Neev: accro à l’humour et aux accents

D’aussi loin qu’il se souvienne, l’humoriste Neev a toujours voulu faire de la scène. Sa première expérience devant un public remonte à l’école primaire où il a imité la Sagouine (avec le foulard et tout) lui permettant ainsi de remporter un concours de théâtre. Drôle de coïncidence pour cet artiste montréalais d’origine française et marocaine qui a développé une relation privilégiée avec le public acadien.

Neev (Bensimhon) animera le Gala virtuel des Rendez-vous de la Francophonie ce samedi. Celui qui a un don pour les accents avoue que l’acadien figure parmi les accents les plus difficiles à imiter.

«J’ai une couple de swings, mais je ne suis pas aussi à l’aise que dans les autres accents. Mais pour l’accent québécois et l’accent africain, je peux tenir une conversation de deux jours», a exprimé l’humoriste au cours d’un entretien téléphonique.

Depuis toujours, il adore imiter les gens autour de lui: les parents, les amis, les professeurs.

«J’ai toujours aimé personnifier des gens, mais pas des imitations de vedettes, mais ce sont plus des imitations de gens que je connaissais. Quand je suis arrivé au secondaire, j’étais dans une école très multiethnique. Il y avait des Européens de partout en Europe, des Africains de partout en Afrique, des Sud-Américains. J’ai baigné là-dedans. Ce que j’aimais faire – imiter les gens – s’est transposé à un nouveau bassin de monde vraiment intéressant.»

Il s’est souvent produit en spectacle à Moncton dans le cadre du Festival HubCap ainsi qu’avec Louis-José Houde qui a fait la captation de son spectacle au Théâtre Capitol.

«C’est une place que j’aime bien. Ils (les spectateurs) sont intenses et chauds. C’est le fun. Les réactions sont violentes dans le bon sens […] J’ai réalisé en faisant des tournées, dont celles des Rendez-vous de la francophonie, que le combat de la langue c’est vraiment intense à l’extérieur du Québec. Ça me fait penser à mes parents qui sont immigrants, quand il y avait un artiste marocain qui débarquait au Québec, ils étaient vraiment excités.»

De la scène au virtuel

Le spectacle sera enregistré en direct depuis différentes salles. Les humoristes pourront voir une partie du public sur écran. Neev aime parler aux spectateurs et interagir avec eux non seulement pour avoir le pouls de la foule, mais aussi parfois pour improviser avec le public. Il adapte son matériel en fonction des gens dans la salle.

«Ce sont des moments uniques à chaque fois. Ça crée une étincelle et le public voit que c’est une relation de confiance avec l’humour.»

Faire de l’humour en ligne c’est différent que d’être sur scène. Mais pour lui, ça relève de la même discipline avec une variante. Il compare cela un peu au sport automobile.

«Par exemple, avant on faisait de la formule un et maintenant on fait du rallye. Les deux sont des sports automobiles, mais ce n’est pas du tout le même sport. Beaucoup ont été réticents au départ parce que ça enlève l’essence de l’humour, c’est-à-dire d’avoir un public devant soi, mais après en le faisant, on réalise que l’essence de l’humour c’est la communication alors quand on est capable de les voir et les entendre, même un petit nombre, on réalise que l’échange pur de l’humour existe encore. À la limite, ça nous a ramené à une forme très épurée bizarrement de ce que c’est le stand-up.»

Neev s’inspire beaucoup de ses expériences et des choses qu’il a envie d’exprimer pour créer ses numéros. Une idée, une phrase comique, un personnage croisé dans un marché ou encore une situation peuvent nourrir son écriture. En ce moment, il parle beaucoup de paternité parce qu’il a eu un enfant.

«Mon kid, c’est celui qui me fait le plus rire de ma vie. Ça m’a fasciné d’avoir un enfant dans le sens où pour l’instant, il est l’équivalent d’une plante basilique que si on ne le nourrit pas, il crève, mais bientôt, il va avoir des opinions, il va m’envoyer chier et moi ça m’excite au plus haut point.»

Pour connecter avec les gens, l’humoriste doit aborder des sujets universels tels que la famille, les amis, la francophonie, estime-t-il.

Humoriste par hasard

Neev a d’abord eu une carrière de musicien avant d’arriver à l’humour. C’est l’humoriste Gad Elmaleh qui l’a invité à faire sa première partie dans un festival.

«J’avais aucune intention de faire de l’humour. J’étais un «funny guy», mais pas un humoriste. Et puis, on m’a convaincu… J’ai été sur scène, mais j’avais zéro attente parce que je faisais de la musique. J’ai pris ça comme un défi et ç’a été une révélation.»

«Quand l’humour est arrivé, pour moi, ç’a été une autre forme d’expression sur scène, mais qui a révélé des choses que je ne trouvais pas ailleurs comme le danger. En musique, j’ai mes musiciens avec moi sur scène, mais là (en humour), le rapport au public était tellement intense et viscéral, que j’ai dit c’est de la bonne drogue ça, il faut refaire.»

Le Gala Juste pour rire des Rendez-vous de la francophonie est présenté par le Festival HubCap à Moncton ce samedi à 20h. Il met en vedette aussi les humoristes Luc LeBlanc, Samuel Chiasson, Rachid Badouri, Katherine Levac, Laurent Paquin et des invités surprises. Les gens doivent s’inscrire en ligne (site du Festival HubCap) pour obtenir leur laissez-passer virtuel.