Martin Krykorka: de la ferme à l’atelier d’art

Quand l’artiste et agriculteur Martin Krykorka ne travaille pas dans les champs sur sa ferme à Tabusintac, il s’affaire dans son studio. Inspirées des cycles de la nature, ses peintures à mi-chemin entre l’abstraction et le semi-figuratif sont exposées pour la première fois dans une galerie d’art au Nouveau-Brunswick.

Natif de Prague, Martin Kyrkorka a vécu à Toronto, à Halifax et à Vancouver, avant de s’établir au Nouveau-Brunswick où il tient une petite ferme, la Belle Besogne, dans la Péninsule acadienne. Il confie que son déménagement à la campagne a influencé sa pratique artistique, bien que ses œuvres conjuguent ruralité et urbanité. Comme il est issu de l’univers de l’illustration et du design graphique, l’art urbain l’intéresse beaucoup.

«Mes influences sont variées. J’aime beaucoup le graffiti, l’art de rue […]. Il y a aussi l’art autochtone de la côte ouest. Pas nécessairement les symboles, mais le style qui s’exprime dans les œuvres», a expliqué l’artiste.

Ses peintures réalisées sur des surfaces de bois révèlent beaucoup de textures. Il se sert justement des aspérités, des lignes et des imperfections du bois, comme des brûlures pour imaginer ses œuvres, donnant ainsi un effet un peu texturé.

«J’ai un petit coin dans la grange et j’ai aussi un coin dans la maison pour travailler. Je commence peut-être avec une photo ou un croquis. C’est aussi inspiré par la surface de bois, par les anneaux et les lignes de croissance, ça donne une suggestion d’une forme. C’est pas mal libre et abstrait au début et après je trouve quelque chose dedans», a-t-il poursuivi.

S’il privilégie la peinture abstraite, c’est qu’il juge qu’elle donne plus de place à l’interprétation. Il se laisse inspirer par son nouveau style de vie et la nature qui l’entoure. En passant plusieurs mois à travailler dans les champs, il observe les changements et les transformations qui s’opèrent dans la nature au fil des saisons.

Son exposition Natural cycles présentée à la Galerie Bernard-Jean à Caraquet témoigne de ses observations. Dix-neuf tableaux récents composent cette collection. En réalisant des œuvres parfois contrastées dans les couleurs, il cherche à créer des effets dramatiques.

«C’est souvent les morceaux trouvés ou recyclés, un peu brûlés, pourris et je prépare les surfaces. J’utilise souvent les peintures en aérosol pour la fondation. Habituellement, c’est de l’acrylique, mais souvent je mélange de l’encre ou de l’huile et les autres peintures.»

Avec ses œuvres, il espère transmettre un message écologique et d’équilibre dans la vie avec la nature.

Le directeur de la Galerie Bernard-Jean, Denis Lanteigne, a découvert cet artiste plutôt discret par l’entremise de la photographe Marika Drolet-Ferguson. Il s’est rapidement intéressé à son travail. Le galeriste apprécie ce mariage entre le semi-figuratif et les formes plus abstraites.

«Il utilise aussi des surfaces non conventionnelles, mais si on retourne dans l’histoire de la peinture, on peignait sur des surfaces de bois. C’est un peu une sorte d’approche traditionnelle en peinture puis en même temps, il utilise aussi certaines surfaces accidentées et il laisse des choses et il va en profiter pour utiliser la texture, des crevasses, des restants de peintures, du plâtre…»

Denis Lanteigne a été frappé par la puissance visuelle de ses peintures, lui rappelant à certains égards l’univers des peintres des pays de l’Est qu’il avait étudié à l’université.

«C’est une atmosphère assez spéciale, un peu surréaliste. Il est d’ailleurs influencé par le cubisme. Il a une grande qualité visuelle, c’est fort. Quel que soit le traitement qu’il fait dans ses tableaux, on est impressionné. Il a une forte charge visuelle dans ses tableaux» Martin Krykorka qui poursuit sa pratique en art visuel travaille aussi à la création d’une première bande dessinée portant sur une histoire d’un fermier.

«Ce n’est pas moi. C’est plus comme un documentaire philosophique. J’ai beaucoup de choses que j’ai écrites pendant mon expérience de l’agriculture.»

Il envisage de publier son livre en français et en anglais cette année ou en 2022.

L’exposition Natural cycles est présentée jusqu’au 22 mai.