Pierre-André Doucet publie un roman sur la dérive amoureuse

Récit d’errance, de voyage et surtout de dérive amoureuse, le roman Des dick pics sous les étoiles de l’auteur et pianiste Pierre-André Doucet, de Moncton, est tout aussi cru que poétique et touchant.

Avec ce nouvel ouvrage, Pierre-André Doucet reprend un peu les thèmes de son recueil de récits Sorta comme si on était déjà là, paru en 2012, mais cette fois-ci, il approfondit sa démarche et ses personnages. Comme son titre le laisse entendre, ce roman ne fait pas dans la dentelle et comporte des scènes sexuelles assez explicites, mais sans tomber dans la pornographie. Il y a quelque chose de très attachant, de tendre et de sensuel dans cette histoire d’amour à distance entre Marc et Marc-Antoine.

«C’est quelque chose que je ne me serais pas permis d’écrire dans mon premier recueil, surtout le fait que dans le roman, il y a plusieurs passages crus et qui sont ouvertement homosexuels. Je pense qu’aussi je réussis quand même dans le cru à trouver de la poésie et du beau, quelque chose de plus large que de la simple pornographie parce que ça, ça ne m’intéresse pas», a expliqué en entrevue l’auteur.

Il ne cherche pas nécessairement à apposer une étiquette LGBT+ à son écriture, même s’il ne s’en cache pas. Son roman aborde divers enjeux sociaux, identitaires, linguistiques, culturels et amoureux qui à certains égards nous rejoignent tous. Un roman actuel ancré dans son temps, celui de la génération des milléniaux à l’ère des réseaux sociaux.

«Je pense que c’est un sentiment qui est très millénial et qu’on voyait moins dans des œuvres d’artistes un peu plus âgés que nous. La plupart d’entre nous, on est sorti de nos études puis c’était la crise financière et cette longue décennie de reprise a laissé beaucoup de gens de ma génération dans des situations aussi précaires que lorsqu’on était étudiant. Y a beaucoup de personnages de ce roman qui vivent une réalité, j’ose dire, quand même assez commune pour la génération des milléniaux», a expliqué l’auteur.

Son lot de défis

Marc, un Acadien dans la mi-vingtaine, cumule les dettes, les diplômes et les «dick pics» qu’il échange sur les médias sociaux. Il fait la rencontre de Marc-Antoine à Montréal, un être bohème toujours en transit d’une ville à l’autre. Pendant que ce dernier prépare son prochain voyage, Marc s’apprête à rentrer à Moncton chez sa sœur pour occuper un emploi dans un centre d’appel. Les deux amants se quittent et entretiennent une relation à distance meublée de textos. Entre son emploi et la vie de famille, sa relation s’effrite avec le temps. Marc se laisse aller à une certaine mélancolie.

Pierre-André Doucet raconte que l’écriture du roman, commencée en 2013, a comporté son lot de défis. Ç’a été un travail de longue haleine pour celui qui avait surtout écrit de la poésie et de courts récits. Ce sont d’abord les personnages qui ont inspiré l’histoire qui évolue dans des lieux qui font partie de son environnement depuis les dix dernières années. Le voyage n’est jamais très loin pour le pianiste qui a été souvent sur la route.

Dans son roman, la musique et la musicalité des mots, le rythme et la cadence occupent une grande place. Il a une approche qu’il qualifie de pianistique dans son écriture. De nombreux dialogues sous la forme de textos et de conservations nourrissent le récit. Le romancier admet que le processus a été laborieux afin de rendre ce type d’échange cohérent dans l’écriture.

«Il faut arriver à suivre, mais je tenais vraiment à ce qu’on saute d’une conversation à l’autre comme on fait lorsqu’on utilise un téléphone intelligent qu’on se sent un peu déboussolé par ces changements rapides d’écran, d’applications et d’informations qui rentrent.»

Plusieurs répliques sont écrites en chiac et en langue parlée. Encore là, l’auteur a voulu donner de la crédibilité et de l’authenticité à ses personnages.

«Ça se passe à Moncton, un personnage acadien plus ou moins de ma génération. Pour moi, de le lire parler dans une voix qui n’est pas la nôtre, ça sonnerait tellement faux pis ça ne marcherait pas avec mon processus. Mais en même temps on veut écrire sachant qu’il y aura un lectorat plus large que seulement à Moncton», a ajouté l’auteur qui a été invité par le Festival Frye à donner un atelier intitulé Écrire à l’oreille.

Ce deuxième ouvrage de fiction de Pierre-André Doucet vient tout juste de paraître aux Éditions Prise de parole.