Le silence de Renée Blanchar: l’espoir d’un début de guérison

Renée Blanchar espère que son documentaire, Le silence, sur les scandales sexuels dans l’église catholique en Acadie se transforme en cri libérateur et brasse les choses.

La cinéaste de Caraquet a espoir que son nouveau documentaire suscite non seulement le dialogue et la réflexion, mais qu’il fera bouger les choses sur le plan juridique et politique pour faire toute la lumière sur ces abus sexuels perpétrés par des prêtres pédophiles sur de jeunes garçons pendant une trentaine d’années. Il est vrai qu’en regardant le film de Renée Blanchar, on a envie de crier. La cinéaste confie que la réalisation de ce film l’a ébranlée et l’a profondément transformée.

«On est forcément dépassé quand on touche à un sujet comme ça et je parle d’un point de vue personnel. On est pour toujours changé. Pour moi, c’est la fin d’un cycle. Je ne sais même pas ni quand ni comment je ferai un nouveau documentaire. Je ne suis même pas capable de me projeter là tout de suite parce qu’il y a quelque chose de trop fort et de trop important qui se passe maintenant», a exprimé en entrevue la cinéaste à la veille de la première de son film au Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA).

Celle-ci débarque au Cinéplex de Dieppe, jeudi, avec une bonne partie de l’équipe et des participants du documentaire. La présence des participants à la projection lui fait chaud au cœur. Elle leur a présenté le film en privé il y a quelques jours. Un moment qu’elle qualifie de très important dans sa carrière et dans sa vie.

«Même si le film n’est pas parfait, je sentais que les familles et les survivants endossaient le film. Je pense que ç’a déjà commencé à générer une sorte de dialogue même entre eux.»

Le silence donne la parole à des survivants d’agressions sexuelles commises par des prêtres catholiques au Nouveau-Brunswick. La cinéaste s’est rendue à Cap-Pelé où elle a rencontré des victimes du défunt prêtre Camille Léger à l’époque où il était curé de la paroisse de Sainte-Thérèse et qu’il s’occupait des scouts et d’équipes sportives. Les survivants se livrent devant la caméra et racontent les abus qu’ils ont subis et comment ces actes odieux les ont affectés tout au long de leur vie. Le documentaire témoigne aussi du silence qui a entouré ce fléau pendant plusieurs années. Jean-Paul Melanson a le sentiment qu’une partie de sa vie lui a été arrachée. «On a vécu avec une rage», confie-t-il devant la caméra. Les témoignages sont troublants et on constate que les blessures sont encore vives.

Renée Blanchar s’entretient aussi avec Lowell Mallais, une des victimes de Lévi Noël, ancien curé dans la Péninsule acadienne. Tout comme Camille Léger (surnommé le tyran de Cap-Pelé), Lévi Noël a profité de son autorité pour agresser des enfants. Si ces scandales sexuels ont fait l’objet de nombreux reportages dans les médias, la cinéaste a voulu aller au-delà des faits pour mieux comprendre l’ampleur du problème et donner une voix aux victimes. Certains litiges devant les tribunaux ne sont pas encore réglés.

«C’est ça la force du film d’auteur, je suis rentrée dans un sujet dont l’actualité avait abondamment traité, mais pas en profondeur comme ça. C’est ça qui me réconcilie avec l’idée de faire un film si difficile. Je pense quand même qu’avec les survivants on propose une voix qui n’a pas été entendue et qui peut apporter à mon avis un début de guérison.»

Un groupe d’hommes dans le film Le silence de Renée Blanchar: – Gracieuseté: Julie D’Amour-Léger

Renée Blanchar a commencé à songer à ce projet de documentaire en 2012 au moment où l’enseigne de l’aréna Camille Léger a été décrochée. La condamnation de l’ancien curé Yvon Arsenault qu’elle avait côtoyé dans son premier documentaire Vocation ménagère, il y a 25 ans, l’a aussi mené vers ce film.

Distribution de lettres

Pour arriver à rencontrer des survivants, la cinéaste qui privilégie une approche humanitaire dans ses documentaires a distribué des lettres dans tous les foyers de Cap-Pelé leur expliquant son projet. Elle admet que cela a été difficile puisqu’elle ne connaissait personne à Cap-Pelé. Après un moment, elle a reçu des nouvelles d’un survivant, Bobby Vautour, et d’un proche de victimes.

«Ils sont venus me voir comme éclaireurs. On a passé deux heures ensemble. À partir de là, il y a des survivants qui ont communiqué avec moi. Tous ne sont pas dans le film.»

En plus des survivants, elle a rencontré des membres des familles, des gens de Cap-Pelé, le juge Michel Bastarache et plusieurs intervenants. Elle a tenté d’obtenir une entrevue avec Mgr Valéry Vienneau, l’archevêque de Moncton, mais il a refusé. «Sincèrement, je ne voudrais pas être à sa place et je n’ai absolument rien contre Mgr Vienneau, mais moi j’étais du côté de la parole et non pas du silence et il a choisi le silence», a soulevé Renée Blanchar.

La cinéaste Renée Blanchar. – Gracieuseté: Julie D’Amour-Léger

Dans le documentaire, on peut voir des images tirées de films super 8 tournés par Camille Léger (des enfants à la plage, des fanfares, construction de l’église), trouvées au Centre d’études acadiennes.

Le film a été produit par l’ONF et Ça Tourne Productions. À la suite de la projection en salle et en ligne jeudi soir (20h), il y aura un échange entre la réalisatrice et le public. Le silence sera aussi présenté au Cinéma du centre à Caraquet et au Cinéma Péninsule à Tracadie en fin de semaine.