Roxanne Dupuis: la danse pour éliminer les barrières

S’il y a un langage qui est universel, c’est bien la danse, estime l’artiste Roxanne Dupuis qui œuvre à faire tomber les murs et à rallier les diversités.

Accessibilité et ouverture d’esprit résument assez bien le parcours de l’artiste en danse contemporaine de Moncton.

«La danse c’est pour tout le monde», déclare celle qu’on peut voir évoluer dans le projet de danse multivilles, En nos apartés, créé dans le cadre de la Nuit des idées 2021 de l’Alliance française.

Roxanne Dupuis a grandi au sein d’une famille artistique: son père Ronald Dupuis est musicien (1755, Glamour Puss) et sa mère, Chantal Cadieux, est danseuse et chorégraphe. Celle qui a la danse dans le sang a fait ses premiers pas dans le domaine très jeune pour ensuite poursuivre ses études à l’École de danse contemporaine de Montréal. Elle souligne que ses trois sœurs et frères sont tous des artistes.

«Quand tu baignes dans le milieu artistique, c’est bizarre de faire autre chose. Artiste, c’est un métier difficile. Mais quand tu ne connais que ça, eh bien ce n’est pas si difficile. On a grandi dans une famille où c’était possible de faire ce métier.»

Après ses études, elle a décidé de s’établir à Montréal. Elle a dansé tant sur la scène nationale qu’internationale. Elle s’est notamment associée avec une compagnie spécialisée en médiation culturelle. Cela l’a amené à enseigner la danse dans des centres pour femmes, pour personnes à besoins spéciaux, pour personnes âgées, auprès des sans-abri et dans le milieu carcéral.

S’estimant privilégiée de travailler en danse contemporaine, elle a toujours eu le sentiment qu’elle devait redonner aux autres et partager ses connaissances avec ceux qui ont moins de chance qu’elle. Même si la danse contemporaine peut sembler à première vue une forme d’expression un peu abstraite, Roxanne Dupuis s’est donné comme mission de la rendre accessible.

«Tout ce qui n’est pas typique, j’ai essayé. Ça n’a pas été facile, mais en venant d’une petite place – d’une minorité francophone surtout –, j’ai une manière de connecter avec les gens qui n’ont pas grand-chose. Ça m’a vraiment nourri dans ma recherche chorégraphique et en tant qu’interprète.»

Quand la crise sanitaire s’est annoncée, elle a choisi de revenir vivre à Moncton. Elle estime qu’il y a davantage d’espace pour pratiquer son art que dans la grande ville, durement touchée par la pandémie. De plus, elle a accès aux studios de la compagnie DansEncorps que dirige sa mère.

Depuis son retour en Acadie, Roxanne Dupuis a pris part à plusieurs projets, dont le Festival de danse en Atlantique, une résidence d’artiste à la Galerie Sans Nom et le projet de création En nos apartés.

Téléchorégraphie

Des artistes de la danse des quatre coins du Canada ont été rassemblés dans ce projet imaginé par la chorégraphe parisienne Solène Bossu de la compagnie Les parleuses. Toute la création s’est faite à distance. Chaque danseur évolue dans son milieu, dans un endroit de son choix pour former une chorégraphie commune. La danseuse acadienne admet que le défi était de taille. En 15 heures, ils ont réussi à créer cette vidéo de danse absolument fascinante. La chorégraphe leur a fourni des indications et des idées de base pour construire la pièce. Sans voir les autres, chaque danseur devait essayer des mouvements dans son propre espace. C’est l’audio qui les a guidés dans leur recherche. Les relations avec les autres ont inspiré les créateurs.

«Ç’a vraiment été une super belle rencontre avec les danseurs et la chorégraphe. On était rendu proche même si on était loin. C’était de se réapproprier la manière dont nous allons peut-être dans le futur travailler davantage qui est à distance.»

Roxanne Dupuis a choisi la plage de Shediac pour présenter son segment de la chorégraphie. La mer est un endroit qu’elle affectionne tout particulièrement. La cinéaste Julie Frigault a filmé sa prestation. Si la chorégraphe tenait à ce que chaque danseur ait sa propre couleur, il reste qu’il y a une belle cohésion qui se dégage de cette œuvre.

Nouvelle création en chantier

L’artiste a entrepris un nouveau projet de chorégraphie avec 12 jeunes danseuses de l’école DansEncorps. Elle peut donc mettre en pratique tout ce qu’elle a expérimenté seule lors de sa résidence de création à la Galerie Sans Nom. Elles sont à l’étape de l’exploration. Roxanne Dupuis précise qu’elles ont toutes des choses importantes à dire. Elles explorent, entre autres, la distanciation physique dans la danse. Elle envisage de présenter cette chorégraphie cet été à l’extérieur.

Quête d’inclusivité

La chorégraphe rêve d’une scène plus inclusive où les différences, qu’elles soient physiques, culturelles ou identitaires, puissent être célébrées par la danse. Elle pense aux minorités visibles, quasi absentes de la scène, malgré le mouvement «Black lives matter».

«Je me suis rendu compte que beaucoup de gens ne viennent pas dans les théâtres parce que ce ne sont pas des gens qui leur ressemblent. Je trouve ça vraiment triste.»

En Acadie, par exemple, il y a encore très peu de garçons qui pratiquent la danse contemporaine, fait-elle remarquer.

«C’est malheureux, surtout dans les petites places. Il y a encore ce préjugé que ce n’est pas pour les garçons.»