Les artistes déçus du budget provincial

Le budget provincial, dévoilé mardi, constitue une insulte pour le secteur des arts et de la culture, estime le président de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick (AAAPNB), Philippe Beaulieu.

Le président de l’organisme acadien qui représente les artistes de la province s’est dit profondément déçu et considère qu’avec ce budget, le gouvernement de Blaine Higgs ne reconnaît pas le tort que la pandémie a causé au secteur des arts et de la culture.

«Notre écosystème est en train de s’effriter dangereusement […] Il n’y a pas de lumière qui scintille au bout du tunnel. Le gouvernement provincial, avec ce budget-ci, nous indique que pour les arts et la culture, malgré les retombées économiques et les emplois créés, il n’y a rien de dramatique», a déclaré en entrevue Philippe Beaulieu.

Le nouveau budget provincial prévoit un fonds de relance de 7 265 000$ pour le ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture. Cette somme sera partagée entre plusieurs secteurs d’activités comme le tourisme, les sports, les parcs, les attractions, le patrimoine, l’archéologie, les arts et la culture, précise M. Beaulieu. À lui seul, le programme d’incitation au voyage du Nouveau-Brunswick a coûté environ 3 millions $ en 2020. À ce rythme-là, les responsables de l’AAAPNB craignent qu’il ne reste plus grand-chose pour la culture qui, pourtant, fait face à une crise tout comme le secteur touristique. Philippe Beaulieu applaudit le programme d’incitation au voyage, mais il souhaiterait que les arts et la culture puissent aussi bénéficier d’une aide substantielle pour passer à travers la crise. L’AAAPNB réclame depuis des années une somme supplémentaire de 5 millions $.

Philippe Beaulieu considère que l’ensemble de l’industrie culturelle est dans le besoin que ce soit les festivals, les diffuseurs, les arts de la scène, le milieu du cinéma, les galeries d’art, les artistes et les travailleurs culturels.

«On nous parle de se réinventer. C’est ce que les artistes font depuis toujours. On vante le virtuel, mais on n’est pas des êtres virtuels, on est des êtres en chair et en os. Il y a des limites au virtuel. Même pour le virtuel, ça prend une formation et des équipements spécialisés […]. Il y a beaucoup de pistes et solution, mais ça prend des investissements.»

Le directeur général du Centre des arts et de la Culture de Dieppe, Louis Doucet, ne perçoit pas dans ce budget de mesures importantes pour sortir le secteur culturel de sa précarité.

«Même si la somme semble importante pour le ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture, il reste que les fonds accordés sont relativement minimes considérant l’impact que cela (la pandémie) a eu sur l’industrie.»

Louis Doucet considère tout de même que le centre de Dieppe figure parmi les diffuseurs privilégiés puisqu’il a pu maintenir un minimum d’activités. Or, il précise que beaucoup de sociétés culturelles de la province n’ont pas cette chance puisqu’elles n’ont pas accès à leur salle de spectacle qui se trouve en milieu scolaire.

«Il y en a qui sont certainement fragilisées. Il y a des gens qui avaient un emploi pratiquement à temps plein dans une société culturelle qui sont à moitié sur le chômage ou à temps partiel. J’en connais personnellement qui ont trois emplois pour arriver.»

Depuis le début de la pandémie, l’aide financière est venue surtout du gouvernement fédéral, notent l’AAAPNB et Louis Doucet. Une étude du Centre canadien de politiques alternatives révèle que pour chaque 100$ du gouvernement fédéral investi au Nouveau-Brunswick de mesures d’aide, le gouvernement provincial a investi 1$. Il est en queue de peloton de toutes les provinces canadiennes.

Louis Doucet ajoute que les spectacles qu’il présente en salle avec 50% de la capacité d’accueil (consigne sanitaire de la phase jaune) sont déficitaires. Le centre a eu droit à de l’aide du fédéral, mais du côté provincial c’est plutôt timide, admet-il.

«Peut-être que ça changera. Mais je n’ai rien vu dans le budget qui nous donne une lueur d’espoir.»