Un nombre record de projets télévisuels en Acadie

Les projets en télévision se multiplient en Acadie, poussant ainsi Moncton à devenir le plus important centre francophone de production télévisuelle à l’extérieur du Québec, estime Guy Boutin de la chaîne Unis TV.

Étonnamment, la création télévisuelle foisonne en 2021, même si la pandémie donne des casse-têtes aux producteurs. En ondes depuis 2014, la chaîne Unis TV compte un nombre record de projets produits en Atlantique cette année, correspondant ainsi à 38% de toute sa production francophone en milieu minoritaire.

«On est en train de faire la démonstration que le centre francophone de production télé hors Montréal, le plus important hors Québec, c’est définitivement Moncton. On fait énormément de production ici, dont 14 chez nous. Radio-Canada en fait beaucoup également», a déclaré le chef de production en Atlantique pour Unis TV, Guy Boutin.

Dix projets acadiens en tournage ou en voie de l’être, quatre créations en développement et en attente de financement figurent à la feuille de route de la chaîne. Jeu-questionnaire, documentaires, série humoristique, fiction jeunesse; la variété est au rendez-vous.

Selon Guy Boutin, le réseau n’a jamais eu autant de productions sur le territoire de l’Atlantique. Pour certains, ce sera une première expérience en réalisation, comme c’est le cas de Christian Essiambre pour la série jeunesse Comme dans l’espace qui sera diffusée ce printemps.

Parmi les autres nouveautés acadiennes qui devraient prendre l’antenne au printemps, on retrouve un nouveau jeu-questionnaire animé par Luc LeBlanc, ainsi qu’une série documentaire Sexe + techno réalisée par Emmanuelle Landry, Anika Lirette et Gilles Doiron.

Une nouvelle série documentaire Sexe + techno sera diffusée sur Unis TV. – Gracieuseté

«On reçoit des projets et on évalue tout d’abord si c’est vraiment pour nous, si ça incarne un peu l’esprit “feel good” qu’on cherche chez Unis. On dirait que les gens comprennent mieux ce que c’est Unis TV maintenant et je pense qu’il nous dépose des projets dans l’esprit de la chaîne.»

Marcel Gallant de Connections Productions qui travaille sur cinq projets avec Unis TV, dont la nouvelle série de fiction, Garde partagée, de l’humoriste Line Woods, souligne que les équipes de tournage et de production sont presque entièrement des Maritimes. En 2021, ce sont 80 demi-heures de télévision que l’entreprise devra livrer à Unis TV. Pour chacune des productions, l’entreprise emploie environ 60 personnes.

Cécile Chevrier de Phare-Est Média, qui a une longue expérience dans le domaine de la télévision et du cinéma, constate en effet que la chaîne Unis est un partenaire de premier plan pour les producteurs francophones. Celle-ci rappelle que Moncton a toujours été un centre important de production hors Québec, comme en témoigne la filmographie acadienne. À son avis, l’arrivée d’Unis contribue à donner un nouvel élan au secteur et à le faire grandir de façon exponentielle.

«Ce que je trouve aussi le fun c’est qu’ils s’intéressent à toutes sortes de sujets. Il y a un vrai désir d’explorer ce que les producteurs peuvent offrir. Il y a beaucoup de monde qui veut faire des shows, il y a beaucoup d’intérêt. Les plus jeunes producteurs sont très actifs et très dynamiques.»

Développement des compétences

«Nous avons vu une différence marquée dans les projets déposés. Ce sont des projets définitivement plus télévisuels avec des concepts forts, mieux écrits et mieux défendus», a affirmé Guy Boutin.

Tous s’entendent pour dire que la qualité des scénarios de fiction va en augmentant. Les ateliers d’écriture scénaristique donnée récemment par Unis ont permis de former 25 auteurs de l’Atlantique.

«L’autre différence c’est qu’on a bassin plus large d’auteurs. C’est super important pour faire grandir l’industrie. Si on a toujours les mêmes, ça devient difficile de faire écrire plusieurs projets», a fait valoir Marcel Gallant.

Or, il reste du travail à faire du côté de la réalisation de fiction, notent Guy Boutin et Marcel Gallant.

«C’est clair qu’il reste ça à maîtriser parce que des réalisateurs capables de diriger des acteurs même dans la francophonie en milieu minoritaire à travers le pays, c’est extrêmement rare. Il n’y en a pas beaucoup. C’est pour ça qu’on a donné la chance à Christian Essiambre de le faire parce que tout son parcours le menait là. Pour nous, c’était une grosse décision de donner une production à un réalisateur qui n’avait jamais réalisé. Il s’est avéré un excellent réalisateur», a commenté M. Boutin.

Le tournage de la série jeunesse Comme dans l’espace à Shediac. – Gracieuseté

Le financement?

Si Moncton s’avère un lieu de création télévisuelle important, il faut que le financement soit à la hauteur des attentes des artisans du milieu, soutiennent les producteurs. Selon Cécile Chevrier, le financement demeure le talon d’Achille de l’industrie télévisuelle, tant à l’échelle provinciale que nationale.

«Le nombre de producteurs augmente, le nombre de joueurs dans cette industrie-là se multiplie et il n’y a pas plus d’argent. Je trouve ça complètement dégoûtant. J’ai quand même travaillé avec des budgets corrects, maintenant les budgets sont réduits. On nous oblige à tourner pour des pinottes», a-t-elle commenté.

Le gouvernement provincial continue d’établir un plafond annuel.

«Avec une surcharge de projets, ça ne devient pas finançable si les fonds sont épuisés. C’est très difficile de faire de la business comme ça. C’est de l’argent de l’extérieur qu’on va chercher qui ne serait jamais mis dans la province. C’est un peu ça que la Nouvelle-Écosse a compris. Le Nouveau-Brunswick a encore de la difficulté à le voir», a souligné Marcel Gallant.

Bien que la pandémie constitue un défi pour les plateaux de tournage, les producteurs tentent de trouver des façons de s’adapter pour respecter les consignes sanitaires qui diffèrent d’une province à l’autre. Connections Productions a même fait appel à une firme qui se spécialise dans ce domaine. Certains projets doivent être repoussés de quelques semaines, voire quelques mois. Chez Phare-Est Media, le tournage du documentaire sur le cannabis médicinal de la réalisatrice Francine Hébert est toujours en attente même si le financement est approuvé depuis le printemps dernier.

Une nouvelle série documentaire Sexe + techno sera diffusée sur Unis TV. – Gracieuseté