FICFA: sur les traces d’un révolutionnaire acadien

Si l’Acadie avait eu son chansonnier engagé dans les années 1960, un peu comme l’étaient Bob Dylan et Robert Charlebois… C’est avec cette hypothèse de départ que Rémi Belliveau a imaginé son premier long métrage, Jean Dularge, une sorte de faux documentaire ambigu jonglant avec la fiction et la réalité.

Bien connu pour son travail en art visuel et sa musique, l’artiste Rémi Belliveau s’intéresse au cinéma depuis longtemps. Avant même de choisir une carrière en art visuel, il était tenté par le 7e art. Or quand est venu le temps de choisir une carrière, il a plutôt opté pour les arts visuels, estimant que des études en cinéma étaient trop dispendieuses.

«Les arts visuels sont devenus comme un tremplin pour moi à explorer toutes les formes de création qui me tenaient à cœur parce que la musique a toujours fait partie de ma vie, mais le cinéma a toujours été là d’une façon.»

Celui qui a réalisé des courts métrages dans le cadre du volet Objectifs obliques du Festival international du cinéma francophone en Acadie et participé à l’organisation de l’événement Acadie Underground en plus d’y présenter des films, est de retour au festival pour offrir son premier long métrage. Il s’agit d’une fiction conçue dans une forme documentaire originale qui combine musique, cinéma et art visuel.

Le film relate l’histoire de Jean Dularge, un chanteur qui aurait enregistré Viens voir l’Acadie en 1967, mais dans le style de la pièce de Bob Dylan, Everybody must get stoned. Comme spectateur, on assiste à l’enregistrement d’une nouvelle version plus revendicatrice et politique, en chiac et en français, de la l’hymne populaire acadien de Donat Lacroix. Jean Dularge est personnifié par Rémi Belliveau. Tout l’esthétisme évoque les années 1960, tant par le noir et blanc que les costumes ou encore la qualité de l’image qui se rapproche davantage de la pellicule que de la vidéo. Le tournage s’est déroulé dans le studio de Chris Belliveau et de Mike Trask qui tiennent d’ailleurs tous les deux des rôles dans le film. Mike Trask incarne le réalisateur du disque avec beaucoup d’authenticité.

Le garage de son grand-père

Ce studio situé à Memramcook est équipé pour réaliser des enregistrements sur bande comme en 1960. Pour la petite histoire, il se trouve dans l’ancien garage du grand-père de Rémi Belliveau et c’est aussi la maison dans laquelle son père a grandi. Quelques musiciens de l’Acadie, dont les Hay Babies et Sébastien Michaud, apparaissent dans le film.

Intéressé par l’histoire de la musique, Rémi Belliveau confie qu’il est nostalgique des années 1960 même s’il est trop jeune pour avoir vécu cette période marquée par de grands bouleversements sociaux.

«C’est une époque qui m’intéresse plus largement. Ma formation musicale est autant traditionnelle acadienne qu’en musique rock. J’adore tout l’esthétisme des années 1960, les Beatles, Bob Dylan et l’art de ces années-là, le pop art avec Andy Warhol. J’aime aussi la mode des années 1960.»

Pendant plusieurs années, l’artiste a animé une chronique à la radio CKUM où il faisait jouer des vinyles de sa propre collection. Ce film a été réalisé dans le cadre d’un projet plus large d’exposition et de ses études de maîtrise en arts visuels à l’Université du Québec à Montréal. En plus du documentaire, son projet inclut la production d’archives, de documents et d’artefacts qui simulent l’esthétisme de l’époque. C’est présenté à la galerie de l’UQAM qui toutefois est fermée au public en raison de la pandémie. Rémi Belliveau précise qu’il a reçu une bourse pour réaliser ce film, lui permettant ainsi de produire une œuvre de façon professionnelle.

«Je n’aurais même pas imaginé que j’aurais présenté un jour un long métrage au FICFA. J’ai eu tellement de plaisir avec ce projet-là. C’était vraiment une œuvre d’amour parce qu’on était là entre amis. On voit dans le film la complicité entre les musiciens même quand il y a des moments de tension. J’y crois que la musique c’est un autre langage qui va au-delà de la langue qui est présentée dans les textes», a ajouté le cinéaste.

Jean Dularge est présenté ce vendredi à 19h dans le cadre de la séance virtuelle Focus Acadie. Un entretien avec le réalisateur suivra la projection.