La poète, chanteuse et comédienne Joséphine Watson lance un cri du cœur aux écoles et aux gouvernements pour faire plus de place à l’histoire des Noirs et des communautés culturelles qui ont façonné les Maritimes.

À l’école, Joséphine Watson n’avait jamais entendu parler d’Africville, ce quartier noir près d’Halifax qui a été démoli dans les années 1960 et dont les habitants ont été chassés de façon odieuse.

«La seule éducation que j’ai reçue à propos des Noirs, c’était l’histoire de l’Égypte et l’histoire des esclaves. J’étais à l’école dans les années 1980 à Fredericton. Une éducation culturelle, ça n’existait vraiment pas pendant ces années-là. C’est impératif qu’on parle plus de l’histoire des Noirs et de celle des autochtones. C’est important que les gens sachent que ces cultures sont ici depuis le début. Ça fait 200 ans que nous sommes ici, ça fait 200 ans que nous faisons partie de la culture des Maritimes et on n’a à peu près pas d’éducation là-dessus», a déclaré celle qui signe la version française du livre Africville de Shauntay Grant (Éditions Bouton d’or Acadie).

À travers le regard d’une jeune fille qui visite le site historique, on découvre la vie d’autrefois dans ce village fondé au milieu du 19e siècle. Joséphine Watson a été profondément touchée par ce récit poétique. En voyant la première illustration d’une petite fille noire qui regarde au loin, l’auteure a presque pleuré tellement elle s’est reconnue dans cette image. À partir de là, elle a eu un véritable coup de cœur pour cette histoire.

«C’est la première fois que je ne me vois pas aux États-Unis, en Europe ou en Afrique, mais dans les Maritimes où je suis née. C’est rendu clair pour moi parce que je n’ai plus besoin d’expliquer pourquoi je suis ici parce que je suis née ici et je suis une femme des Maritimes et j’en suis fière.»

Africville, c’est aussi une histoire horrible d’injustices et de discriminations raciales, rappelle Joséphine Watson. L’église qui était le cœur battant d’Africville a été détruite par les autorités d’Halifax en pleine nuit pendant que les gens dormaient, évoque-t-elle.

«C’est une horreur. Un livre à propos d’une petite fille qui s’imagine à Africville avant les atrocités, c’est une bonne manière d’introduire l’histoire, spécialement aux jeunes. Shauntay Grant est une grande poète.»

Pour réaliser la traduction, Joséphine Watson a lu et relu la poésie de Shauntay Grant qu’elle a abordée avec beaucoup de respect.

«Je fais du théâtre, donc je suis habituée à prendre les textes des autres et de trouver une manière personnelle de m’exprimer. C’est vraiment un travail de traduction, de théâtre et de justice sociale.»

L’artiste estime que les choses commencent à changer pour les personnes racialisées, mais il reste encore du travail à faire. À son avis, les enfants de cultures diverses ont besoin de se voir représenter dans l’espace public.

«Si tu es une petite fille noire comme moi j’étais en 1971 jusqu’en 1980, tout ce que je voyais en public comme les publicités des Maritimes, c’était toujours des Blancs, tout ce que je voyais à la télé, les gens avec du succès, c’était des Blancs. Ça affecte vraiment le sentiment du jeune et son sens du pouvoir. Je sais que je ne suis pas la seule, mais personnellement, ça m’a pris beaucoup de travail pour avoir confiance en moi», a-t-elle confié.

Celle qui a été la première femme à jouer le rôle de poète flyé au Festival Frye présente une animation virtuelle ce samedi dans le cadre de l’heure du conte. Elle a aussi donné des ateliers en ligne dans cinq écoles du sud de la province.

Joséphine Watson signe la version française du livre Africville. – Gracieuseté

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