle a découvert que ce matériau convient parfaitement à sa nature et à sa manière de penser.

«J’ai un fonctionnement lent. J’ai tous les symptômes du déficit d’attention sauf que je ne suis pas hyperactive. Ça me prend énormément de temps», confie-t-elle.

«On ne travaille pas dans la pierre comme on travaille d’autres matériaux. La pierre nous résiste. Chaque fois que je prends une décision vite, ce n’est pas souvent la meilleure décision. Quand c’est une décision très importante, il faut que je la rumine, je suis une rêveuse.»

Un travail de longue haleine

Pour réaliser les cinq œuvres de Poèmes sculptés, elle a mis au moins trois années de travail. Chaque sculpture de pierre (granite, marbre, calcaire…), de métal et de bois est réalisée avec minutie, force et réflexion. Il s’en dégage beaucoup de poésie.

Cette fois, ce sont les soifs universelles de l’expérience humaine qui l’ont inspirée. Tout a commencé avec la soif de vivre, une œuvre qui a donné le coup d’envoi à cette collection qui rassemble des sculptures assez différentes les unes des autres. Bien que les soifs de la vie soient communes à tous, chacune d’entre elles s’exprime de manière différente, note l’artiste.

Après la dernière exposition Imagerie de l’héritière qu’elle avait présentée avec Alisa Arsenault, l’artiste s’est posé plusieurs questions quant à la suite des choses. Mais l’envie de retourner dans son atelier et de sculpter la pierre s’est imposée telle une évidence.

«J’ai pensé l’atelier est encore là alors pourquoi ne pas essayer, je n’ai rien à perdre. Je suis rentrée là et je me suis rendu compte que j’avais encore soif. Et là, j’ai réalisé que ma soif de créer venait du dedans», raconte celle qui malgré quelques maux de dos et de bras continue d’apprivoiser la pierre.

Elle a donc exploré ce thème pour en faire des œuvres qui abordent les différentes soifs de la vie, celle du savoir, des relations, de devenir, d’être et d’avoir. Dans ses sculptures qui intègrent divers symboles, on retrouve, entre autres, l’oeuf qui représente justement cette immense soif de vivre. Sa démarche artistique a quelque chose de spirituel.

«J’aime assez creuser un thème. C’est comme creuser le grand mystère. On le sent ce grand mystère qui nous enveloppe. On ne voit pas le fond, mais on découvre à mesure. C’est tellement intéressant, c’est comme creuser en spiritualité pour moi.»

Dans une de ses sculptures qui s’intitule qui se rassemble se ressemble, elle reprend les troncs d’arbres d’une installation antérieure Secrets de varnes qui symbolise l’énergie et la résilience des Acadiens.

«Le côté semblable est très clair. Quand on se rassemble, ça peut être dans la formation d’une communauté religieuse, d’une communauté artistique et toutes sortes d’organismes et de groupements qui se forment chez les humains. C’est notre soif de relation qui est tellement forte.»

Au fil des années, Marie-Hélène Allain a développé ses propres techniques de taillage de la pierre en intégrant des assemblages. Elle réorganise un peu le monde de façon cohérente avec ses œuvres de pierre dans lesquelles elle incruste d’autres matériaux comme le métal.

Poèmes sculptés qui a été présentée au Centre culturel Kent-Sud à Bouctouche dans la galerie qui porte son nom, sera appelée à voyager. En principe, les œuvres seront de nouveau exposées à l’Hôtel de Ville de Moncton dans une année. Marie-Hélène Allain a plus d’une trentaine d’expositions à son actif, plusieurs expositions itinérantes ainsi que des œuvres qui font partie de collections publiques et privées au pays.