Gaza mon amour: la vie plus forte que la guerre

Sélectionné pour représenter la Palestine à la prochaine cérémonie des Oscars en 2021, la comédie romantique Gaza mon amour des frères Nasser offre une autre perspective du conflit israélo-palestinien par le biais de l’amour et de la poésie.

Épris secrètement de Siham (Hiam Abbass), une couturière qui travaille dans une boutique de vêtement pour femme au marché local, Issa, un pêcheur sexagénaire, envisage de se marier. Mais comment déclarer son amour à celle qu’il aime? En annonçant à sa sœur son projet de mariage, celle-ci s’est donné comme mission de lui présenter des femmes.

Entre-temps, un événement vient bousculer les plans du poissonnier célibataire. Un soir pendant la pêche, il découvre dans ses filets une statue antique du dieu Apollon qu’il apporte ensuite chez lui. Or, les autorités policières locales qui soupçonnent quelque chose débarquent chez Issa afin de fouiller son logement. Ils découvrent alors le mystérieux trésor. Ainsi commencent les ennuis d’Issa. Les policiers saisissent l’objet et interrogent le pêcheur qui ne comprend pas les raisons de son arrestation. Il est alors envoyé en cellule pour quelques jours. À sa sortie, il tentera de trouver une façon de déclarer son amour à Siham qui vit seule avec sa fille divorcée.

Nous avons rarement la chance de voir des films tournés à Gaza et surtout de cette nature. Ici, pas de bombe ni d’explosion ou d’attentat, mais plutôt une histoire sentimentale, attachante et cocasse, celle d’un amour naissant entre un homme et une femme d’âge mûr. Plutôt réservé et pudique, le pêcheur qui adore se parfumer manque parfois de tact. Il manifeste son amour timidement par un geste, une invitation ou encore un parapluie prêté. C’est raconté avec sobriété et délicatesse. On est loin du drame ou de la comédie romantique fleur bleue. La statue d’Apollon amène un aspect loufoque, un peu satirique au récit qui témoigne de la morale qui règne dans cette région du monde.

Dans ce territoire au cœur d’un conflit qui perdure, l’amour peut parfois être complexe. Si le film palestinien n’attaque pas de front les enjeux politiques. Mais ils sont bien là en filigrane. Cette comédie romantique jette un regard critique sur les autorités en place, mais de façon un peu poétique avec beaucoup de candeur. Au milieu de ces images sombres naissent les couleurs et l’espoir.

Les interprètes qui sont magnifiques jouent leur rôle avec justesse. L’acteur arabe israélien Salim Daw incarne Issa avec beaucoup d’authenticité. Quelques scènes sont absolument irrésistibles et d’une grande beauté. Ce deuxième long métrage des frères Nasser qu’ils dédient à leur père a été choisi pour représenter la Palestine à la 93e cérémonie des Oscars en avril 2021 dans la catégorie du meilleur film de langue étrangère.

Arab et Tarzan Nasser sont nés à Gaza en 1988. Après plusieurs courts métrages, ils ont réalisé en 2013 Condom Lead qui a été sélectionné dans plusieurs festivals autour du monde, dont le Festival de Cannes en compétition officielle. En 2015, ils ont réalisé leur premier long métrage Dégradé. Produit par Les Films du Tambour, Dégradé a été à l’affiche de nombreux festivals dont La Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Gaza, mon amour, leur second long métrage, a été présenté notamment à la Mostra de Venise dans la section Orizzonti et au Festival international du film de Toronto.

Issa (Salim Daw) et Siham (Hiam Abbass) dans le film Gaza mon amour des frères Nasser. – Gracieuseté

Dans sa version originale en arabe avec des sous-titres français, Gaza mon amour est présenté au FICFA jeudi à 19h en salle virtuelle.