Susurrer des poèmes à l’oreille

Se faire lire des vers à l’oreille, voilà une idée plutôt audacieuse imaginée par le comité de la revue acadienne de création littéraire Ancrages afin de briser un peu la monotonie et l’isolement. Neuf écrivains de la côte Est prennent part à ce projet de poésie téléphonique.

Jusqu’au 15 avril, les gens peuvent composer un numéro de téléphone sans frais (1-833-3POESIE) et entendre un texte poétique lu par un des poètes participants. Intitulé Phonésie, ce projet créé par l’équipe de la revue Ancrages et la coordonnatrice Rachel Duperreault suscite déjà beaucoup d’intérêt. La pandémie a poussé le comité de direction à imaginer des modes de communication alternatifs et des idées littéraires qui sortent de l’ordinaire afin d’apporter un peu de plaisir.

«On s’est dit que ce serait le fun de revenir au téléphone. Maintenant, on ne se parle pratiquement plus au téléphone. On s’envoie des textos. C’est un beau clin d’œil à notre jeunesse et des fois, on a juste envie d’entendre quelque chose sans avoir d’échange. C’est comme quelqu’un qui susurre des mots doux à l’oreille», a expliqué Rachel Duperreault.

«Quand on a lancé l’appel pour ça, on a reçu un déluge de textes. Les auteurs trouvaient l’idée géniale. Ils ont tous eu un plaisir fou à s’enregistrer.»

Le comité de rédaction a dû faire une sélection. Les débuts ont été un peu difficiles en raison de petits problèmes techniques, mais maintenant tout est rentré dans l’ordre. Ce n’est qu’à la fin du projet que les organisateurs pourront dresser un bilan précis de l’auditoire et faire le compte des appels. Le comité envisage aussi de publier un numéro spécial en ligne en ajoutant quelques textes coups de cœur.

Nouvelle porte d’entrée

Chaque lundi et vendredi, un nouvel auteur s’ajoute au groupe. Vendredi, ce sera au tour du poète acadien Dominic Langlois d’inclure son texte.

«Je trouve que c’est une idée super originale. Il faut savoir qu’Ancrages c’est d’abord et avant tout une revue qui publie en ligne puis à côté de ça, ils ont toujours des idées novatrices pour se démarquer et capter l’intérêt des gens et c’en est une. Je suis une personne qui aime beaucoup lire ses textes et je pense que le public trouve ça intéressant d’entendre des auteurs lire leur texte puis ce projet donne comme une autre porte d’entrée.»

Ayant déjà une grande part d’oralité dans sa poésie, Dominic Langlois estime que son écriture se prête bien à ce médium. Celui qui livrera un nouveau texte intitulé Après est heureux d’avoir été sélectionné.

«L’idée c’est d’essayer de faire réagir les gens, d’aller les chercher et de faire mûrir une réflexion.»

Selon lui, Phonésie peut certainement contribuer à briser l’éloignement et à tenir, du moins pour quelques minutes, les gens éloignés de leur écran.

«On prend le téléphone et on écoute. Le projet joue un peu le rôle de briser l’isolement un peu comme le fait la radio.»

Les neuf auteurs proviennent de l’Atlantique et de la Gaspésie. Dominic Langlois s’ajoute à Pierre-André Doucet, Brigitte Lavallée, Jonathan Roy, Stéphanie David, Philippe Garon, Camille Bérard, André Muise et Caroline Bélisle.