L’Acadien qui faisait des apparitions dans vos séries télé préférées

Durant la pandémie, nous avons été plusieurs à se tourner vers les plateformes de diffusion en continu pour le divertissement et le réconfort. Vous seriez probablement surpris d’apprendre qu’un brin de l’Acadie se cache dans plusieurs de vos séries préférées des années 1990 et 2000 en la personne de Maurice Godin.

Au fil des ans, Maurice Godin, né en 1958 à Toronto, a tenu plusieurs rôles mineurs dans de nombreuses séries connues, dont Seinfeld, Friends, Spin City, Ally McBeal, Les sorciers de Waverly Place, Lois & Clark: Les nouvelles aventures de Superman et Dr House pour en nommer quelques-unes.

Au milieu des années 1990, il aussi tenu des rôles principaux dans des sitcoms qui n’ont pas connu la même notoriété, comme Café Américain et Working, diffusés sur le réseau NBC et Life With Roger, diffusé sur le réseau WB.

Le comédien, dont les deux parents sont originaires de la Péninsule acadienne, s’est aussi illustré dans le monde du théâtre et il a tenu quelques rôles au cinéma.

Aujourd’hui, il travaille principalement comme metteur en scène d’opéra à l’Université California State Northridge, en banlieue de Los Angeles. Le chemin parcouru du Canada jusqu’à Hollywood est fascinant et même s’il regrette de ne pas pouvoir bien parler le français, il conserve de souvenirs chers des séjours passés avec sa famille durant l’été sur la ferme de son grand-père à Thériault-Office et chez sa famille dans la région Chaleur.

«Comme beaucoup de jeunes, l’histoire de ma famille me gênait un peu, parce qu’il y avait des moments où l’on pouvait se faire tabasser par d’autres lorsqu’on ne parlait pas anglais. Un peu plus tard, nous avons déménagé dans la région de North York, en banlieue de Toronto, dans un quartier italien qui est éventuellement devenu multiculturel, donc cet environnement m’a permis de mieux assumer mon héritage et de trouver ma place dans cette mosaïque culturelle.»

«Lors de nos visites chez mes grands-parents maternels, après que les adultes nous aient envoyés au lit, ils sortaient le jeu de cartes et ils faisaient la fête dans la cuisine. Inévitablement, quelqu’un sortait toujours une guitare et par la suite un violon et s’ensuivait un bon vieux party de cuisine typiquement acadien. La maison de mon grand-père était très ancienne et nous dormions sur des paillasses. La maison entière était chauffée par le poêle à bois dans la cuisine.»

Toujours intéressé par les arts, le jeune Maurice Godin aimait dessiner pour s’évader. Il était aussi attiré par la musique et puisque son parcours a fait qu’il a souvent changé d’écoles, il est devenu le «p’tit comique» pour se trouver de nouveaux amis. Cependant, l’époque était plus conservatrice en général, et son père n’était pas toujours emballé du fait d’avoir un fils artistique.

«Il voulait que je devienne ingénieur. Une fois, quelques enseignants sont venus chez nous pour tenter de convaincre mes parents de m’inscrire dans une école axée sur les arts. Mon père les avait chassés de chez nous. Je pense qu’il avait peur que je mène une vie de pauvreté. Je pense qu’il croyait aussi que le monde des arts n’était peut-être pas suffisamment masculin.»

Il a toutefois persévéré et éventuellement, il s’est inscrit à l’Université Ryerson, où il a reçu une formation en théâtre classique. Son rêve était de pouvoir travailler à Stratford, une ville dans le sud-ouest de l’Ontario, qui est reconnue à l’international pour la qualité de son théâtre, particulièrement les pièces de William Shakespeare. Il y est arrivé. Durant ce temps, il a rencontré un nombre de mentors qui l’ont aidé à peaufiner son art, ainsi que son épouse. Cette expérience a été un important tremplin vers une carrière à Hollywood au début des années 1990.

«Mon déménagement aux États-Unis a été à la fois excitant et effrayant. Le fait de travailler à la télévision, sur des émissions de 30 minutes, m’a vraiment montré l’importance de demeurer dans le moment présent. La caméra n’aime pas lorsqu’on a trop l’air de réfléchir en tant que comédien. Les bons réalisateurs disaient ‘On coupe!’ si on me voyait trop réfléchir. (…) Le cinéma, la télévision et le théâtre sont trois expériences différentes et je les ai toutes aimées.»

Peut-être que c’est en raison de la pandémie, mais la nostalgie des années 1990 connaît son essor à l’heure actuelle. Maurice Godin se sent choyé par la vie et il est content d’avoir pu participer à plusieurs projets intéressants. Même s’il aurait bien aimé que ses propres séries aient plus connu de succès auprès du grand public, il s’estime chanceux d’avoir joué des rôles mineurs dans un nombre de séries iconiques.

«J’ai adoré le travail que j’ai fait durant les années 1990. De nos jours, mes étudiants sont beaucoup plus intéressés de m’entendre parler de mes rôles dans Friends et Les sorciers de Waverly Place que du fait que cela fait près de 40 ans que je peaufine mon art. Le fait d’avoir pu franchir les portes de Warner Brothers chaque jour pour travailler a été une expérience vivifiante. Je n’ai jamais perdu mon appréciation pour ces moments.»