Le voyage intérieur de Mélanie Parent

Des femmes flottant dans l’espace, des petites maisons qui se transforment en loup, des lettres cachées… Riches en symboles, les grandes œuvres de Mélanie Parent révèlent une réflexion profonde sur l’expérience humaine. Avec son exposition Ce long voyage d’intérieur, l’artiste de Campbellton invite le spectateur à une introspection, mais aussi à réfléchir sur ce qui rassemble l’humanité.

Après avoir été présentée au Centre scolaire Samuel-de-Champlain à Saint-Jean, l’exposition fait escale à la Galerie ARTcadienne à Miramichi jusqu’au 29 avril. La pauvreté et ses effets ainsi que la santé mentale ont été au cœur de la recherche de l’artiste qui propose des œuvres de très grands formats, conjuguant acrylique et techniques mixtes. Tout en étant personnelles et puisant dans son histoire familiale, ses peintures laissent beaucoup de place à l’interprétation et à l’imaginaire. Il y a plusieurs avenues à explorer pour permettre aux visiteurs de réfléchir à sa propre histoire et à ses relations avec les autres.

«C’est comme une chasse au trésor… Il y a beaucoup de symboles», a soulevé en entrevue Mélanie Parent.

Les petites maisons reviennent souvent. Celles-ci font référence à une série de maisons construites après le grand feu de Campbellton en 1910. L’arrière-grand-mère de l’artiste a habité dans ce quartier appelé Rabbit Town qui avait toutes les allures d’un ghetto, souligne l’artiste.

«C’était assez dur et c’était pauvre. Éventuellement, il a été démoli dans les années 1960. C’est un symbole que j’utilise souvent parce que je parle beaucoup de la pauvreté et de la santé mentale dans mon travail. Je dirais que c’est le grand thème de tout ça. La pauvreté et ce qui en découle. […] Je trouve que c’est important pour moi, d’exprimer ces choses-là parce que ça touche d’autres personnes.»

Ses œuvres figuratives expriment un monde inventé et intemporel. Mélanie Parent privilégie les grands formats qui offrent une expérience autant pour le créateur que pour le public qui regarde les tableaux. Ses œuvres peuvent atteindre trois mètres.

«Pour moi, c’est important de travailler grand parce que j’entre vraiment dans le travail. Ça devient une expérience pour moi aussi de le faire donc c’est comme physique.»

Réflexion personnelle

Cette série de tableaux a été réalisée en 2019 et 2020. Celle qui tient un journal personnel raconte que lorsque la pandémie a frappé, elle a vu ses réflexions prendre une autre dimension, en particulier pendant le confinement. Les événements l’ont forcée à aller davantage vers une intériorisation afin de comprendre ses expériences, mais aussi réfléchir aux choses qui nous relient.

Ses œuvres aux couleurs sobres expriment des émotions, s’éloignant ainsi de l’aspect décoratif. Des teintes de noirs, de blancs, de gris, de verts foncés inspirés des forêts du Restigouche, créent des ombres et des lumières.

«C’est certain que ce ne sont pas des tableaux qu’on va acheter pour le décor, mais les gens vont s’accrocher émotionnellement au tableau. Il y a quelque chose qui va chercher les gens d’une autre façon que par la beauté. Pour moi, l’esthétique est importante aussi, mais les gens n’accrochent pas nécessairement à cause de ça.»

Avant de commencer à peindre, elle a toujours une idée de départ et des esquisses sur lesquelles elle s’appuie pour imaginer ses nouveaux projets. Il y a une réflexion derrière chaque tableau.

«Une fois que je commence à peindre, il y a des choses qui tombent un peu aléatoirement. Lorsque j’embarque dans le tableau, ça devient un peu plus libre.»

En raison de la pandémie, aucun vernissage n’est prévu. Après Miramichi, les œuvres seront probablement présentées à la Galerie Art-Artiste à Dieppe qui représente d’ailleurs Mélanie Parent. Elle a également une exposition de prévue à la Galerie d’art Bernard-Jean à Caraquet en janvier 2022.