Renée Blanchar prépare une télésérie sur Gabrielle Roy

Renée Blanchar réalisera une nouvelle série dramatique sur la vie et l’œuvre de Gabrielle Roy au Manitoba. Inspirée par les écrits de la célèbre écrivaine franco-manitobaine décédée en 1983, la réalisatrice et scénariste de Caraquet entrera dans l’univers de cette icône de la littérature canadienne en commençant par l’enfance.

Intitulée Le monde de Gabrielle Roy, cette télésérie d’époque se déploie en plusieurs chapitres. Une première saison de huit épisodes (des demi-heures) sera tournée au Manitoba, cet été, en vue d’une diffusion sur les ondes de Radio-Canada en 2021 ou 2022. Renée Blanchar qui a écrit le scénario réalisera le premier volet qui portera sur l’enfance de cette pionnière et auteure de Bonheur d’occasion.

«Dans cette première saison, Gabrielle Roy a 10 ans et on s’appuie sur des textes qu’elle a écrits où elle se rappelle des moments signifiants de son enfance. Il y a de très beaux textes, par exemple Ma grand-mère toute puissante qui raconte quand elle va chez sa grand-mère en vacances d’été. Un bout de ruban jaune qui raconte comment sa grande sœur est venue à la maison pour annoncer qu’elle allait devenir religieuse», a expliqué la cinéaste.

Connue pour sa série Belle-Baie qui a marqué le paysage télévisuel pendant cinq saisons, la cinéaste acadienne qui travaille aussi en cinéma documentaire est arrivée dans ce projet à la suite de l’invitation des producteurs du Québec et du Manitoba. En 2018, les producteurs l’ont contactée parce qu’ils cherchaient un scénariste pour écrire une adaptation télévisuelle de l’œuvre de Gabrielle Roy.

Prise par le tournage de son documentaire Le silence, elle a d’abord refusé. Mais elle s’est ravisée en leur proposant sa vision du projet puisqu’elle était justement en train de relire l’œuvre de Gabrielle Roy. Après avoir présenté son idée, elle a été rappelée pour écrire le scénario. La cinéaste s’est plongée dans l’écriture tranquillement tout en poursuivant la réalisation du Silence qui porte sur le sujet difficile des scandales sexuels dans l’Église catholique.

«Par rapport au silence, pour moi ç’a été très bénéfique parce que comme Le silence est un film très dur qui m’amenait dans des zones personnelles vraiment fortes, le fait de sortir de ça en écrivant, en adaptant ou en lisant Gabrielle Roy, ç’a été comme un équilibre pour moi. On dirait que les deux, ça m’a comme permis des fois de m’échapper du Silence pour pouvoir revenir beaucoup plus avec un certain recul que je n’aurais pas eu si j’avais juste fait ce projet-là.»

Quand est venu le temps de la production, elle a eu envie d’en être la réalisatrice, ce que les producteurs et le diffuseur ont accepté. Si tout va bien, elle part pour le Manitoba à la mi-avril pour y rester jusqu’à la fin juillet. Entre 24 et 28 journées de tournage sont prévues pour cette production dotée d’un budget se situant autour de 3 millions $.

Bien que l’histoire se déroule au Manitoba, la réalisatrice estime que les propos trouvent écho en Acadie puisque ce sont les souvenirs d’une Franco-manitobaine vivant dans un milieu minoritaire francophone.

«J’ai beaucoup puisé dans ma propre histoire familiale d’une certaine façon pour trouver des manières d’adapter Gabrielle Roy, mais en y apportant quand même une touche personnelle.»

La cinéaste explique que la série offrira un mélange de l’œuvre et du parcours de l’écrivaine qui pose un regard sensible et nostalgique sur les choses de la vie.

«Au départ, les histoires étaient déjà très belles et le défi pour moi, a été de me les approprier et de faire quelque chose de cinématographique avec.»

Retour en 1920

Le tournage se déroulera dans différents lieux au Manitoba. La maison d’enfance de Gabrielle Roy à Saint-Boniface sera recréée en studio, a fait savoir la cinéaste. Selon celle-ci, il y a de très beaux lieux, très inspirants. La distribution n’est pas encore complétée.

«On est en 1920 et c’est sûr qu’on se colle à cette période. Mais je mets des guillemets dans “historique” parce que l’idée ce n’est pas de faire de grosses reconstitutions historiques, mais d’être fidèle à l’époque, et surtout à l’univers de Gabrielle Roy», a mentionné la réalisatrice.

«Je pense que ça va être un Spoutnik. L’équipe a quand même un parti pris artistique et on est dans une adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire.»

La cinéaste dit avoir été fortement inspirée par de grandes séries telles que The Crown qui d’une saison à l’autre change d’époque. La deuxième saison de Le monde de Gabrielle Roy, dont l’écriture est amorcée, portera sur l’écrivaine à l’âge de 20 ans. La série est produite par Les Productions Rivard au Manitoba et Zone 3 au Québec. C’est la première fois que la cinéaste acadienne réalise un projet à l’extérieur de l’Acadie.

«Pour moi, c’est comme une croisée des chemins. J’aime beaucoup la fiction, la série, mais il faut que ce soit vraiment un coup de cœur puis dans ce cas-ci, c’en est vraiment un. J’aime faire des projets qui m’allument. Ce n’est pas toujours le choix payant, mais c’est le choix du cœur», a-t-elle ajouté.