Musique: un an, c’est long dans la vie d’un album

Si le milieu des arts de la scène commence à reprendre vie, il reste que pour les auteurs-compositeurs-interprètes ayant lancé des albums en pleine pandémie, plusieurs mois se sont écoulés depuis la parution de leur projet. Qu’en est-il de l’impact sur la visibilité et les ventes?

«Pour nous, c’est comme si le temps s’est arrêté un petit peu. On aimerait ça quand même faire vivre cet album-là», a affirmé Katrine Noël des Hay Babies qui, en mars 2020, lançait l’album concept Boîte aux lettres. C’était juste avant que survienne la pandémie.

Tout comme pour beaucoup d’artistes, la formation acadienne n’a pas eu la chance d’entreprendre une tournée de spectacles pour présenter le fruit de ses efforts. Le trio devait partir pour une grande tournée, ce qui n’a évidemment pas eu lieu.

Vivianne Roy, Katrine Noël et Julie Aubé étaient de retour à la maison le lendemain de leur départ, alors qu’elles avaient préparé leurs valises en vue d’une tournée d’un mois.

Dès son lancement, l’album a rapidement retenu l’attention des médias. Mais d’après Katrine Noël, l’impossibilité de donner des spectacles a nui aux ventes, malgré des nominations à l’ADISQ et à l’Association de la musique de la côte Est «Je dois dire qu’on vend beaucoup de nos disques et vinyles en spectacle. Je crois que les gens ont plus écouté l’album sur des plateformes numériques comme Spotify et moins dépensé sur la musique. C’est sûr que ça affecte les ventes.»

Se tourner vers d’autres modes de création

La formation indie folk avait de grandes visées pour Boîte aux lettres et elles ont hâte de le présenter sur scène. De plus, comme Vivianne Roy habitait au Québec (elle vient de déménager à nouveau au Nouveau-Brunswick), elles n’ont pas été en mesure de se voir pendant plus d’une année, ce qui ne s’était jamais produit par le passé. Elles se sont donc tournées vers d’autres modes créatifs tels que les vidéoclips et la captation d’un spectacle pour diffusion sur le web. Des organismes d’appui à la production musicale comme Musicaction ont fourni de l’aide aux artistes afin qu’ils créent divers produits artistiques.

«C’est de belles choses qu’on aurait eu moins la chance de faire si on avait été en tournée. Au moins, on a pu continuer le visuel et l’art alentour de l’album.»

Sandra Le Couteur a lancé son album Les cormorans il y a un an. Même si elle a été active sur les médias sociaux, sur les radios et qu’elle a bénéficié de belles occasions pour promouvoir son album notamment avec l’ADISQ, elle estime que son disque a eu moins de visibilité parce qu’il n’y a pas eu de lancement et de spectacle en personne. Le contact direct avec le public ne s’est pas fait et cela se répercute inévitablement sur les ventes, note la chanteuse de l’île Lamèque.

«Quand les gens viennent au lancement et au spectacle, ils achètent des albums, je le signe. Là, ils sont peut-être moins portés à l’acheter. J’en ai vendu pareil, mais ça aurait été mieux. Ça fait déjà un an que mon album est sorti et j’ai l’impression qu’il n’est pas sorti parce que je n’ai pas été voir le monde avec», a-t-elle confié.

Sandra Le Couteur rappelle qu’une année dans la vie d’un album c’est long d’autant plus que les nouveautés musicales abondent. Après un an, les artistes commencent déjà à penser au prochain disque.

«Il faut rester présent dans l’espace public et les médias sociaux pour que l’album demeure vivant au-delà d’une année. C’est de plus en plus rapide. Les gens sortent des albums un après l’autre. En plus, moi je ne suis pas dans un créneau facile. J’ai mon propre navire», a expliqué la chanteuse qui se prépare à remonter sur scène le 15 mai à Dieppe.

Selon elle, les gens sont peut-être encore un peu craintifs de se retrouver dans une salle de spectacle. Elle croit que ce sentiment pourrait durer quelque temps.

Le contact humain

Le 8 mai 2020, Émilie Landry lançait Arroser les fleurs. La chanteuse de Campbellton qui a fait un lancement Facebook en formule acoustique considère que son disque à saveur country s’en est quand même bien sorti compte tenu de la pandémie. L’artiste a récolté des nominations à l’Association de la musique de la côte Est et un prix national au Canadian Independant Music Video Awards en plus de se tailler une belle place sur les radios. Elle a concentré ses efforts sur les formules virtuelles, les vidéos et les photos, comme bien d’autres auteurs-compositeurs-interprètes, afin de promouvoir son disque.

«J’ai fait quelques spectacles l’été passé, mais c’est sûr que le contact avec le public n’est pas le même. C’est plus sur le plan humain que je suis un peu douce-amère. On était content d’aller en salle, mais on ne pouvait pas aller voir le monde après», a exprimé la chanteuse qui admet que les ventes d’album s’en sont ressenties.