Valérie Milot, harpiste aux multiples horizons

Depuis plus de dix ans et neuf albums, Valérie Milot s’est donné comme mission de démystifier la harpe et d’explorer toutes les facettes de cet instrument qu’on a souvent associé à un esprit angélique. Mais en fait, cet immense «piano dénudé» d’une puissance incroyable offre des possibilités inattendues.

Valérie Milot a commencé à jouer de la harpe à l’âge de 10 ans. Au départ, comme pour bien des gens, c’est le côté angélique ou romantique de cet immense instrument qui l’a attiré. À force d’en jouer, elle s’est intéressée à l’envers du décor. Déjà en choisissant la harpe, elle savait que son parcours serait atypique.

«C’est un instrument qui demande beaucoup de force physique. Pour donner l’illusion d’un jeu aérien, ça implique beaucoup de sollicitation physique. C’est beaucoup plus ce côté-là qui m’intéresse que celui de l’ange assis sur un nuage qui joue de la harpe», a raconté la harpiste qui a enchaîné plusieurs prix au cours de sa carrière.

Autant dans ses concerts que dans son enseignement, elle a envie de faire découvrir cet instrument un peu marginalisé ayant souffert d’un développement tardif au profit du piano, de l’orgue et du clavecin. La harpe, c’est un peu comme un piano qui fait du striptease. C’est un piano dénudé.

«Ç’a le même registre et c’est comme si les marteaux sont nos doigts. C’est un instrument qui peut être soliste, en accompagner d’autres ou jouer avec un groupe.»

Celle qui joue aussi de la harpe électrique a exploré différents projets novateurs et des répertoires allant du classique au populaire en passant par le rock. Vous aurez peut-être entendu sa relecture de la pièce Discipline du groupe rock progressif King Crimson. Ayant une nature rebelle, elle aime la variété et la harpe est l’instrument tout indiqué pour jouer divers styles.

«Ça passe par cette espèce de démocratisation de l’instrument d’enlever ces clichés et c’est aussi de la musique que j’écoute moi-même que je me plais à explorer. J’aime essayer de nouvelles choses et sortir de ma zone de confort. Je pense que tous les styles de musique sont issus de la même source, donc tous les styles de musique sont connectés. On le voit dans plusieurs fusions qui se font entre les types de musique.»

Harpiste solo

Pour son neuvième album intitulé Solo, elle a choisi de revenir à une formule épurée en revisitant des œuvres connues du répertoire classique, et ce, dans un esprit d’ouverture. C’est un extrait de ce projet que le public de la FrancoFête en Acadie pourra voir jeudi. Ce sont des coups de cœur.

«J’ai essayé de ne pas me limiter dans mes choix avec la faisabilité des choses. Je suis allée avec des pièces qui avaient une marque dans mon parcours. Mon père est décédé en avril et ce projet était beaucoup lié au lien que j’avais avec lui parce que c’est grâce à lui que je joue de la musique. C’est lui qui m’a enseigné la musique. Toute l’histoire du disque que je raconte en spectacle est vraiment liée à cette relation que j’ai avec la musique, mais aussi la relation que j’avais avec mon père (il jouait de la guitare classique).»

Si les titres des œuvres peuvent paraître obscurs, en les écoutant, on reconnaît les pièces qui, comme le souligne la musicienne, font partie de l’imaginaire collectif. Des pièces de Mozart, Schubert, Paganini, Mendelssohn, Tarrega et Bach figurent à la sélection.

«Je trouvais que c’était un bon filon pour aller rejoindre les gens avec la harpe. C’est une bonne manière de les prendre par la main pour les amener dans l’univers de la harpe. En plus, j’ai un instrument qui est vraiment fantastique qui m’est prêté par un mécène. Je peux faire découvrir l’instrument en particulier et c’est aussi une manière d’amener les gens à découvrir l’histoire de la harpe.»

Avec son projet Solo, Valérie Milot estime qu’il s’agit d’une belle façon de revenir doucement dans le paysage culturel même si la pandémie fait en sorte qu’il est difficile de se projeter dans un avenir de tournées. La harpiste québécoise qui a déjà tourné dans les Provinces maritimes avec les Jeunesses musicales du Canada et le programme Début Atlantique tient à garder le contact avec le public de la côte Est.

Elle présente son extrait de spectacle virtuel, jeudi soir, où on retrouvera aussi dans cette même série de vitrines, Menoncle Jason, Kenneth Saulnier et Étienne Fletcher.