Histoire des Premières nations: «Quand j’ai lu ce livre-là, j’ai pleuré»

Avant même de parler de réconciliation, il faut d’abord apprendre à mieux connaître l’histoire des Premières nations, estime Jean-François Cyr qui signe la traduction française de l’ouvrage Ce n’était pas nous les sauvages de Daniel N. Paul. Un essai percutant qui relate les tribulations et les horreurs qu’ont subies les peuples autochtones d’Amérique par la colonisation européenne.

«Quand j’ai lu ce livre-là, j’ai pleuré, tellement j’étais touché par toute la partie d’histoire qui nous manque dans notre histoire du Canada et History of Canada qui sont deux histoires différentes», a confié le traducteur qui espère que ce livre sera enseigné dans les écoles.

D’origine acadienne de par son père, le traducteur montréalais explique que cet ouvrage est venu éclaircir des zones d’ombre et un pan de l’histoire du pays qui manquait totalement, c’est-à-dire la perspective autochtone. Jean-François Cyr s’est offert lui-même pour traduire le livre de l’auteur Mi’kmaq  et militant des droits de la personne Daniel N. Paul. Trois éditions de cet essai ont été publiées, la première étant en 1993 et la dernière en 2006. Il s’agit de l’édition la plus complète puisqu’elle a été nourrie par ses recherches menées au fil des années et son engagement dans la communauté en plus d’être assortie d’une vingtaine de pages de notes explicatives et de bibliographie choisie.

L’auteur de la Nouvelle-Écosse dédie ce livre à la mémoire de ses ancêtres qui ont réussi à assurer la survie du peuple Mi’kmaq par «leur ténacité et leur vaillance impressionnantes devant des obstacles presque insurmontables» depuis plus de quatre siècles. Il rappelle que près de 100 millions d’indigènes en Amérique ont été tués au cours de l’invasion européenne.

Si l’auteur dresse un portrait historique en premier lieu des peuples Mi’kmaq, il reste que l’ouvrage rejoint à bien des égards l’histoire de l’ensemble des Premières nations de l’Amérique. Ce n’est pas une prise de position, ni un roman ou un livre d’opinion, mais bien un essai historique qui traite du choc entre les civilisations autochtones et européennes plus particulièrement britanniques. Jean-François Cyr ne prétend pas être un expert de l’histoire autochtone, mais il a été touché par cette œuvre qui à son avis est incontournable.

Pendant longtemps, il a cru que le racisme contre les autochtones n’existait que dans l’Ouest canadien. Il a d’ailleurs déjà vécu dans le quartier Downtown eastside à Vancouver où vivaient plusieurs gens des Premières nations. Ils se faisaient insulter ouvertement.

«J’étais épouvanté sans réaliser que sur la côte Est, il y a un racisme qui est certainement aussi grand, moins antipathique, mais qui s’est beaucoup fait par une ignorance des peuples, de ne pas les connaître du tout même s’ils sont à côté de nous. J’ai appris après dans mes recherches par exemple que c’est à Montréal où il y a plus d’autochtones au Québec, mais on ne les voit pas, on ne sait pas où ils sont. Y a rien du tout. Le racisme qui s’est développé dans l’Est s’est développé énormément de cette manière-là, une ignorance de ce lien-là qui restait pour moi incompréhensible.»

En lisant cet ouvrage, on en ressort certainement ébranlé. L’usurpation des terres des Mi’kmaq sans leur consentement, des traités non respectés, des proclamations sur les prises de scalps, et j’en passe. Au début de 1749, du point de vue de la société coloniale britannique, la vie d’un Mi’kmaq n’avait aucune valeur. On ne lui accordait aucun droit civil ou humain, explique l’auteur dans son ouvrage. À cette époque, le massacre à grande échelle des peuples autochtones des Amériques était pratique courante.

Un tournant important

Daniel N. Paul en a fait l’oeuvre d’une vie. Dans son épilogue il écrit «En tant que personne d’ascendance des Premières nations, je ne peux m’empêcher de me demander si l’omission de révéler et d’enseigner les horreurs commises par les ancêtres des Américains et des Canadiens caucasiens contre les peuples des Premières nations d’Amérique du Nord, pendant et après la période coloniale, dans ce qui constitue maintenant le Canada et les États-Unis d’Amérique, est une dissimulation intentionnelle ou une indication que ces personnes gardent toujours à l’esprit la notion que la vie d’une personne des Premières nations n’a aucune valeur qu’elle n’est pas digne de considérations humaines.»

Tous les documents sur lesquels s’appuie l’auteur existaient, mais ils n’avaient jamais été publiés. Le livre de Daniel N. Paul qui marque un tournant dans l’histoire arrive à point nommé en ces temps troubles où on parle de plus en plus des Premières nations. En découvrant leur histoire, le traducteur espère que cela apporte un nouvel éclairage sur leur situation et leurs revendications.

«Il faut connaître ce peuple-là si on veut commencer à parler de réconciliation. On a mis la charrue avant les bœufs. La première chose qui est à faire c’est de se connaître. Les Premières nations connaissent leur histoire très bien. Nous on a un trou immense dans notre histoire de 180 ans.»

Publié sous la nouvelle bannière Mouton noir Acadie, des Éditions Bouton d’or Acadie, Ce n’était pas nous les sauvages est paru cet automne. Jean-François Cyr est l’un des invités du Salon du livre de Dieppe qui s’ouvre jeudi. Il participera à des entretiens littéraires virtuels pendant le salon.