Nadia, Butterfly ou l’envers de la performance

Avec Nadia, Butterfly, le réalisateur Pascal Plante s’éloigne du film sportif classique en offrant un portrait intimiste d’une athlète de pointe à l’aube de sa retraite. L’action se déroule dans le monde de la natation aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

Pascal Plante est un habitué du Festival international francophone en Acadie. Il a participé au festival soit comme cinéaste ou comme juré au moins à six reprises. En 2017, il y a présenté son premier long métrage de fiction Faux tatouages, un film à petit budget sur une idylle amoureuse joué avec beaucoup d’authenticité. Même si Nadia, Butterfly a profité d’un budget d’une plus grande ampleur, l’authenticité et le naturel sont encore une fois au rendez-vous. On ne suit pas le schéma narratif de la plupart des films sportifs.

Le film raconte l’histoire d’une athlète de pointe, Nadia, spécialiste de la nage papillon, qui a décidé de se retirer de la natation compétitive après les Jeux de Tokyo, afin de fuir cette vie de sacrifice. On assiste donc à sa dernière compétition internationale. Elle est au sommet de sa forme, mais elle est déterminée à reprendre le contrôle de sa vie et à retrouver son identité en dehors du sport de haut niveau. Cette décision controversée provoquera plusieurs émotions chez la nageuse, s’étonnant même de ce qu’elle vit. Elle traverse alors une dérive passagère.

«C’était une volonté de se coller à la psychologie d’un athlète qui est au point de bascule de sa transition. Étudier un peu au microscope les quelques jours ou les quelques heures qui suivent cette décision-là. Parce que ça frappe de plein fouet.»

Dans ce désir d’authenticité et de crédibilité, le cinéaste a choisi des nageuses de calibre international pour jouer les rôles principaux. Les scènes de nage sont remarquables. Nadia est incarnée par la nageuse olympique Katerine Savard qui a gagné une médaille aux Jeux de Rio. D’ailleurs, celle-ci s’apprêtait à faire les essais olympiques pour Tokyo juste avant la pandémie. Le réalisateur explique qu’elle envisageait même de prendre sa retraite après les Jeux de 2020 tout comme son personnage.

«Katerine Savard joue un rôle quand même. Elle n’a pas la même personnalité que Nadia. Ce n’est pas son histoire, mais c’est sûr qu’il y a des parallèles.»

Un univers familier

Pascal Plante connaît bien l’univers de la natation et de la compétition ayant lui-même nagé sur la scène nationale jusqu’à l’âge de 19 ans. Même si l’eau comporte un grand potentiel cinématographique, la natation de compétition et encore moins le papillon ont rarement été traités au grand écran.

«Il y avait ce désir de faire exister ce sport que j’aime, que j’ai pratiqué, dans une œuvre. Mais aussi de parler de la psychologie de l’athlète d’une façon un peu différente.»

Nadia est un amalgame d’athlètes qu’il a connus et d’observations qu’il a pu faire autour de lui. Une bonne partie du film montre l’envers du décor. On voit donc les athlètes avec leur défaut, leur paradoxe et leur côté un peu plus sombre.

Le film a été tourné en 2019. Bien que les Jeux n’étaient prévus qu’en 2020, le village était déjà construit. Ils ont donc pu filmer des images sur le site des prochains Jeux olympiques reportés à 2021.

Pascal Plante se dit honoré que son film ait été choisi pour clôturer le 34e FICFA. Il a une pensée pour le festival puisqu’il ne peut pas y être en personne cette année.

«C’est un festival que j’adore… En novembre, c’était quasiment devenu un rituel. Pour moi, en novembre, il y avait la petite semaine au FICFA et c’était un beau moment de cinéma et de rencontre entre amis.»

Nadia, Butterfly est présenté vendredi à 20h en salle virtuelle. Il sera précédé du court métrage Matin Ecchymose d’Émilie Peltier mettant en lumière la poésie de Monica Bolduc, poète acadienne, interprétée en langue des signes par des personnes sourdes de la Ville de Québec.