Carolle Arsenault présente un deuxième roman inspiré par le désastre d’Escuminac

Tout comme dans son premier roman, Carolle Arsenault intègre des faits historiques marquants afin d’ancrer son récit dans le réel. Rentrés au large a comme toile de fond le désastre d’Escuminac, considéré comme étant la plus grande tragédie maritime au Nouveau-Brunswick.

«On a beaucoup d’événements marquants qui n’avaient pas nécessairement la cote pour les manuels d’histoires, mais qui ne sont pas moins marquants. Je trouve que c’est important qu’ils soient notés quelque part et qu’on ne les oublie pas. Le désastre d’Escuminac m’a toujours beaucoup impressionnée. J’ai des membres de ma famille qui ont pêché le homard et je sais que c’est un métier qui peut être très dangereux», a raconté la romancière établie à Mundleville, sur les rives de la rivière Richibucto.

Celle qui avait remporté le prix France-Acadie pour son roman Un protestant dans le salon, paru en 2018, propose cette fois-ci une intrigue amoureuse peu commune entre une jeune femme de Cap-Lumière, Mélina Richard, travailleuse d’usine de transformation, et un riche Italien de Toronto. Le récit qui débute en juin 1959, après la tragédie d’Escuminac, se déroule en partie dans ce village et ceux des environs, le long du détroit de Northumberland.

«Je trouve que ça donne une allure plus réelle au texte d’être capable d’intégrer des moments historiques de notre province et de notre région et ça donne une couche de plus à l’intrigue», a poursuivi celle qui a enseigné l’histoire dans les écoles secondaires pendant plus de 20 ans.

Dans la nuit du 19 au 20 juin, 35 pêcheurs de saumon ont perdu la vie au large d’Escuminac, provoquant ainsi une onde de choc dans tous les villages côtiers de la région et laissant ainsi dans le deuil 83 orphelins.

Irène, la sœur aînée de Mélina et mère du petit Émile, est l’une de ces femmes qui ont perdu leur mari dans cette tempête meurtrière. Jour après jour, elle scrute l’horizon attendant désespérément que le corps de son mari soit retrouvé ou qu’il s’échoue sur la grève. Difficile de faire son deuil quand le corps de son mari n’a pas été retrouvé. Celle-ci défend sa sœur d’épouser un pêcheur.

Mélina est partagée entre un amour de jeunesse, Albert, un homardier qui n’a toujours pas trouvé le courage de faire les premiers pas, et Luc, un Italien qu’elle a rencontré dans un mariage. Celle-ci aura à faire un choix. Tentée par le monde à l’extérieur des frontières de l’Acadie, elle s’installera à Toronto où sa vie prendra une tournure inattendue. Carolle Arsenault raconte que l’inspiration de cette intrigue lui est venue d’une histoire lointaine à propos d’une cousine de son père.

Les années 1960

Son amie Janice Daigle lui a été d’une aide précieuse dans ses recherches. Le père de Janice Daigle, Edgar Daigle a été le premier pêcheur retrouvé le lendemain du désastre d’Escuminac. En une seule nuit, leur vie a été bouleversée. Carolle Arsenault a mené plusieurs recherches pour écrire ce roman volumineux, autant sur cette tragédie maritime que sur l’époque des années 1960.

Elle est fascinée par les années 1960 où elle met en relief le contraste entre les réalités urbaines et rurales de l’époque.

«Dans ces années-là, la technologie arrivait dans les Maritimes au compte-gouttes alors que dans les villes, c’était beaucoup plus développé. Il y avait vraiment un choc pour quelqu’un de la campagne qui arrivait en ville, mais à la fin, les choses qui sont en campagne sont aussi belles, si ce n’est pas plus.»

L’auteure qui a construit minutieusement son roman aborde divers enjeux humains et sociaux, dont les iniquités, l’holocauste, la criminalité et l’homosexualité. Pour créer ses personnages, la romancière observe des gens de son entourage, des personnes qu’elle a connues ou croisées.

«Je m’amuse à créer des personnages que je trouve qui ont de belles caractéristiques et des gens qui ne sont pas parfaits. Pour moi, c’est super important, des gens qui ont des défis et des imperfections. On dirait qu’ils sont plus sympathiques et plus réels.»

Ce récit lui est venu en une nuit. Une fois qu’elle a l’histoire en tête, elle prépare un plan avant d’entreprendre l’écriture. Celle qui écrit chaque matin a mis deux années à rédiger ce deuxième roman. Tout comme dans son premier livre, la famille occupe une place très importante.

Après avoir remporté le prix France-Acadie pour son premier roman, elle convient que la pression était un peu plus grande pour le deuxième. Cette passionnée des mots et d’écriture ne pouvait pas laisser tomber.

«J’écris parce que j’aime ça, puis si quelqu’un d’autre peut me lire et que ça provoque des émotions, les faire rire, s’étonner ou pleurer, pour moi, c’est mon plus gros succès.»

Rentrés du large est paru à la fin de l’année 2020 aux Éditions de la Francophonie.