Pour son 26e numéro, la revue de création littéraire Ancrages met le cap sur l’Ouest en proposant une rencontre entre l’Acadie et les prairies canadiennes. Un projet qui touche particulièrement la coordonnatrice d’origine fransaskoise, Rachel Duperreault.

À l’exception de la langue qui se ressemble et un statut commun de périphérie culturelle, tout semble séparer les deux territoires de par leur histoire, leurs paysages, leurs coutumes et leur économie, notent les auteurs David Baudemont et Henri Biahé dans leurs remarques d’ouverture du numéro conjoint des revues Ancrages et À ciel ouvert.

«Et si c’était l’horizon qui faisait le trait d’union entre nos deux espaces?», soulèvent-ils.

Intitulé Entre ciel et mer, ce numéro conjoint entre deux revues littéraires du pays rassemble des textes de 17 écrivains de l’Acadie et des prairies accompagnés d’autant d’œuvres visuelles signées par divers artistes. Dans son texte d’ouverture, Jean-Pierre Caissie raconte la genèse du projet.

C’est dans un café «coincé entre une librairie et une avenue achalandée» à Saskatoon qu’est né ce projet de collaboration.

«Écrire en français, que ce soit dans l’ouest ou dans l’est du pays, c’est avant tout un acte de résistance contre la marée montante de la culture anglo-américaine dominante. La langue française doit avoir pour se développer, des occasions d’être exprimée publiquement, d’être entendue et, dans ce cas présent, d’être lue», écrit-il.

Rachel Duperreault raconte que lorsqu’ils ont lancé leur appel de textes, la réponse a été impressionnante. Ils ont fait une sélection en fonction des thématiques.

«Le numéro s’est quasiment écrit lui-même dans le sens qu’il y avait des thèmes qui revenaient dans les plumes autant celles de l’Est que celles de l’Ouest. Il y a quelques textes qui parlent de la pandémie, donc très actuels. Beaucoup de textes parlent de soi, de l’identité, de la langue et de la provenance.»

Maintenant établie au Nouveau-Brunswick, la coordonnatrice se reconnaît dans ces œuvres et cette langue aux divers accents.

«D’expérience personnelle, je dirais que dans l’Ouest être francophone, garder sa francophonie, garder sa langue, ça reste un petit peu un acte presque politique. Il faut le vouloir et l’assumer pleinement et le vivre. Et là-bas, on ne vit pas ça dans sa vie quotidienne, tandis qu’ici on s’entend qu’on peut fonctionner en français une bonne partie du temps.»

Elle souhaite que ce numéro donne une visibilité aux écrivains, qu’ils se sentent lus, entendus, compris et que finalement, ils sentent qu’ils font partie d’un réseau plus fort qu’eux. La revue Ancrages intègre aussi une composante audio.

«J’adore entendre les gens lire leurs textes, entendre les accents et on voit qu’il y a une richesse, qu’elle est changeante et variée.»

Marika Drolet-Ferguson, Daniel H. Dugas, Caroline Bélisle et Martine L. Jacquot figurent parmi les écrivains ayant collaboré à ce numéro. On retrouve notamment des œuvres de Maryse Arseneault, Denis Lanteigne, Frédéric Gayer, Anne-Marie Sirois, Sylvie Pilotte et Léopold L. Foulem.

Seule revue de création littéraire en Acadie, Ancrages se porte relativement bien, estime Rachel Duperreault. Publié en ligne quatre fois par année, le périodique qui bénéficie d’un appui financier public pour son fonctionnement est dirigé par un comité de bénévoles. Une grande partie des fonds est remise en cachets aux écrivains et aux artistes.

Des poèmes lus au téléphone

Le comité prépare un projet spécial qui s’intitule «phonésies». Ils envisagent d’enregistrer des poètes qui lisent leurs textes afin de les transmettre dans une boîte vocale. Les gens devront composer un numéro sans frais pour entendre le texte.

«On a fait un grand appel et j’ai reçu à peu près 85 auteurs», a ajouté la coordonnatrice.

Par ailleurs, le prochain numéro de la revue Ancrages qui sortira plus tard en mars propose une collaboration entre le Québec et l’Acadie. Les textes ont été réalisés dans le cadre d’une résidence d’écriture à la maison de la littérature du Québec.

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