Voici le deuxième volet d’une série d’articles sur des artistes qui vivent à l’étranger.

New York, Milan, Londres, des villes qui font rêver bien des comédiens. Si l’actrice, metteure en scène, auteure et productrice Myriam Cyr a connu un parcours extraordinaire, il reste que les écueils ont été nombreux. «Ma loi, c’est dix échecs, une réussite», affirme l’Acadienne qui vit à Boston.

Originaire de Moncton, Myriam Cyr s’est produite un peu partout dans le monde tant au théâtre qu’au cinéma. Lorsqu’elle a joué dans le Secret de Jérôme en 1994, sa carrière d’actrice était déjà bien entamée. Elle a joué dans une vingtaine de films et dans une centaine de pièces de théâtre. Également metteure en scène depuis cinq ans, elle signe sa première mise en scène à Londres en mars 2022.

Établie à Boston depuis 15 ans et propriétaire d’une maison de production, elle a vécu, entre autres, à Milan, à Londres et à New York. Elle a tourné à Prague où elle a rencontré le réalisateur Milos Forman (Amadeus, Les liaisons dangereuses), elle a été l’assistante du dramaturge italien Dario Fo, elle a joué aux côtés d’Al Pacino sur Broadway et elle a dîné avec des princes et des princesses. Bref, une carrière dont rêvent probablement plusieurs artistes. Plus récemment, elle vient de remporter le Broadway World Boston Awards comme metteure en scène de la décennie pour sa pièce Le procès de Saltonstall qu’elle a écrite avec l’Acadien Michael Cormier. Malgré ce parcours exceptionnel, elle estime que sa profession est probablement la plus difficile au monde, rappelant que le chemin peut être long et ardu pour réussir à vivre de son art à New York ou à Londres.

«J’ai des amis qui sont de grands acteurs qui ont été à New York pendant 40 ans qui n’ont jamais eu de travail. Ils ont été des serveurs toute leur vie. Je dirais que c’est la profession la plus difficile au monde. Je ne peux pas expliquer à quel point c’est difficile. Il faut travailler très fort. Des moments difficiles, j’en ai eu. J’ai été mise à la porte par la BBC parce que le metteur en scène voulait coucher avec moi. Pour chaque histoire de succès que j’ai, j’ai aussi une histoire horrifiante», a-t-elle confié.

Bien souvent, des murs se présentent, et ce, même pour les artistes les plus connus et expérimentés.

«Les enjeux deviennent plus importants et plus grands, mais ça ne devient pas plus facile.»

Le grand départ

Si à 18 ans, elle a décidé de s’exiler, c’est qu’à cette époque, il n’y avait pratiquement pas d’industrie du théâtre au Nouveau-Brunswick. Issue d’une famille artistique, elle a été la première Acadienne à entrer au Conservatoire d’art dramatique à Montréal. Son premier contrat au théâtre a été à Caraquet dans une pièce de Dario Fo. Sa rencontre avec cet auteur italien lors d’un festival de théâtre a changé la vie de la comédienne qui demeurait alors à Montréal. Elle a pris toutes ses économies pour faire le voyage jusqu’à Milan afin d’aller travailler avec Dario Fo.

«Je suis arrivée à Milan et j’ai cogné à sa porte. Il avait complètement oublié qu’il m’avait invitée et il n’avait aucune idée de qui j’étais, mais évidemment, il ne pouvait pas me retourner de bord. C’est ainsi qu’a commencé probablement une de mes aventures les plus importantes de ma vie qui a été de vivre en Italie où je suis devenue son assistante», a-t-elle relaté.

«J’ai appris le métier de comédienne de trois manières, évidemment au conservatoire, comme placière au TNM où j’ai pu voir des pièces 40 fois et avec Dario Fo qui m’a enseigné l’art de la comédie, du timing et de l’écriture théâtrale. Ç’a été extraordinaire.»

L’aventure s’est poursuivie ensuite à Londres, un rêve de longue date. En débarquant dans la ville britannique, elle confie qu’elle s’est sentie comme chez elle.

«Quand j’ai mis le pied sur le sol anglais, c’était comme arrivé à Moncton et j’ai pensé, c’est ici que je dois vivre parce que c’était comme mettre les pieds à Moncton, mais dans la capitale du théâtre. Je ne parlais pas tellement l’anglais parce que j’étais très militante acadienne», raconte l’artiste qui aujourd’hui travaille presque exclusivement en anglais.

De fil en aiguille, elle a été admise au London Academy of Music and Dramatic Arts dans un programme de formation pour des acteurs professionnels. Par la suite, plusieurs offres se sont enchaînées. À son avis, il faut être dans les grands centres comme New York, Paris et Londres afin d’obtenir des premiers rôles dans des productions internationales. «Même à Boston, tu n’as pas de carrière internationale.»

Le travail l’a amené à vivre à New York, puis l’amour l’a transportée jusqu’à Boston dans la ville natale de son conjoint.

Plus acadienne que jamais

«Y a pas un jour depuis le début (qu’elle est partie) que je ne m’ennuie pas de l’Acadie. Je sais que j’ai eu une vie extraordinaire, mais y’ a rien qui vaut l’Acadie. Je suis plus Acadienne aujourd’hui que je ne l’ai jamais été», confie Myriam Cyr qui a tenu à enseigner le français à ses enfants.

Chaque été, elle revient avec sa famille à Cocagne. Elle aimerait un jour s’établir à nouveau au Nouveau-Brunswick afin de partager son expérience avec le milieu des arts. En vivant à l’étranger, son regard sur l’Acadie s’est approfondi.

«Ça m’a fait vraiment apprécier les valeurs fondamentales qui existent en Acadie. La première étant l’amour de la culture qui fait que notre société est vraiment une société exceptionnelle. Le matriarcat acadien est aussi un état d’exception dans le monde que comme femme en Acadie on est vraiment une égale et aussi comment spéciaux sont les hommes en Acadie, très différents du reste du monde», a commenté l’artiste.

«Mon seul regret est de ne pas avoir élevé mes enfants en Acadie. Je leur ai donné le plus proche de ça que possible», a-t-elle ajouté.

Même si sa carrière se déroule principalement en anglais, elle précise que le fait d’être francophone et acadienne nourrit l’ensemble de ses décisions artistiques.

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