Un peu d’Acadie au Festival Image+Nation

Pionnier dans le monde du cinéma LGBTQ+ au pays, le festival international Image+Nation propose pour son 33e rendez-vous 174 films en ligne dont une sélection d’œuvres de la francophonie et deux productions signées par des cinéastes originaires du Nouveau-Brunswick. On retrouve, entre autres, le plus récent long métrage de Rodrigue Jean, L’acrobate.

Charlie Boudreau qui dirige le Festival Image+Nation depuis 1996 s’est donné comme mission d’ouvrir le festival à l’ensemble de la francophonie canadienne.

«On est beaucoup de francophones qui habitent à l’extérieur du Québec et on veut ces histoires et entendre ces films et les présenter. Nous voulons être le moteur de la francophonie canadienne. On fait ça en développant davantage notre site web. Notre objectif est d’avoir des films LGBTQ disponibles à tous les jours pour tout le monde», a déclaré la directrice du festival qui partage sa vie entre Shediac et Montréal.

La pandémie est venue en quelque sorte l’aider à concrétiser son rêve de proposer une sélection de films en ligne.

«Ça fait très longtemps que je veux avoir au moins une partie de la programmation en ligne parce que les cinéastes font leur film pour qu’ils soient vus et on vit un peu dans un modèle vraiment ancien dans des temps très contemporains. À Moncton, il y a plein de films auxquels on n’a pas accès. Même à Montréal, c’est très difficile de voir du cinéma qui n’est pas du cinéma commercial.»

Le Festival Image+Nation est le premier festival du genre au Canada. Charlie Boudreau estime qu’il est crucial de rendre accessibles ces œuvres et ces histoires qu’on voit peu à l’écran. À l’avenir, elle veut maintenir le virage virtuel tout en offrant une programmation en salle.

Pour guider les cinéphiles à travers la programmation, la direction du festival a divisé celle-ci en dix volets, dont celui de la francophonie et des séries web. Le plus récent long métrage de Rodrigue Jean figure à la programmation. Film érotique, L’acrobate aborde de front la sexualité masculine tout en jetant un regard sur le monde actuel. Il s’inscrit dans la continuité des œuvres du cinéaste de Caraquet telles que L’amour au temps de la guerre civile. Un drame confrontant et percutant, pour un public averti, qui met en lumière le monde du cirque. Il met en scène la rencontre de deux hommes qui vivent une relation anonyme basée sur les pulsions et le désir. Chacun à sa façon est aux prises avec des défis personnels. Charlie Boudreau qui suit le travail du cinéaste acadien depuis ses débuts estime qu’il s’agit d’une voix originale de la cinématographie canadienne.

Le film L’acrobate de Rodrigue Jean qui met en vedette Sébastien Ricard, est à l’affiche du Festival Image+Nation. – Gracieuseté

«Je suis une grande fan de Rodrigue Jean. Je crois qu’il est vraiment un trésor national. C’est original, c’est canadien, francophone. C’est une voix juste, pertinente et personnelle.»

Une série web

Denis Thériault, qui a grandi à Fredericton, vit et travaille à Toronto. Après une carrière de comédien de plusieurs années, amorcée à l’âge de 14 ans, il s’est tourné vers la réalisation. Il a réalisé des courts métrages et il vient de compléter sa première série web en anglais I am Syd Stone.

Passionné de cinéma et de tout ce qui tourne autour de cette industrie, Denis Thériault a écrit et réalisé cette série qui porte sur ce milieu. L’inspiration première de ce projet vient de ses propres interrogations en tant que comédien homosexuel. La série raconte l’histoire de Syd Stone (Travis Nelson), un acteur célèbre qui voit sa vie basculer après avoir vécu une aventure intense avec un bel avocat rencontré dans un hôtel. Denis Thériault raconte qu’il a été inspiré aussi par le parcours d’un acteur britannique. Après avoir révélé au grand jour son homosexualité, le célèbre acteur a vu sa carrière décliner. En 2014, le cinéaste a exploré le sujet dans un premier court métrage sélectionné dans 35 festivals et qui a dépassé le million de visionnements sur le web. Les gens voulaient avoir la suite de l’histoire.

«Dans les dernières années, il y a beaucoup de personnes à Hollywood qui sont sorties du placard.»

Le cinéaste a voulu ainsi montrer le point de vue de la personne qui le vit et non celui du public qui regarde les couvertures de magazines.

La série sera éventuellement diffusée sur une chaîne numérique puisqu’une entente a été conclue avec un grand distributeur qui s’occupe de vendre la série sur le territoire canadien et dans le monde.

Des histoires universelles

Charlie Boudreau constate que le cinéma LGBTQ+ propose des histoires de plus en plus universelles.

«On a été très longtemps dans des histoires “victimisantes” et négatives parce qu’il fallait passer par là. Ça ne veut pas dire que le monde est tout d’un coup correct, ça veut juste dire que les films montrent un aspect plus universel. L’histoire ne tourne pas nécessairement autour du fait que je suis gai. C’est plus universel et ça devient plus accessible et inclusif.»

Le festival est présenté jusqu’au 6 décembre. Le volet francophonie rassemble des œuvres de divers pays. À partir du 9 décembre, le festival offrira une sélection de courts métrages en ligne.