Sylvain Rivière à la défense de son héritage culturel

La tradition orale nourrit l’œuvre de l’auteur gaspésien Sylvain Rivière qui s’est toujours tenu loin des modes littéraires. Si à ses débuts, dans les années 1980, certains éditeurs le regardaient de haut, aujourd’hui, on accueille avec enthousiasme son écriture imaginative et ses récits ancrés dans son héritage maritime. Avec ses contes, il réinvente le réel.

«Quand j’ai commencé en 1981, mon premier livre, je passais pour un colon. J’étais un mangeux de morue de la Gaspésie, c’est pas ça qu’ils (les éditeurs) voulaient avoir, mais moi j’y croyais et j’y crois plus que jamais. Le temps me donne raison parce que tout le monde revient aux particularités. Mais je continue d’être moi-même et d’essayer d’être un canal pour ceux qui m’ont transmis ma plus belle richesse, mon plus bel héritage qui sont mon bagage d’oralité, d’imaginaire, de gestuel et de tout ça», a déclaré Sylvain Rivière, au cours d’un entretien téléphonique depuis sa résidence à Maria.

De chez lui, il regarde l’Acadie du Nouveau-Brunswick sur l’autre rive de la Baie des Chaleurs. Au fil des années, l’écrivain et artiste pluridisciplinaire aux origines acadiennes a développé des liens profonds avec l’Acadie. Ses deux plus récents abécédaires, L’Acadie de A à Z et Abécéterre – planète alphabet, ont été réalisés avec l’artiste Raynald Basque qui signe les illustrations.

Celui qui a publié une soixantaine d’ouvrages, dont plusieurs avec des maisons d’édition acadiennes, a toujours conjugué littérature jeunesse et grand public. Ses abécédaires l’ont fait voyager à travers plusieurs écoles au pays. Dans L’Acadie de A à Z, il propose un tour d’horizon de la culture, des lieux, de l’histoire et des personnages ayant marqué le peuple acadien. Cherchant à couvrir un peu toutes les sphères, il met en valeur des personnages comme l’athlète Yvon Durelle, le politicien Louis Robichaud, le militant Jackie Vautour, le chanteur Zachary Richard ou encore la Sagouine. Pour chaque lettre, il présente un aspect de l’Acadie.

«En général, les jeunes aiment bien ça. Ça devient éducatif dans le sens que dans beaucoup d’écoles, ils sont en train de faire un abécédaire du même genre. Quand je fais les écoles, on travaille ensemble là-dessus. Il y en a qui font les textes et d’autres les dessins. Des fois, ils arrivent à publier le livre pour amasser des fonds pour un projet particulier.»

Les origines de l’écriture

Sylvain Rivière raconte que s’il écrit aujourd’hui c’est grâce aux conteurs de son enfance. Ces histoires lui ont donné envie d’écrire.

«Je suis capable aussi de naviguer dans le littéraire, mais peu importe ce que je fais même quand c’est du conte ou quand c’est historique, un récit ou une biographie ou même quand j’ai fait du journalisme, il y a toujours une part de poésie là-dedans parce que pour moi, c’est ça la base de la vie. C’est un peu comme les épices d’un repas.»

Dans Les joueries du vent sur la mer (La Grande Marée), publié en 2020, il présente des contes inspirés de la Gaspésie, de l’Acadie, des Îles de la Madeleine et de Miquelon. Il a imaginé ces récits en s’inspirant de personnages de son enfance ou qu’il a connus plus tard. Ce sont des genres d’hurluberlus ou «gorlos» comme on les appelle en Gaspésie. Dans un mélange d’humour, de légèreté, ces petites histoires nous en apprennent aussi beaucoup sur la vie et l’humanité. Plus grand que nature, ses personnages nous entraînent dans des aventures parfois rocambolesques.

«Souvent quand je commence, j’ai vraiment pas grand-chose. Rendu au quart et au milieu, c’est lui (le personnage) qui me prend par la main et il m’amène dans des endroits où je n’aurais jamais pensé d’aller dans des mots que je connaissais peut-être pas avant de commencer. Je suis surpris que j’avais ça à l’intérieur de moi. C’est spécial», a-t-il confié.

Il a encore plusieurs projets d’écriture en chantier. Sylvain Rivière figure parmi les auteurs invités au Festival Frye. Il présente une animation portant sur l’abécédaire L’Acadie de A à Z. La vidéo se trouve sur la chaîne YouTube du Festival.