Lou Poirier: entre la danse et le slam

Les bulles font maintenant partie de notre quotidien bien malgré nous. Celles-ci ont d’ailleurs inspiré l’artiste multidisciplinaire Lou Poirier dans une nouvelle création expérimentale qui marie la danse contemporaine et le slam.

Cette œuvre intitulée La bulle dosée sera dévoilée pendant le Festival international de slam/poésie en Acadie. À la fois comédienne et artiste de la danse, Lou Poirier œuvre en théâtre, danse, cinéma et télévision. Depuis bientôt dix ans, elle s’intéresse au slam, estimant que cette voie d’expression se trouve à croiser plusieurs de ses champs d’intérêt. Son dernier spectacle solo Arrêt sur image, en 2015, a pris naissance dans le slam. Cette forme de poésie orale permet beaucoup de libertés, confie la slameuse.

«C’est un moyen qui me permet de souffler, d’aller avec un premier souffle sans chercher à me censurer ou à avoir un produit fini tout de suite. J’ai voulu le combiner au mouvement, à l’improvisation dansée ou structurée», a exprimé Lou Poirier.

Avec la compagnie Danse en l’air et l’appui du Conseil provincial des sociétés culturelles, Lou Poirier a créé ce projet hybride. L’engouement des dernières années pour les vidéopoèmes l’a encouragée à explorer cette nouvelle forme d’expression. Lou Poirier a eu l’idée de pousser plus loin l’exercice en jumelant la danse contemporaine et le slam dans une capsule vidéo.

«Je suis partie de mon territoire. Alors mon territoire, c’est un mouvement dansé en danse contemporaine à partir d’improvisation structurée. Souvent mon mouvement va s’inspirer d’une ambiance qui est liée au mot et je vais bouger avec ça et ensuite, le texte va se préciser.»

La bulle dosée, une capsule en format slam de trois minutes, est interprétée par cinq danseuses, dont sa collègue depuis toujours, Julie Duguay, Marie-Luce Quéverdo et Chantal Baudouin. Elle s’est associée au cinéaste Paul Arseneau pour la réalisation et le montage.

«Pour les danseuses, c’était un élément nouveau parce qu’elles se sont auto filmées puisqu’on était en confinement. Je leur ai donné des paramètres de création comme un lieu et des types de mouvements. Le fait que ce soit auto filmé, on est dans un traitement esthétique qui est peut-être moins constant. Cet aspect fait maison me plaît.»

Un format éclaté

Le texte a été inspiré aussi par la pandémie. L’auteure raconte qu’au début de la crise, elle était un peu sans mot. Elle s’est donc amusée à envoyer des questionnaires à ses amis à travers le monde pour savoir comment ils vivaient cette crise. Elle a récolté tout près de 180 réponses qui ont inspiré des ambiances, des mots et des images qui ressortent dans le texte. Le musicien Sébastien Michaud a enregistré sa voix et créé une ambiance sonore.

«Le format slam, c’est éclaté. Il y en a qui pense peut-être encore qu’il faut que ça rime ou que c’est proche du rap, mais c’est très libéral. Je pense qu’une des grandes constantes du slam et de la communauté slam, c’est d’avoir un discours qui est rassembleur, humaniste donc on évite la discrimination, l’homophobie. Le style qu’on utilise pour faire valoir son point de vue est vraiment personnel», a-t-elle exprimé.

Elle cite en exemple le poème lu par la poète américaine Amanda Gorman, lors de la cérémonie d’inauguration du président Joe Biden, qui a captivé le monde. Le slam est une voie d’expression pacifique qui peut être comprise par beaucoup de gens et qui «devient un véhicule ou un prétexte pour aller vers l’autre… Ça prend sa place avec douceur et loyauté.»

«Quand on va à des soirées slam ou des joutes slam, je sors toujours avec deux choses, le sentiment que j’ai appris quelque chose et le sentiment que j’ai compris quelque chose dans mon cœur», a mentionné l’artiste.

En plus de présenter la capsule La bulle dosée, le 24 février, Lou Poirier animera une joute de slam et donnera des ateliers pendant le festival. Ces ateliers visent à donner des outils pour améliorer la livraison des textes afin qu’ils atteignent les oreilles, le cœur et l’imaginaire du public. Dans l’un des ateliers, la comédienne invite les gens qui ont des textes à venir pratiquer à déclamer.

«C’est un peu comme toute chose, que ce soit la chanson ou le théâtre, on peut pratiquer dans notre salon, mais à partir du moment où on a quelqu’un qui nous écoute, il y a quelque chose qui s’enclenche, souvent qui est vraiment beau, mais aussi des fois on a à jouer avec l’agent adrénaline et trac.»

Par ailleurs, Lou Poirier, qui est une nouvelle maman, entreprendra bientôt un nouveau projet de danse pour les mères et leurs bébés à l’école DansEncorps à Moncton.