Le slam monte à bord de l’internet

Au lieu de se produire dans les espaces publics, c’est sur la toile que la vingtaine de slameurs déclameront leurs textes cette année. Les organisateurs du Festival international de slam/poésie en Acadie (FISP) ont annoncé les détails de leur prochain rendez-vous, du 16 au 28 février, qui se tiendra essentiellement en ligne.

Entre 20 et 30 artistes de plusieurs pays et de l’Acadie participeront à l’événement. Le festival, qui devait se tenir en octobre 2020, a été remis à plus tard en raison de la pandémie. La directrice du Conseil provincial des sociétés culturelles (CPSC), Marie-Thérèse Landry, parle d’un festival intercalaire qui fera le pont entre celui de 2019 et le prochain festival qui, espère-t-on, se tiendra en personne.

Habituellement, les artistes déclament leurs textes dans des lieux publics et même dans les autobus du Grand Moncton. Mais cette année, pandémie oblige, ils devront se contenter de leur écran. Si la situation sanitaire le permet en février, quelques activités du collectif de Slam’Acadie pourraient être offertes dans des cafés de la ville de Moncton.

Marie-Thérèse Landry a rappelé que le FISP, fondé en 2017, est le premier festival de slam/poésie francophone en Amérique. Cet art oratoire urbain qui combine le théâtre et la poésie est encore peu développé en Amérique francophone, a-t-elle précisé. Le Festival en Acadie se distingue par son côté professionnel et communautaire. Ateliers scolaires, déclamations, entrevues, joutes de slam, ateliers d’écriture et conférences sur le thème de l’interculturalité, l’interdisciplinarité et l’intergénérationnel figurent au menu du festival. Le tout se déroule à travers la plateforme Zoom, rediffusée en direct sur la toile (Facebook et YouTube).

L’aspect virtuel apporte une certaine souplesse puisqu’il permet aux organisateurs d’inviter des artistes d’un peu partout sur la planète. Le festival accueillera notamment le slameur Placide Konan de la Côte d’Ivoire, des artistes du Mali, du Burkina Faso, du Maroc, de la Belgique, de la France, dont Tiko, champion français du «beat box». Des slameurs du Manitoba, du Québec, de l’Alberta, de la Nouvelle-Écosse et bien sûr du Nouveau-Brunswick seront du nombre. Parmi les Acadiens, on retrouve Paul Arseneau, Lou Poirier, Stacy Arseneault et Erik Doucet. Paul Arseneau et Maël Pelletier ont offert un petit aperçu de leur univers poétique, jeudi, lors de la vidéoconférence. Bien que les réactions du public leur manqueront pendant leurs prestations virtuelles, l’importance d’exprimer et de partager des idées, des textes et de la poésie demeurent, estiment les deux artistes. Ils sont prêts à relever le défi. Maël Pelletier a fait beaucoup de slam en ligne depuis le printemps.

«On a vu qu’il y avait un besoin énorme pour des espaces où on peut s’exprimer où on peut partager des textes, donc il y a un fort désir et une écoute particulière en ligne surtout à cause du contexte plus global. Finalement, il y avait beaucoup de gens qui voulaient s’exprimer, prendre la parole et parler de ce qu’ils vivaient», a partagé le slameur du Québec.

Il reconnaît que le web chamboule un peu la manière de faire du slam.

«Mais à la base, le slam est un outil pour s’exprimer et ça ne change pas en mode virtuel. C’est pour ça que c’est précieux même si on n’est pas en présentiel.»

Avec son programme scolaire intitulé Âme, slam, tram, qu’il étend aussi à la Nouvelle-Écosse, le CPSC espère répandre cet art chez les jeunes qui, à leur tour, deviendront un jour des slameurs tout en se familiarisant avec l’écriture, la déclamation et les joutes de slam.

«Je ne veux pas juste faire un festival de slam pour écouter mes collègues et des artistes d’ailleurs. J’aimerais que ce festival s’inscrive dans la durée comme l’a fait le Frye en littérature et le FICFA en cinéma et nous avec notre festival de théâtre communautaire en Acadie», a ajouté Marie-Thérèse Landry qui figure aussi parmi les slameuses du 4e festival.