Corneilles: noir sur blanc de Julie D’Amour-Léger reprend son envol

Souvent mal aimée, la corneille fascine l’artiste photographe Julie D’Amour-Léger. Pendant un hiver, elle a braqué son objectif sur cet oiseau noir au plumage miroitant qui contraste avec la blancheur de la baie de Caraquet. Elle offre ainsi une collection de 24 œuvres photographiques appelée à voyager à travers la province.

Après avoir été présentée à Caraquet et à Bouctouche en 2018 et 2020, suivi d’un arrêt forcé en raison de la pandémie, l’exposition Corneilles: noir sur blanc reprend son envol. Elle est présentée à la galerie Art-Artiste au Centre Circolo à Campbellton jusqu’au 16 avril. Celle qui conjugue photographie de plateau et projet artistique privilégie la nature comme sujet. En revenant vivre à Caraquet après 23 ans à Montréal, elle était heureuse de retrouver la mer. D’ailleurs, sa première exposition en 2015 était composée d’images captées à partir de sa maison située sur les rives de la baie de Caraquet, tellement elle était envoûtée par le paysage.

La collection sur les corneilles a vu le jour pendant la crise du verglas en 2017. Privée d’électricité, elle a été plongée dans un immense silence. Seules les corneilles faisaient entendre leurs cris. À l’extérieur, tout était blanc puisque la baie était recouverte de glaces.

«Je me suis dit comment les oiseaux font pour se nourrir quand il y a de la glace partout. J’ai commencé à nourrir les corneilles, mais vraiment sans intention plus que ça. Je les voyais virevolter juste devant chez moi et j’ai commencé à prendre des photos à travers ma fenêtre parce que ce sont des oiseaux quand même assez méfiants», a-t-elle expliqué.

Elle propose une étude de mouvement de ces oiseaux noirs sur fond blanc.

«Les corneilles ont beau être noires, elles ont quand même des nuances qui tirent un peu sur le bleu et le violacé. Dans les photographies qui sont essentiellement en noir et blanc, les nuances des plumes ressortent ainsi que tous les détails des plumes, mais aussi la couleur des ombres.»

Julie D’Amour-Léger confie qu’elle a été la première surprise du résultat. Elle a retenu les photographies prises durant des journées ensoleillées puisque les plumes ne brillent pas de la même façon que lorsque le ciel est ennuagé.

«Ensuite, c’était important pour moi qu’il y ait une lumière dans l’œil de la corneille. Ça donne vraiment une présence à l’oiseau, ça fait ressortir son éclat.»

Une série «extraordinaire»

Le galeriste Daniel Chiasson de Dieppe – qui représente Julie D’Amour-Léger – estime que son travail est très artistique tout en s’ancrant dans la nature. Sa démarche comporte plusieurs dimensions.

«La série des corneilles, c’est une série qui est assez extraordinaire par le travail et la patience qu’elle a eus pour réaliser toute cette série-là. C’est au-delà de la photo maintenant et plus comme des œuvres d’art. Ça m’intéresse beaucoup de travailler avec un artiste qui va un petit peu plus loin et qui nous amène des séries qui sont très intéressantes à regarder», a exprimé Daniel Chiasson qui représente 25 artistes visuels.

L’artiste de Caraquet est la seule qui œuvre en photographie dans le groupe.

Après avoir vu son exposition, des spectateurs lui ont dit que ses œuvres leur ont permis de voir autrement la corneille. Ce qui fait très plaisir à la photographe. Les corneilles ne sont pas que sombres et bruyantes, précise celle qui a mené un peu de recherches sur ce grand passereau.

«On associe souvent le cri des corneilles à un seul cri qui peut être énervant, mais les corneilles communiquent beaucoup entre elles, mais en fait, c’est un des oiseaux qui a le plus grand répertoire de sons. Ils ont vraiment un éventail de façons de communiquer. Ce sont des oiseaux intelligents donc intéressants à regarder. Elles ont un grand sens de la famille. Même si les petits sont assez vite capables de se reproduire, ils ne commencent pas à fonder une famille tout de suite. Ils demeurent auprès des parents pendant presque quatre ans pour aider à élever les nouveaux bébés», a relaté l’artiste.

Julie D’Amour-Léger  – Gracieuseté Daniel Chiasson

Après Campbellton, l’exposition Corneilles: noir sur blanc sera présentée à la Galerie Art-Artiste à Dieppe du 22 avril au 27 mai. En 2022, elle sera exposée au Centre des arts d’Edmundston à partir de janvier, puis à la Galerie Beaverbrook à Fredericton de la mi-novembre à la fin mai 2023.

Julie D’Amour-Léger a entrepris aussi un projet ambitieux de photographies sur les pêches. Après un premier calendrier des pêches et une série de photographies de nuit autour de la pêche au hareng, elle envisage de monter à bord des navires hauturiers pour poursuivre son projet en vue d’une nouvelle exposition.