Le silence de Renée Blanchar primé au FICFA

«C’est un prix que je veux partager avec les quatre survivants du film, Lowell Mallais, Victor Cormier, Jean-Paul Melanson et Bobby Vautour et leur famille», a exprimé Renée Blanchar qui a remporté un prix au Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA) pour son documentaire Le silence. Le FICFA a également récompensé le court métrage acadien Une façon d’être ensemble de Francine Hébert.

Le 34e FICFA qui s’est terminé vendredi a décerné sept prix La Vague.

Le documentaire bouleversant de Renée Blanchar sur les scandales sexuels dans l’Église catholique en Acadie a été couronné de la Vague Léonard-Forest de la meilleure œuvre acadienne moyen ou long métrage. Le jury a choisi de récompenser ce film captivant qu’il juge nécessaire pour la mémoire collective.

«Une oeuvre qui a su traiter avec justesse et respect un sujet si difficile et essentiel et créer un espace où la parole de ces hommes saura faire écho au vécu de plusieurs autres», note-t-il.

C’est la troisième fois depuis le début de sa carrière qu’un des films de Mme Blanchar est récompensé au FICFA. La cinéaste de Caraquet estime que ce prix vient valider non seulement l’importance du sujet, mais appuie la prise de parole des survivants des abus sexuels.

«Je me rends compte qu’il y a vraiment un appétit du public de comprendre ce qui s’est passé et le film en ce moment a reçu un accueil beaucoup plus unanime que je pensais dans le sens d’un acte positif. Ça me fait chaud au coeur et je me dis que l’Acadie avait besoin d’entendre ça…Je me disais qu’il y aurait une réticence à aller voir le film et je la comprends, mais ce n’est pas ça qui se passe du tout. Je reçois des messages de tous les genres, ça peut être d’un fidèle qui reçoit le film d’une façon, de quelqu’un qui a été abusé et qui ne l’a jamais dit. C’est un vrai besoin de parole», a déclaré Renée Blanchar.

Pour la cinéaste, cette libération de la parole est importante et si celle-ci n’avait pas été entendue, elle considère que l’objectif du film n’aurait pas été atteint.

«Là, j’ai l’impression que c’est comme une vague de vérités qui est en train de secouer la communauté acadienne au sens large.»

À l’affiche à Tracadie et Caraquet, Le silence sort en salle également à Bathurst et à Dieppe.

Une Vague qui réjouit Francine Hébert

La Vague ACIC/ONF du meilleur court métrage acadien est allée à Francine Hébert pour son film Une façon d’être ensemble qui suit le parcours extraordinaire de la famille LeBlanc de la région de Bathurst qui a choisi de placer la musique au coeur de son quotidien.

Le jury a été conquis par ce portrait intime d’une famille qui s’efforce de partager sa musique et ses traditions acadiennes avec le monde entier. C’est la deuxième fois que Francine Hébert reçoit un prix au FICFA pour une de ses œuvres.

«C’est vraiment un petit velours, particulièrement cette fois-ci. Ça vient vraiment me chercher parce que j’ai beaucoup travaillé pour ce documentaire», a affirmé la cinéaste de Cocagne qui a tout fait dans le film.

Avoir été jugé par un jury de ce calibre la flatte particulièrement.

Le jury courts métrages était composé de Marc-André Charron, Ara Belle et Meryam Joobeur.

Francine Hébert rappelle que Meryam Joobeur a déjà marché sur le tapis rouge des Oscars avec son film Brotherhood.

«De savoir que le jury a choisi Une façon d’être ensemble pour le prix, ça me donne un grand coup de pouce et une grande tape dans le dos pour me dire que le travail que je fais a de la valeur, qu’il se démarque et que ça vaut la peine et que ça vient toucher des gens dans l’industrie. C’est juste wow!»

La cinéaste avait soumis son projet de documentaire à quelques producteurs qui ont tous décliné l’offre. Comme elle tenait à raconter cette histoire, elle a décidé de produire elle-même son film qui met en lumière l’importance de la famille.

«Selon moi, c’est important de faire valoir une famille qui réussit à travers les hauts et les bas pour mettre sur pied un projet musical, de travailler ensemble vers un but commun, de négocier, de faire valoir ses points, d’être ouvert et à l’écoute et s’aimer en bout de ligne. C’est un peu ça le film que j’ai voulu raconter et j’espère que c’est ce que les gens vont retenir, que la famille est importante.»

Une façon d’être ensemble sera aussi présenté en ligne au Cinéfranco (festival de film francophone de Toronto) du 20 au 28 novembre.

Des prix canadiens et internationaux

Le film de clôture Nadia, Butterfly de Pascal Plante a pour sa part remporté la Vague Unis TV du meilleur long métrage de fiction canadien.

La Vague du meilleur long métrage de fiction international est allée au film d’animation français Josep. du réalisateur Aurel.

Du côté des longs métrages documentaires, c’est le film Errance sans retour de Mélanie Carrier et Olivier Higgins qui a été primé.

Le prix du meilleur court métrage international a été remis au film français Amours synthétiques de Sarah Heitz de Chabaneix, tandis que Lune de Zoé Pelchat s’est distingué dans la catégorie des courts métrages canadiens.

Les jurys ont accordé aussi des mentions spéciales au drame Slalom de Charlène Favier, ainsi qu’à l’actrice Kelly Dépeault du film La déesse des mouches à feu.

Bilan du FICFA

Le directeur général du FICFA, Marc Gauthier, dresse un bilan positif d’un FICFA essentiellement virtuelle rebaptisée «Linge mou».

Les premières données recueillies sur les visionnements en ligne dépassent largement les attentes des organisateurs.

«Les séances de films étaient systématiquement visionnées par un plus grand nombre de foyers que de billets individuels que nous vendons pour les salles. Nous sommes tellement reconnaissants des gens qui nous ont suivi dans cette aventure et qui ont participé aux quelques séances physiques présentées à Dieppe et nous sommes doublement reconnaissants envers les artistes qui ont accepté que leurs œuvres soient présentées ailleurs qu’au grand écran. Le FICFA sera de retour en 2021 grâce à vous tous», a exprimé M. Gauthier.