Histoires de char et de peinture de Christian Michaud

Dans son exposition Auto sapiens, Christian Michaud propose un dialogue ludique entre la peinture moderne et l’automobile, suscitant ainsi une réflexion sur l’idée du progrès.

Quel est le destin de la peinture? soulève Christian Michaud dans sa nouvelle exposition à la Galerie d’art Louise-et-Reuben-Cohen à Moncton.

«Je pense que la peinture va être là tant que l’humanité va exister. C’est un mode d’expression visuelle qui est tellement fort. C’est la peinture qui a proposé les innovations de l’art moderne. C’est une hypothèse de développement qui est plus à prendre d’un côté ludique. J’ai le goût de m’amuser avec ces concepts-là», a affirmé en entrevue l’artiste et chargé de cours à l’Université de Moncton, campus d’Edmundston.

Auto Sapiens se veut un parcours composé d’une série d’installations picturales et sculpturales. Il s’est imaginé en quelque sorte la fin de la voiture à essence et de la peinture telle que nous la connaissons aujourd’hui.

«À cause de ma formation en histoire de l’art et en philosophie, je m’intéresse beaucoup à l’histoire de l’art et cette fois-ci, je fais un lien au niveau de l’époque moderne entre l’arrivée de la voiture à essence et la peinture moderne et je prends ces deux idées-là et puis je les mets en dialogue pour jouer justement avec la peinture, la sculpture, l’assemblage et je crée des relations symboliques, des fois avec des références historiques», a-t-il expliqué.

Si un jour, la voiture à essence est vouée à disparaître, de son côté, la peinture traditionnelle est appelée à se transformer avec les nouvelles technologies. L’idée du progrès traverse donc l’exposition de Christian Michaud qui contient aussi des références à l’histoire de l’art, dont un tableau de Paul Gauguin qui date de la fin des années 1890, D’où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous? Inspiré par cette œuvre, il a divisé son exposition en trois étapes qui se déploient dans les trois salles de la galerie d’art de l’Université de Moncton. C’est aussi une métaphore sur son propre processus de création.

Combinant peintures, collages, sculptures, assemblages en mouvement et techniques mixtes, cette exposition regorge de symboles et de significations. Dans la première salle, au milieu des tableaux, on y retrouve une petite tête sculptée et montée sur un socle qui tourne à 360 degrés. Elle représente le spectateur qui regarde l’exposition, précise l’artiste.

Un environnement dynamique

Le parcours que nous propose l’artiste est à la fois engagé, dramatique et historique, mais aussi ludique. On y retrouve notamment une grande mosaïque, sorte de variation autour du thème de la voiture et une sculpture d’un tourne-disque actionnée par une pédale. Il aime jouer avec le langage classique de l’art et créer des interactions entre les surfaces picturales et les objets sur le sol ou suspendus, donnant ainsi une expérience en trois dimensions dynamique pour le spectateur.

«On passe d’une surface à un objet donc ça crée différentes émotions. On est toujours comme en activité, le regardeur étant très sollicité.»

Christian Michaud rappelle que les artistes s’inspirent de leur environnement depuis toujours, citant, entre autres, les dessins d’animaux qui datent de l’époque de la préhistoire.

«Moi aujourd’hui, si je me place dans la même position que ces artistes de la préhistoire, je fais ce qui est le plus présent dans mon quotidien, c’est-à-dire la voiture. C’est un peu une référence à la continuité de l’artiste qui interroge son environnement», a souligné l’artiste qui s’est amusé avec le motif de la voiture.

Deux commissaires d’art, Paul Édouard Bourque et Tanya Eindiguer, ont collaboré avec l’artiste dans la préparation de cette exposition qui sera présentée jusqu’au 3 avril. Il a aussi une petite exposition à la Galerie Art-Artiste à Dieppe qui comprend notamment une série d’œuvres sur papier.

En plus d’enseigner l’art et la philosophie à l’Université de Moncton, il dirige le Musée historique du Madawaska depuis 2008. Son exposition Auto sapiens sera également en montre au Centre des arts d’Edmundston cet été et possiblement au Québec par la suite. Une vidéo de l’exposition sera réalisée et diffusée sur le site web de la galerie de Moncton.