Les paysages contemporains de Rebecca Belliveau

Pour la première fois, l’artiste Rebecca Belliveau expose sa série Couleurs dans son intégralité. Une collection d’œuvres qui met en valeur l’arbre comme symbole de la diversité de la langue française.

Onze grands tableaux modulaires composent cette exposition présentée à la galerie du Centre des arts et de la culture de Dieppe. Rebecca Belliveau utilise une technique originale lui permettant de combiner peinture, photographie et collage. Cette idée lui est venue après avoir découvert un livre sur les collages contemporains d’artistes américains, dont ceux de Fred Otnes.

«Il y avait une combinaison de photographies, de dessins et de peintures sur toutes sortes de matériaux. C’était de la magie pour moi et tout d’un coup, la réponse était là.»

Inspirée par leur travail, elle a inventé sa propre technique afin de créer des œuvres uniques avec de la transparence et du relief. Elle réalise ses tableaux à partir de photographies qu’elle prend souvent à l’aube et qu’elle retravaille de façon numérique. Elle les imprime sur du papier transparent qu’elle colle en différentes compositions sur la toile. À cela, elle ajoute de l’acrylique, des mots et parfois des éléments.

La série Couleurs est née lors d’une résidence d’artiste dans le nord de la France. Assistée d’Émerise LeBlanc-Nowlan, elle a travaillé avec plus de 200 participants pour leur enseigner sa technique. Avec cette série, son objectif était de réaliser une analogie entre les arts visuels et le français à travers le monde, avec ses dialectes, ses variantes et ses accents, un peu comme l’arbre et ses différentes essences. Les racines symbolisent la source du français.

«À la base du français, c’est le latin et c’est pour ça que dans mes peintures, il y a l’ajout des mots en latin. C’est l’histoire de l’Odyssée d’Homère. C’était un voyage magique et je trouvais que c’était une excellente histoire comme analogie avec la langue française qui a voyagé partout dans le monde.»

L’arbre dans tous ses états

Le commissaire de l’exposition, Paul Édouard Bourque, est fasciné par la façon dont l’artiste de Moncton reprend l’idée du paysage. Selon lui, Rebecca Belliveau a une manière unique et distincte d’approcher la nature dans ses œuvres.

«Ce sont des arbres. Le motif est là, mais en même temps, ce ne sont pas des images stéréotypées d’arbres. C’est comme si elle les personnalise. Ce ne sont pas de beaux arbres. Ils n’ont pas les caractéristiques de perfection. Elle cherche plutôt la personnalité des arbres qui sont parfois tordus, croches, il manque des branches. Je trouve que ça montre le processus de la nature qui change», a-t-il commenté lors d’une visite de l’exposition.

Les peintres paysagistes font partie de la tradition artistique canadienne, rappelle le commissaire. Il note dans sa démarche un parallèle avec le célèbre Groupe des sept du début du 20e siècle même si elle est une artiste actuelle qui envisage la notion du paysage de façon très contemporaine.

«Une construction paysagiste peut être abordée aujourd’hui. Ce n’est pas quelque chose qui n’est plus pertinent. Il y a encore de la force à aller trouver dans ça. C’est ça qui m’a vraiment éveillé à son travail. En ayant simplifié, elle donne plus de sens et de poids à ce qu’elle fait.»

En 2019, une partie des œuvres a été montrée dans le foyer du Théâtre Capitol à Moncton. Cette fois, ce sont tous les tableaux de la collection Couleurs qui sont rassemblés à Dieppe et l’impact est d’autant plus fort.

«C’est un sentiment d’accomplissement de les avoir complétés et de les voir tous ensemble. Dans ma maison, quand je produis, je ne peux pas tout les mettre, alors de pouvoir entrer dans cet espace et de les voir ensemble, il y a vraiment une énergie qui se dégage. Ils peuvent parler ensemble comme une langue et une phrase», a exprimé l’artiste.

Le vernissage se tient ce vendredi 5 mars. L’artiste sera sur les lieux pour offrir une démonstration en direct de sa technique. Il y aura deux démonstrations, une à 17h30 et l’autre à 19h. Il est préférable de s’inscrire à l’avance auprès du CACD. L’exposition est présentée jusqu’à la fin avril. Une vidéo de l’exposition sera également réalisée et pourra être vue sur le site web du CACD. Tout comme l’artiste, Paul Édouard Bourque souhaite faire voyager cette exposition dans les Provinces maritimes.

L’artiste Rebecca Belliveau (auto-portrait). Illustration photo