Le testament poétique de Rino Morin Rossignol

«J’ai laissé parler mon coeur tel que je suis», déclare l’écrivain et chroniqueur Rino Morin Rossignol en parlant de son 7e recueil, Carnet de la nuit tombée. Un livre d’espoir qu’il envisage un peu comme un testament poétique.

Rino Morin Rossignol a habité le même appartement à Montréal pendant 30 ans jusqu’à l’année dernière. Sa terrasse entourée de murs blancs, donnant sur une ruelle verte, est devenue en quelque sorte une pièce supplémentaire de son logement et la source d’inspiration de son recueil. De nature sociable, l’auteur est aussi un homme qui apprécie son intimité et sa solitude, ses instants de méditation et de réflexion.

«C’est probablement celui (le recueil) qui est le plus proche de mon cœur. J’écrivais des fois le jour, mais je passais beaucoup de temps le soir et je voyais la nuit tombée et tout le calme qui s’installait. C’est comme si je racontais ma vie en poésie, une forme de poésie en image…Dans ma tête, je vois ça comme un testament», a-t-il exprimé au cours d’un entretien avec l’Acadie Nouvelle.

Son recueil se veut contemplatif et méditatif. Le poète observe le monde qui l’entoure, tout en effectuant un retour sur sa vie. Il le décrit ainsi «C’est une sorte de huis clos avec moi-même parce que sur la terrasse je suis tout seul.»

La nostalgie de l’enfance au Madawaska

En regardant pousser les fleurs, cela l’a ramené à son enfance au Madawaska où il jouait beaucoup dehors et s’inventait des univers. L’auteur confie qu’il est un peu nostalgique et mélancolique.

Tout en regardant à l’intérieur de soi, l’auteur tourne aussi son regard vers le monde extérieur vu de sa terrasse.

«On voit la ville, mais on voit aussi le ciel. J’ai beaucoup de références à des avions qui transportent du monde. Je suis un gars qui tripe sur le ciel. J’en ai des vertiges. Des fois, je regarde les étoiles et j’essaie d’imaginer la distance qu’il y a entre nous et j’ai le vertige. Je me dis que c’est incommensurable et c’est juste une infiniment petite partie de l’univers. Ça m’éblouit, mais totalement.»

Il a terminé l’écriture de ses textes à l’hiver 2020 au début de la pandémie. Divisé en quatre parties, son recueil est aussi teinté d’humour, notamment dans le segment Sous la pergola. Il témoigne de ses désirs amoureux pour un ouvrier de la construction chez sa voisine qu’il entrevoit de sa terrasse. C’est la première fois qu’il intègre de l’humour dans sa poésie.

«Je le vois juste jusqu’à la taille parce qu’il est l’autre bord du mur. J’écrivais ça tout en racontant mes illusions d’un homme mûr qui n’aura plus ces histoires-là, mais qui est quand même capable d’inventer de l’espoir à partir de ces histoires impossibles.»

Étant optimiste de nature, l’espoir devient essentiel dans tout ce qu’il écrit autant dans ses ouvrages littéraires que dans ses chroniques. La poésie lui permet d’aller davantage dans le fond de son coeur.

«Même si je m’épivarde beaucoup sur ma propre vie dans mes chroniques, il reste que la poésie comme celle-là, c’était vraiment le plus intime que je peux aller. Un de mes autres livres qui ressemble à ça, c’est Intifada du cœur (qui avait été en nomination pour le prix littéraire du Gouverneur général du Canada).»

Celui qui publie une chronique hebdomadaire dans l’Acadie Nouvelle depuis bientôt 20 ans avoue qu’il se sentait plus libre à ses débuts. Les réseaux sociaux ont changé la donne, note-t-il.

«Il y a toujours quelqu’un qui est à l’affût du mauvais mot à la mauvaise place. Les réactions sont plus rapides, plus directes et plus superficielles. Le moindre mot peut choquer alors qu’avant, il n’y avait pas cette susceptibilité générale. Je fais plus attention tandis que dans mon livre, je me suis dit, ici tu n’as pas ce problème-là, t’écris pour toi.»

Même si la dernière partie du recueil s’intitule Tout est accompli, l’écrivain est loin d’avoir dit son dernier mot. Il a plusieurs ouvrages en chantier.

Carnet de la nuit tombée est paru aux Éditions Perce-Neige. L’écrivain qui a publié aussi un roman, du théâtre et un essai figure parmi les auteurs invités du Salon du livre d’Edmundston qui se tient de façon virtuelle du 15 au 18 avril.