La religion sous le regard de Xavier Lord-Giroux

Explorer les zones sombres qui dérangent parfois; voilà un peu ce que cherche à témoigner l’auteur de théâtre Xavier Lord-Giroux qui présente L’acte d’apostasie dans laquelle il remet en question la religion.

Le Festival à Haute Voix du théâtre l’Escaouette se poursuit malgré le retour en phase d’alerte rouge, avec deux nouvelles lectures publiques qui pourront être vues seulement en ligne. Les tournages se feront en salle devant aucun public. Xavier Lord-Giroux propose d’entrer dans l’univers de sa deuxième pièce de théâtre, L’acte d’apostasie. Le dramaturge de Dieppe, établi à Yellowknife depuis presque deux ans, qui avait offert Les préliminaires sur le sujet des agressions sexuelles, jette cette fois un regard critique sur la religion catholique.

«J’avais envie de créer une œuvre où c’était très franc. Libre à chacun de choisir sa religion. On est plusieurs de plus en plus nombreux à ne plus vraiment se reconnaître dans cette religion-là et c’est important de l’affirmer. Je pense qu’à partir de là on peut créer un dialogue intéressant pour se redéfinir comme Acadie aujourd’hui par rapport à la spiritualité et au sacré», a exprimé l’auteur.

Il s’est inspiré de sa propre expérience pour écrire cette pièce. Baptisé à la naissance comme bien des Acadiens, il a choisi de passer à travers le processus d’apostasie en quittant la religion catholique.

«J’ai décidé de faire les efforts supplémentaires pour vraiment créer une cassure nette, m’assurer que c’était clair pour tout le monde que je ne voulais pas avoir de funérailles catholiques quand j’allais mourir et que ce n’était pas une religion qui me représentait. Je la laissais pas juste en dormance. Pour moi, c’était important d’affirmer auprès de ma famille que ce n’était pas la religion qui me convenait.»

Des visions qui se confrontent

Dans la pièce L’acte d’apostasie, Théo, le personnage principal, décide à la suite des funérailles de son grand-père, qui était un non-croyant, d’entreprendre les démarches pour abandonner définitivement sa religion. Il doit donc faire signer son acte d’apostasie par deux témoins de son choix. Il a choisi son parrain et sa marraine.

«On remarque de plus en plus que la religion n’est pas structurante pour la société dans laquelle on vit, mais elle reste quand même structurante pour plusieurs unités familiales. Qu’est-ce qui se passe quand on la remet en question, quand un des membres de la famille décide de ne plus faire partie de la même religion que les autres?»

Construit comme un drame à stations vaguement inspiré des épreuves du chemin de croix de Jésus, Théo passe d’une scène à l’autre afin de confronter différents personnages.

«Je me suis inspiré de ce que j’ai vécu. Ce sont des personnages fictifs quoiqu’il y a un peu de mes opinions qui sont reflétées dans certains personnages, mais j’ai essayé à travers les personnages que j’ai créés de refléter les différents points de vue que j’avais entendus autour de moi par rapport à la religion. Le personnage qui veut faire signer son acte d’apostasie par deux témoins est confronté à son conjoint, à son parrain, à sa marraine, à son père, à sa mère.»

Xavier Lord-Giroux a participé à un laboratoire de création au théâtre l’Escaouette afin de donner un élan à l’écriture de cette œuvre dans le cadre de son mémoire de maîtrise en création littéraire. Il a eu des discussions notamment avec Monique Brideau du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick et le curé de la paroisse de Saint-Anselme. Des discussions, estime-t-il, qui lui ont apporté un nouvel éclairage sur la question. Dans son théâtre, il ne cherche pas tant à provoquer, qu’à mettre en lumière des enjeux qu’il juge importants et qui ont été peu abordés dans la dramaturgie contemporaine.

Ancien président intérimaire de la Société nationale de l’Acadie, Xavier Lord-Giroux travaille à quelques projets littéraires, dont un roman-feuilleton «La dévoration» publié toutes les semaines dans le journal local à Yellowknife. L’acte d’apostasie, qui sera mise en lecture par Philip-André Collette et interprétée par Marie-Pierre Valay-Nadeau, Samuel Landry et Tommy Des Rosiers, sera disponible en ligne à compter du 26 janvier. Xavier Lord-Giroux anime également un club de lecture numérique, D’un océan à l’autre, du Regroupement des éditeurs franco-canadiens.