Des textes inédits de Gérald Leblanc pour accompagner ses Poèmes new-yorkais

«La rue Dufferin aura été une rue de livres», écrit Gérald Leblanc dans un texte inédit publié dans un nouvel ouvrage préparé par le professeur de littérature Benoit Doyon-Gosselin qui fait vivre autrement les poèmes new-yorkais de l’écrivain acadien par le biais de lettres et d’une confession.

«Souvent les gens ont dit que New York était une ville importante pour Gérald Leblanc. On le savait, mais là on le sait encore plus parce qu’on voit tout ce qu’il aimait de cette ville-là et tout ce qui le faisait vibrer d’être à New York», a exprimé le professeur de littérature à l’Université de Moncton.

Ce nouvel ouvrage qui sort en librairie, mardi, rassemble en plus des Poèmes new-yorkais de Gérald Leblanc, des lettres inédites écrites principalement pendant ses séjours à New York en 1993 et 1994, ainsi qu’un texte intitulé Confession de la rue Dufferin. Ce dernier a été écrit en 2002 trois ans avant sa mort. Benoit Doyon-Gosselin explique que le recueil posthume Poèmes new-yorkais (publié en 2006) était épuisé depuis longtemps. Le professeur de littérature a eu envie de rééditer ce recueil et du même souffle, bonifier l’ouvrage en y ajoutant une série de 27 lettres du poète qu’il a envoyées à ses amis acadiens et québécois depuis New York.

«C’est intéressant parce que c’est une période qui est assez courte. Mais surtout ce que je trouvais le fun, c’est que les lettres sont de Gérald comme dans l’autre livre d’avant (Lettres à mon ami américain 1967-2003), mais elles sont envoyées à des gens qu’on connaît. Il y a des “inside joke” et des commentaires qu’on peut comprendre comme lecteurs acadiens ou du milieu québécois qui connaît le milieu acadien», a-t-il poursuivi.

Ces lettres révèlent son attachement à New York et ses inspirations. L’écrivain qui a demeuré dans l’appartement de son ami, l’artiste Tristan Wolski (créateur de l’œuvre sur la couverture du livre), présente sa vie à New York. Il parle de son écriture, des lectures de poésie, des galeries d’art, des artistes, des spectacles et de ses longues promenades à travers cette ville qui «nous invite à la démesure», comme il le mentionne dans ses poèmes. On reconnaît aussi sa personnalité à travers sa correspondance. Parmi les destinataires, on retrouve, entre autres, Herménégilde Chiasson, Roméo Savoie, Rose Després, France Daigle, Gaston Miron, Raymond-Guy LeBlanc, Marc Arseneau et Claude Beausoleil, décédé en juillet dernier.

Selon le professeur, ces textes inédits permettent de mieux comprendre le contexte de l’époque et le rôle de fédérateur qu’il a joué. Au-delà de son travail d’écrivain, il a été animateur littéraire et culturel en Acadie.

«Dans les dernières années, Gérald est devenu un mythe. Il y a un parc à son nom et une soirée de poésie à son nom. Même chez des poètes qui continuent à publier, on voit souvent des émules de Gérald Leblanc dans leur texte. Je pense que le personnage est encore important aujourd’hui et on garde vivante son œuvre.»

Le bureau 137

Le professeur a découvert la confession Moncton, rue Dufferin dans le fonds Gérald-Leblanc à Bibliothèque et Archives Canada à Ottawa. Le tapuscrit de neuf pages, rebaptisé Confession de la rue Dufferin, jette un regard fragmenté de l’écrivain sur sa rue. Il y a habité lorsqu’il était étudiant dans les années 1970. Ce texte était accompagné d’un autre document d’une page rédigé pendant qu’il était écrivain en résidence à l’Université de Moncton, au bureau 137 de la Faculté des arts, soit le même local qu’occupe depuis six ans Benoit Doyon-Gosselin.

«Quand j’ai vu ça, je me suis dit j’ai pas le choix il faut que je parle de Confession de la rue Dufferin… Ce qui est intéressant c’est que le temps souvent se superpose dans un même espace. Dans mon bureau, il y a d’autres profs que je ne n’ai pas connus, mais il y a eu à un moment donné pendant une session, Gérald Leblanc. C’est une belle association», relate le professeur qui a été très touché par ce texte.

On y retrouve une certaine forme de nostalgie dans ce texte personnel où il relate la vie dans son premier appartement au milieu des piles de livres, où les gens entrent et repartent.

«Je trouve que le texte est très beau. Dans le fond, ça n’ajoute pas grand-chose à Moncton Mantra qui est le roman qui raconte ces années-là de 1970 à 1980, mais en même temps, c’est vraiment lié à l’esprit d’une rue et de son premier appartement.»

Benoit Doyon-Gosselin estime que ce texte nous ramène à une époque et à la passion de la littérature, des mots et de l’écriture. Il fait un lien avec la récente biographie d’Anne Hébert, Vivre pour écrire.

«Gérald, je me demande si ce n’est pas le contraire, c’est-à-dire Écrire pour vivre. Il n’aurait pas fait autre chose que ça. Il aimait mieux vivre pauvre, mais être heureux en écrivant.»

Le livre Poèmes new-yorkais suivi de Lettres new-yorkaises paraît dans la collection Bibliothèque canadienne-française aux Éditions Prise de parole.