Malgré la pandémie et une baisse des ventes chez certains éditeurs francophones du Nouveau-Brunswick, le marché du livre se tire plutôt bien d’affaire, si on le compare à d’autres secteurs culturels. La lecture n’a jamais eu autant la cote, notent les différents acteurs du milieu littéraire.

Les maisons d’édition francophones au pays ont enregistré une diminution moyenne de leurs ventes se situant autour de 10 à 15%, d’après les échos reçus au Regroupement des éditeurs franco-canadiens (REFC).

«L’industrie du livre est peut-être le secteur culturel qui s’en tire le mieux. On est évidemment déçu que ça baisse, mais quand on se compare avec la musique ou le théâtre, par exemple, on se console», a déclaré le directeur général sortant du REFC, Frédéric Brisson, qui est aussi historien du livre de formation.

L’histoire démontre que lorsqu’il y a des guerres, des événements traumatiques ou des crises majeures, les gens se tournent beaucoup vers la lecture, fait-il remarquer.

«Évidemment, on n’est pas en guerre, mais c’est une situation dramatique. Le fait que les gens se tournent vers le livre pour se documenter, mais aussi pour se divertir, pour réfléchir, quelque part, ça correspond à des grands moments dans l’histoire de l’humanité où on voit ce retour au livre et à la lecture.»

En Acadie, certains éditeurs ont enregistré des diminutions de leurs ventes, tandis que d’autres ont réussi à les maintenir, et ce, malgré l’absence quasi totale d’événements littéraires en personne.

«Ç’a été notre grande surprise de voir que les ventes, ça s’est bien passé. Je m’attendais à la catastrophe. On a quand même atteint des chiffres de ventes qu’on n’avait pas en 2018 ou en 2017», a commenté le directeur des Éditions Perce-Neige, Serge Patrice Thibodeau.

Même si les ventes de Perce-Neige en 2020 ont chuté de 42% comparativement à celles de 2019, M. Thibodeau est loin d’être abattu, précisant qu’elles sont meilleures que celles de 2018 et de 2017, et ce avec des ouvrages dans des genres littéraires un peu marginaux tels que le théâtre et la poésie.

Les ventes totales des librairies indépendantes au Québec ont augmenté de 5,2% d’après les données fournies par la Banque de titres de langue française (BTLF). Les libraires ont connu une forte reprise après la réouverture des librairies au mois de mai. «À la réouverture, comme il n’y avait pas d’offre culturelle à part le livre, tout le monde s’est rué sur la lecture. Même la librairie physique a fait des gains», a déclaré Christian Reeves de la BTLF.

Les romans surtout historiques et policiers, les livres pratiques, de jardinage et de cuisine et les ouvrages ésotériques figurent parmi les grands favoris des lecteurs. «Les gens veulent s’évader et il y a effectivement du temps pour la lecture», a mentionné Francis Sonier qui dirige les Éditions de la Francophonie.

Celui-ci estime que la croissance des commandes en ligne a contribué à maintenir les ventes de la maison d’édition. Si bien que le début de 2021 affiche même une augmentation.

«Dans l’ensemble, (2020) n’a pas été une grande année, mais il y a quand même des livres qui sont sortis. Si on regarde le portrait global, je dirais que ça s’est maintenu», a poursuivi M. Sonier.

Marie Cadieux des Éditions Bouton d’or Acadie constate que ses ventes au Québec ont augmenté, tandis que celles au Nouveau-Brunswick ont diminué.

«Ici, notre petite initiative très spontanée d’organiser la Journée achetez un livre du Nouveau-Brunswick, le 19 septembre, a vraiment eu du succès. Ç’a fait une différence cette journée-là, mais dans l’ensemble des ventes, pour nous en fait, il y a une diminution au Nouveau-Brunswick», a précisé Mme Cadieux, ajoutant du même souffle qu’il y a eu une baisse des achats scolaires.

Un achalandage dans les librairies

Christian Reeves note que les commandes en ligne n’ont pas encore déclassé les ventes en librairie. Annie Bourdages de la librairie La Grande Ourse à Dieppe a vu la fréquentation dans son magasin presque doubler au cours de la dernière année, lui permettant ainsi de maintenir ses ventes au comptoir. Dès la réouverture de sa librairie en mai dernier (au début de la pandémie), elle a réussi à récupérer une bonne partie de son chiffre d’affaires. Par le passé, celle qui mettait beaucoup d’efforts dans les salons du livre s’est concentrée davantage sur sa boutique en assurant un approvisionnement continuel.

«J’ai beaucoup plus de clients particuliers que j’en avais avant la pandémie. Je pourrais dire que les ventes aux particuliers en magasin ont augmenté», a ajouté celle qui opère maintenant sa librairie toute seule.

Julien Cormier de la Librairie Pélagie qui a été obligé de fermer sa succursale à Bathurst en raison de la pandémie estime tout de même que ses magasins à Caraquet et Shippagan s’en sortent assez bien. Les ventes au comptoir se sont maintenues. «Le milieu du livre ne s’en sort pas si mal. On n’est pas dans le milieu du spectacle ou tout a été arrêté. En plus de ça, c’est un moment idéal pour lire.»

Des ventes en ligne qui rapportent peu

Les commandes en ligne ont augmenté de façon considérable depuis le début de la pandémie. Tous les jours, Julien Cormier effectue des livraisons postales.

«On fait beaucoup de ventes en ligne, mais qui rapportent peu parce que ça coûte cher de les livrer par la poste», déplore-t-il.

Les libraires indépendants du pays ont d’ailleurs entrepris des démarches auprès du gouvernement fédéral afin d’obtenir un tarif postal préférentiel afin d’absorber les frais de livraison. En ce moment, ces coûts grugent leur chiffre d’affaires. Comme le souligne Alain Leblanc de la Librairie Matulu à Edmundston, il est très difficile pour une librairie indépendante de concurrencer de gros joueurs comme Amazon.

La librairie Matulu a été particulièrement éprouvée par la pandémie. L’entreprise a dû fermer ses portes à quelques reprises en fonction des différentes phases d’alerte. Elle est maintenant fermée puisque la région est en confinement. Alain Leblanc souligne qu’il arrive à se tirer d’affaire, mais il ne sait pas encore pour combien de temps.

«C’est triste ce qui arrive parce qu’on n’est pas considéré comme essentiel au niveau du gouvernement et pourtant, il y a tellement de gens qui aimeraient lire en ce moment. L’été dernier, ça y allait beaucoup. Les gens venaient, ils achetaient des livres. Quand ils savaient qu’une phase en telle couleur s’en venait, ils venaient chercher des livres au cas où», a ajouté celui qui estime avoir enregistré une baisse de son chiffre d’affaires de près de 40%.

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