Un projet pour sauver le patrimoine immatériel de Memramcook

Un vaste projet d’histoire populaire voit le jour dans la Vallée de Memramcook. Cette initiative permettra à la collectivité de sauvegarder la mémoire des anciens sur des archives filmées afin qu’elle soit transmise de génération en génération.

«J’avais deux grands-pères et deux grands-mères absolument formidables puis je regrette tellement de ne pas avoir pris une caméra et d’avoir passé quelques heures avec eux afin de recueillir leurs témoignages. Souvent, quand j’étais petit, je leur posais des questions sur comment ça se passait dans le temps. Mais tout ce qui me reste, ce sont des souvenirs. Ça, c’est un grand regret», a confié le directeur général de la Société culturelle de la Vallée de Memramcook (SCVM), Érick Doucet, qui pilote ce projet.

Il raconte que les étoiles se sont alignées pour mettre en marche cette initiative de sauvegarde du patrimoine intangible, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas bâti. C’est donc la mémoire que l’on cherche à conserver. Pour y arriver, les responsables de la SCVM ont fait appel au cinéaste Chris LeBlanc qui mijotait déjà un projet d’archives familiales. Pour cette première phase, le cinéaste recueille et filme des témoignages d’anciens et anciennes du Collège Saint-Joseph. Fondée en 1864, cette institution d’enseignement francophone est demeurée ouverte plus d’une centaine d’années.

«L’idée vient du fait que c’est la dernière génération avec laquelle on peut discuter de ce qui s’est passé au Collège Saint-Joseph. Les gens vieillissent. On ne fait pas l’histoire du monument, on fait l’histoire des personnes qui sont allées au Collège Saint-Joseph.»

Ce projet permet de documenter toute une époque. L’objectif des entretiens est d’en apprendre davantage sur les coutumes et les pratiques de l’époque, sur la vie au collège et dans la communauté.

«On n’a pas le rush du reportage. C’est un projet de beaucoup plus longue haleine. L’âge moyen des gens est facilement entre 80 et 85 ans et la plupart nous parlent des années 1950.»

«On en apprend sur les commerces qui existaient à l’époque, sur les pratiques et sur des rivalités entre les localités. Memramcook, c’est plusieurs localités qui ont été réunies. Mais à l’époque, il y avait de la compétition entre les villages.»

Érick Doucet rappelle que le Collège Saint-Joseph a formé une grande partie de l’élite acadienne. Parmi les plus illustres, on retrouve, entre autres, l’éditrice, militante et ex-journaliste, Louise Imbeault, l’écrivaine Antonine Maillet et l’architecte Arcade Albert.

Chris LeBlanc a réalisé dix entrevues à ce jour avec des gens surtout de la région de Moncton, Dieppe et Shediac. Il s’apprête à réaliser une deuxième séquence de dix entrevues.

«Pour être certain que ces archives soient de qualité, on donne toujours une demi-journée pour l’entretien», a poursuivi M. Doucet.

Les responsables du projet espèrent produire 40 entretiens filmés. En cours de route, ils ont fait de belles trouvailles, dont la découverte de photos inédites qui datent de 1916. Elles appartiennent à un homme de la région de Tracadie qui a fréquenté le Collège Saint-Joseph, tout comme son père.

En plus des anciens du collège, la direction de la société culturelle envisage de mettre sur pied un projet d’archives familiales avec les élèves de l’école Abbey-Landry. Ceux-ci seront encouragés à aller rencontrer leurs grands-parents pour qu’ils leur parlent du temps passé.

Pour l’instant, ce projet de sauvegarde du patrimoine intangible vise à créer une banque d’archives filmées de Memramcook. On ne sait pas encore quelle forme prendront ces archives pour les rendre accessibles au public. Capsules vidéo, cartes interactives? Toutes les idées sont les bienvenues, assure Érick Doucet, pourvu que le financement soit là.

Celui-ci espère que ce projet donnera l’impulsion à d’autres municipalités acadiennes pour se doter à leur tour de ce type d’archives.