Les salons du livre: une absence qui a fait mal

L’absence ou presque d’événements littéraires tels que les salons du livre, en raison de la crise sanitaire, a affecté durement le milieu littéraire.

Jacques P. Ouellet des Éditions La Grande Marée estime que la baisse de ses ventes d’environ 22% est directement attribuable au fait qu’il n’y a pratiquement pas eu de salon depuis un an. Habituellement, environ 18% de son chiffre d’affaires repose sur les recettes des ventes dans les salons.

«Les ventes qui sont liées aux salons du livre sont presque à zéro depuis un an», a affirmé l’éditeur de Tracadie.

Libraires comme éditeurs ont été affectés par l’absence ou presque de salon au cours de la dernière année. Le Nouveau-Brunswick compte trois grands salons du livre dans autant de régions. En 2020, ils ont été soit annulés, présentés en ligne ou en formule hybride. La même situation s’est répétée pour les salons du Québec et de l’Ontario. Les éditeurs s’entendent pour dire que les ventes qui découlent des événements littéraires virtuels sont négligeables.

«Pour les éditeurs franco-canadiens, les événements comme les salons du livre sont importants pour avoir des ventes directes, toucher le grand public localement. On a hâte que la pandémie s’essouffle et que les événements reviennent en personne pour qu’on puisse se retrouver, les auteurs, les éditeurs et le public, tous ensemble pour fêter la littérature», a indiqué Frédéric Brisson du Regroupement des éditeurs franco-canadiens.

L’éditeur Serge Patrice Thibodeau, de Moncton, considère que l’un des grands défis des maisons d’édition a été de jongler avec les reports et les annulations des événements littéraires.

«Finalement à la fin de l’année, on s’est aperçu que tous les efforts qu’on a mis n’avaient pratiquement rien donné. Si bien que pour 2021, j’ai mis une croix sur les salons du livre et à tout autre événement tant que le Nouveau-Brunswick ne passe pas en phase verte. On devait célébrer les 40 ans de Perce-Neige ce mois-ci avec un méga spectacle, mais on n’aurait pas pu. C’est repoussé jusqu’à ce que toute la province soit en phase verte. Moi je ne veux plus annuler quoi que ce soit donc c’est pourquoi nous avons un minimum de participation au Festival Frye.»

Ce dernier continue quand même d’appuyer ses auteurs invités dans des activités littéraires virtuelles.

Saturé?

D’après Serge Patrice Thibodeau, les manifestations virtuelles, bien que nécessaires pour la rencontre des auteurs avec le public, ne permettent pas de mesurer le véritable impact de l’événement.

«Ce sont des événements virtuels littéraires autour du livre organisé par des salons, mais ce ne sera jamais un salon parce que l’impact n’est vraiment pas là. Je pense aussi que tout le monde est saturé de tous ces événements en mode virtuel. Quand on travaille toute la semaine, est-ce qu’on a envie de passer la soirée ou la fin de semaine devant ton ordinateur à assister à des événements culturels ou littéraires? C’est non. Surtout au fil des mois. Au début, ça allait, mais là on s’est tous un peu fatigué», a exprimé l’éditeur de Moncton.

Marie Cadieux des Éditions Bouton d’or Acadie abonde un peu dans le même sens tout en louant les efforts des salons et des festivals littéraires pour maintenir le contact entre les auteurs et le public. L’absence de salon a permis de réaliser l’importance de ces événements pour les échanges.

«On a beaucoup chialé contre les salons en disant qu’il faudrait les réinventer et renouveler la formule. Depuis qu’il n’y a plus de salon, ça nous a permis d’amorcer une réflexion sur notre participation dans les salons et à quel point c’est important pour les éditeurs entre nous. C’est la seule occasion qu’on a de se voir tous ensemble et d’échanger sur nos défis et sur nos réussites», a ajouté M. Thibodeau.

Des maisons d’édition ont pu avoir accès à du financement gouvernemental pour passer à travers la crise sanitaire. L’éditeur ajoute que cette aide leur a permis de poursuivre leurs activités de publication et de créer un fonds de réserve pour l’avenir qui demeure encore incertain.